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 Sujet du message: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Jeu 4 Juil 2013 17:12 
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Je propose un cadre de départ pour permettre un débat en commençant par décrire ce que le libre-échange apportait en promesse, puis en finissant par ce que j'y vois des problèmes qu'il rencontre. Je ne mentionnerais pas les dégâts qu'il produit étant donné que ce discours là est sans cesse répété dans les média.

Commençons donc par la théorie.

Pour les économistes classique, le libre-échange permet avant tout les gains à l'échange. Les nations se spécialisent dans la production qui leur revient le moins cher et développent leurs échanges avec les autres nations pour obtenir ce qu'elles ne produisent pas. De là découlent d'autres bénéfices, tel que l'assouplissement des relations internationales par la ratification d'accords commerciaux, ou bien la spécialisation dans un savoir-faire qui contribue à faire progresser le capital technologique et culturel des nations. Ricardo parlait de "dotation factorielle" pour désigner les atouts de production des nations.

Pour en revenir au progrès technique, on peut noter sa contribution primordiale à la croissance. Or, une croissance économique annuelle maintenue à un taux supérieur ou égale à 1,5% du PIB permet de garantir le plein emploi sans risque de chômage, sauf si on prend en compte les chocs stochastiques exogènes (traduction = Problèmes inexpliqués venu de l’extérieur). De plus, le progrès technique permet l'augmentation de la productivité dont les gains peuvent être répartis sur l'ensemble des acteurs économiques : ménages, entreprises, administrations publiques, actionnaires, etc...

L'ouverture à de nouveaux marchés permet aussi de capter plus de demande pour les producteurs et donc de réaliser des économies d’échelle plus importantes en implantant des unités de production à l’extérieur du territoire national.

Pour résumer, la théorie classique nous dit que le libre-échange permet :
- pour les salariés :
- L'augmentation des salaires.
- La baisse du temps de travail.
- L'augmentation du pouvoir d'achat.
- Plus de choix à la consommation.
- La hausse du niveau de vie.

- pour les entreprises :
- Plus de profits.
- La baisse des coûts de production.
- Les gains de compétitivité.
- La hausse des investissements.

- pour les administrations publiques :
- Plus d'infrastructures en éducation, santé, etc...

- pour les actionnaires :
- La hausse des dividendes.



Aujourd'hui on se rend bien compte que tout cela ne se produit plus, voir que la machine à tendance à s'inverser. Ceci s'explique par plusieurs raisons.
D'abord, certaines conditions théoriques ne sont pas remplis. En effet, pour pouvoir obtenir ses objectifs il est nécessaire que les économies nationales présentent un niveau de développement relativement égale. Ce n'est pas le cas dans l'ensemble du monde, ce qui conduit à une préférence des échanges commerciaux intracommunautaire. Par exemple, plus de 50% des échanges de la France se sont produits en Europe en 2009.
Aussi, une modification de la structure même du capitalisme est à noter. Pendant les trente glorieuses, les avancés citées précédemment étaient toutes à l'oeuvre, ou presque, en raison d'une structure industrielle qui induisait une logique de profit pour les entreprises. Aujourd'hui nous sommes dans un capitalisme à dominante financière où la loi du ROE s'est substituée à celle du profit (ROE = return on equity).

D'autres raisons plus profondes se situes au niveau de la théorie elle-même. Depuis l'économie néoclassique, on considère que les agents économique adoptent un comportement rationnel. Ce qui veut dire, par exemple, que nous prendrions le temps de comparer le prix de chaque articles avant d'en faire l'acquisition, ce qui bien sur, est parfaitement irréel.
De plus, ces théories se bases sur un socle idéologique qui décrète une valeur économique fixe. A la question : "qu'est-ce qui fait que les marchandises ont un prix ?", la théorie classique à répondu : "le travail". Plus tard, les libéraux tel que F. Bastiat ont ajouté la notion d'utilité. Les marchandises coûtent car elles sont utiles. Ici, un débat s'est longtemps posé pour savoir si la rareté n'était pas plus significatives que l'utilité. Or, dans toutes ces perspectives, la notion de la valeur y était décrite comme étant intrinsèque à la marchandise. Aujourd'hui, des économistes hétérodoxes tel que F.Lordon ou A.Orléan proposent d'observer la valeur sous un angle extrinsèque . En effet, leur travaux tendent à démontrer comment la substantialité de la valeur est fictive, tandis que seule la somme des croyances collectives et de l'investissement affectif de chacun permet de donner de la valeur aux choses.
Dans le fond, cette question de la valeur, transversale à toutes les sciences humaines, pose un problème intellectuel comparable au passage de la gravité défendu par newton à celle exposée par Einstein... :roll:
Bon, peut-être pas tant, néanmoins il est amusant de constater que la très grande majorité des économistes laisse de coté une question aussi fondamentale.

Alors quels sont les perspectives pour le libre-échange ? Le protectionnisme vous parait-il une réponse correcte et adaptée ? Quels autres obstacles ou incohérences vous semble faire obstruction au développement des sociétés concernant le libre-échange ? Quels sont les modifications nécessaire à vos yeux ?


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Lun 8 Juil 2013 11:06 
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Je n'ai pas de connaissances solides en économie et c'est une "tare" ;) qui me gêne beaucoup. Donc comme vous semblez être doué en la matière, je me permet de vous posez une question de Paysan du Danube. Comment se fait-il que l'Europe de Bruxelles ait adopté des mesures du style libre-échangiste pour ses importations et tolère que de nombreux pays qui nous inondent de leurs produits dressent des barrières douanières à nos exportations. Si j'ai bien compris le système , c'est ce que nos ancêtres appelaient un marché de dupes :o

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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Mar 9 Juil 2013 03:00 
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Paysans du Danube, paysans d'Ardèche, même combat ! ;)

A vrai dire, vous avez très bien compris le système, mais à moitié seulement.
Les accords de libre-échange en Europe ont été taillé dans une Europe qui ne ressemble plus à celle d'aujourd'hui. Les premières pierres de l'édifice datent des années 60 il me semble, et à l'époque, c'était la politique agricole commune ( la PAC ) qui était symbole de se rassemblement. Par ailleurs, la PAC a très bien fonctionné. Beaucoup de travaux en parlent bien mieux que moi donc je n'en dirais pas plus à ce sujet. Mais c'est justement dans ce contexte qu’apparaît le changement, c'est à dire le passage de la moité que vous connaissez à celle qui peut vous apporter un élément de réponse. Le point essentiel est que la PAC s'est mise en place dans un capitalisme où les lois industrielles régnaient sur l’ensemble de l'économie, et c'était très bien... On appel ça les trente glorieuses.
Or, le bouleversement économique survient avec de nouvelles politiques à l’échelle mondiale. On peut citer la vague Thatcher, qui fit de la city la première place boursière au monde, mais je vais prendre en exemple Nixon pour deux raisons. La première :
- L'instauration du dollar comme monnaie internationale. A noter que les Etats-Unis sont rester maître de leur planche à billet... et donc de leur taux d'intérêt. Ce pouvoir financier à donner naissance à un dicton de je ne sais plus quel américain : "Le Dollar, c'est notre monnaie, mais c'est votre problème".
- L'inconvertibilité du Dollar en or. Forcément, sinon il n'y aurait pas eu beaucoup d'intérêt à faire du Dollar la monnaie de référence.

Et c'est donc à partir de la fin des années 70 que le capitalisme change de nature, et devient essentiellement financier. Cette mode vient du renouveau