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 Sujet du message: Re: Sommes-nous si fragiles ?
MessagePosté: Jeu 14 Oct 2021 09:08 
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En fait, EDF, ASN et l'IRSN ne cessent de discuter au sujet de cela. L'IRSN est un peu le prescripteur. Ce sont des chercheurs, issus du CEA qui se maintiennent au courant de tout ce qui se passe dans le secteur du nucléaire, en général, et de certaines problématiques, en particulier. Mais, il y a aussi des campagnes d'essais sur la résistance de divers matériaux dont les éléments combustibles à des conditions extrêmes. Les spécialistes de l'IRSN proposent des pratiques pour augmenter la sûreté nucléaire. Après, EDF et l'ASN discutent pour définir les règles industriellement acceptables issues des pratiques de l'IRSN.

EDF est d'accord pour renforcer la sûreté des centrales, mais pas à n'importe quel prix. D'autant plus que le grand public, ne parlons même pas des milieux anti-nucléaires ou écolos, ne prennent pas en compte la fantastique montée en sûreté des centrales nucléaires françaises. Pire, les associations anti-nucléaires, qui ont en leur sein des "experts" qui doivent savoir ce qu'il en est car ils fouillent tous les documents mis à disposition, n'ont de cesse de prétendre que par essence, une centrale nucléaire est une bombe prête à exploser. Ce qui est très loin d'être le cas. Bref, certains à EDF disent qu'on dépense beaucoup d'argent pour pas grand chose. Mais, EDF a du mal à mettre en avant son bilan. Et la cause en est, en partie, le durcissement des règles. Les règles se sont durcies, donc elles sont plus difficiles à respecter. Du coup, le nombre d'incidents augmente. On peut comparer cela avec la sécurité routière. Le nombre de gens qui se font flasher au radar sur certains tronçons autoroutier ne cesse d'augmenter si on prend sur le temps long. Prenons de 1980 à 2020 . Mais, la circulation routière a augmentée, il y a plus de voitures et plus de camions. Et les tronçons qui traversent certaines villes ont vu leurs vitesse diminuer au fil du temps. De 130 km/h en 1980, elle est progressivement descendue à 90 km/h au fil du temps et des accidents. Donc, quelqu'un qui roulait à 100 km/h se fait flasher aujourd'hui, alors qu'il est seul sur ce tronçon à mettons 3h du matin. Est-il plus ou moins dangereux que celui qui se faisait flasher à 150 km/h en 1980 sur un des bolides de l'époque ?

Comment communiquer là-dessus, quand d'autres pointent simplement qu'il y a de plus en plus d'accidents déclarés par EDF à l'ASN ?

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 Sujet du message: Re: Sommes-nous si fragiles ?
MessagePosté: Jeu 14 Oct 2021 11:52 
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Par exemple, un ami m'a fait suivre un message qui se propageait dans les réseaux sociaux avec toute une liste d'accidents "avérés", car récoltés sur le site de l'ASN et qui concernaient différentes centrales dont Fessenheim. La date d'un des accidents identifiés comme une "Perte de la Réfrigération Primaire" me disait effectivement quelque chose. Après être allé sur le site de l'ASN, puis sur l'intranet EDF, voici les éléments factuels.

Dans le message des réseaux sociaux, il était indiqué qu'un robinet qui aurait dû être ouvert ne l'était pas. La réalité va me prendre un peu plus de temps pour l'expliciter. Premièrement toutes les fonctions de sûreté sont doublées dans un réacteur PWR. Et chaque voie peut réaliser 100% de la fonction. Ensuite, en cas d'accident, on a un critère dit de "défaillance unique". On part du principe que l'une des 2 voies ne fonctionnera pas pour une cause quelconque. Donc, les 2 voies doivent être disposées prête à être utilisée en cas de besoin. Du coup, sur certains organes il y a des Condamnations Administratives (CA), ces condamnations se sont multipliées depuis leur instauration suite à l'incident de Three Miles Islands. Ces condamnations concernent les cellules électriques et les robinets manuels des Fonctions de Sûreté requises en fonctionnement accidentel, ces organes étant condamnés selon la position requise en accident. Dans le cas du robinet concerné, la position était condamnée ouverte (CO). Dans nos règles, il est aussi marqué que la contamination pour une CA doit être une aliénation complète de l'organe de manœuvre. On doit donc ne pas pouvoir manœuvrer cet organe tant que la CA est requise. Il s'agissait d'un des organes d'un des circuits qui participe à l'alimentation du cour en eau froide en cas d'accidents pour éviter son dénoyage et pour participer au refroidissement du combustible.

Que s'est-il réellement passé ? Un technicien lors d'un contrôle de routine remarque que le cadenas condamnant cet organe laisse une possibilité de manœuvre. Effectivement, avec les vibrations du fonctionnement, la chaine s'était tassée et il a resserrer l'aliénation en fermant le cadenas 2 maillons plus courts. La possibilité de "manœuvre" aurait permit de fermer l'organe de quelques millimètres sur une course de 2 dizaines de centimètres. Sachant que les derniers pourcents d'ouverture ne participent pas à l'augmentation du débit. Le maximum de débit est souvent atteint vers 95-98% d'ouverture, or là, si on l'avait manœuvrée en fermeture, on n'aurait même pas atteint les 99%. Mais, l'organe n'était pas complètement aliéné. Donc, on l'a déclaré à l'ASN en niveau 0. C'est un simple écart. Dans la déclaration à l'ASN on a mis comme titre, et cela est obligatoire la fonction de sûreté impactée.

Résumons, un robinet qui devait être condamné ouvert à 100% d'ouverture était toujours à 100% d'ouverture, mais quelqu'un qui aurait voulu le manœuvrer en fermeture, malgré l'indication qu'il était condamné en ouverture, aurait réussi à manœuvrer le volant vers la fermeture d'environ 10°, alors que la pleine fermeture demande de réaliser une quinzaine de tours. La non-compréhension de tous les détails techniques que je viens d'évoquer s'était traduite par le message que le robinet était fermé. Ben oui, sa position étant ouverte et comme dans le CR il était indiqué qu'il n'était pas dans la position requise (CF) des gens avaient compris qu'il était obligatoirement fermé. Et cela concernait la fonction "refroidissement primaire". Donc, pour ces béotiens, à Fessenheim durant une certaine période on avait perdue le refroidissement du primaire et on ne s'en était pas rendu compte. Et l'ASN, "tous des vendus" acceptaient cela sans punir durement EDF...

Si on fait une analyse de l'impact réel de ce type "d'incident", il est proche de 10 puissance moins 10 ou moins 11. Bref, certains diraient sans impact. Potentiellement, on n'a pas totallement respecté ce qui est requis, ce robinet est considéré par l'ASN comme "manœuvrant", car il n'est pas totallement aliéné en position. Du coup, EDF signale l'écart, et l'ASN enregistre l'écart. ET ceux qui ne comprennent pas, ou qui ne veulent pas comprendre, disent qu'on prend des risques inconsidérés.

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 Sujet du message: Re: Sommes-nous si fragiles ?
MessagePosté: Jeu 14 Oct 2021 12:23 
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Je reviens à la question initiale "sommes-nous si fragile" ? Je viens de voir un article sur des témoignages au procès des terroristes du 13/11/2015. L'un des témoins déplore que des parents, des proches de victimes ont dû gérer toute l'incertitude liée à l'évènement sans être accompagnée. Ces personnes ont dû, seules, téléphoner à un tas de monde pour découvrir, seules, si les proches dont elles n'avaient pas de nouvelles étaient impactés et à quel point. On peut considérer que cela est déplorable.

Rappelons un peu la situation... Au moment où ces proches entament leur dure et pénible quête de l'être cher, on était souvent dans une incertitude totale. On dirigeait les blessés vers tous les hopitaux disponibles. Pour certains, l'identité était clairement établie, pour d'autres c'était moins simple, pour diverses raisons. Certains ont perdu leurs affaires dans la cohue, ou dans les diverses phases de l'intervention. Pour les morts, les services concernés de la police faisaient les relevés nécessaires à l'enquête et à l'identification judiciaire des victimes.

Alors, oui, dans un monde parfait, on devrait pouvoir appeler un numéro unique où des personnes dédiées et spécialisées seraient prêtes et formées pour vous soutenir et vous aider dans toutes les démarches nécessaires. Ce seraient ces personnes qui se chargeraient d’appeler partout pour savoir où peuvent être les victimes et dans quels états, ce seraient ces personnes qui consulteraient les listes officielles. Ce seraient des psychologues formés qui viendraient vous dire dans un endroit calme et serein que vous avez perdu l'être cher et qui seraient là pour commencer avec vous le difficile et douloureux cheminement qu'on nomme le deuil...

Juste pour relativiser les choses, le 13/11/2015, c'est plus de 500 victimes. Il faut imaginer la structure à mettre en place pour accompagner les proches de 500 ou 1000 victimes. Il faut aussi imaginer comment on va gréer une telle structure. On doit être dans les 100 à 200 psychologues, plus un ou 2 aidants par famille de victime, plus ceux chargés de chercher les données. Il faut aussi imaginer que pendant ce moment, on réquisitionnait un nombre importants de chirurgiens, d'anesthésistes, d'infirmières, de radiologues, ... Mais aussi de secrétaires pour remplir les dossiers et répondre aux coups de téléphones.

Et, soyons lucides, les terroristes du 13/11/2015 ont "bâclé" le travail. Il y aurait pu y avoir plus de morts, plus de blessés. Ceux qui se sont attaqués aux bars ont parfois tiré trop haut, sans qu'on comprenne pourquoi. Ils se sont aussi faits exploser alors qu'ils avaient encore des balles à leur disposition. Ils ont tiré par rafales relativement longues, alors qu'ils auraient été plus "efficaces" en tirant des séries de 2 ou 3 coups mieux ajustés (on apprenait cela durant le service militaire...). Ceux du Bataclan ont aussi eu de drôles de comportements, parfois ils semblaient jouer avec leurs victimes. Du coup, ils ont perdu du temps et cela a permis à certains de se sauver. Bref, on n'est pas à l'abri d'une attaque mieux menée et qui ferait plus de morts et plus de blessés. Surtout si les terroriste du Stade de France était arrivés 30 minutes plus tôt et qu'ils s'étaient faits exploser au milieu de la foule des supporters. Bref, la soirée aurait pu voir un bilan de 2000 morts ou blessés. Et on peut imaginer des situations où il pourrait y avoir plus de victimes. Et on peut aussi évoquer les grands accidents industriels comme AZF ou d'autres.

Alors, sommes-nous si fragiles ? Comment ont fait nos ancêtres pour accepter les grandes tueries du passé ? Les guerres ? Les épidémies ? A des moments où les services publics étaient réduits à leur plus simple expression... Il y a l monde idéal, où l'on serait soutenus au maximum de ce qu'il est possible d'être. Puis, il y a le monde réel où tout à un coût et où on demande aux gouvernants de diminuer l'impact sur nos impôts et nos taxes...

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 Sujet du message: Re: Sommes-nous si fragiles ?
MessagePosté: Jeu 14 Oct 2021 12:48 
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Dernier point... On a évoqué plus haut la nécessité de remettre à plat le système de santé et l'impossibilité de le faire. Aujourd'hui une bonne partie de la presse revient sur le 127e congrès nationale des sapeurs-pompiers qui se tient cette semaine à Marseille. Dans ces articles ont lit que les pompiers sont pour l'instauration d'un numéro d'appel unique des secours, qu'ils géreraient. Les urgentistes du Samu s'y opposent pour diverses raison.

Alors, chacun a de bonnes raisons de mettre en avant sa solution. Et puis, quand on creuse. Les Samus ont peur de se voir déposséder de la gestion de la santé. Ils mettent en avant qu'un grand nombre d'appels qu'ils traitent ne requièrent pas l'envoi d'une ambulance. Parfois un simple conseil suffit, voire l'orientation vers un médecin Les ambulanciers privés, qui ont la priorité sur les pompiers pour le transport des malades, ont peur de perdre du chiffre d'affaire Et, en fait, on se rend compte qu'il y a aussi un choix entre modèles

Soit le modèle où on envoie rapidement une ambulance pour rapatrier la personne dans un service des urgences. Mais cela imposerait de dimensionner les urgences pour qu'elles soient capables de gérer tous les cas, des plus bénins au plus sérieux. Soit notre modèle actuel qui est un modèle à vitesse où le médecin traitant s'occupe du tout-venant et les secours ne devraient être mobilisés que pour les urgences vitales.

Chacun met en avant ces chiffres. Les pompiers parlent des carences ambulancières et de la population qui a du mal à comprendre quand elle doit appeler le 15, le 18 ou le 17. Les Samus mettant en avant le casse-tête des interventions non-urgentes. Et, au moment où on va voter la loi, on se rend compte qu'il y a un besoin de concertation entre les divers acteurs. On s'en rend compte car les SAMU et les ambulanciers ont décidé de se mettre en grève. Le problème est sur la table depuis longtemps. J'ai entendu parler du numéro unique en formation, il y a environ 20 ans. Et son instauration n'est toujours pas actée.

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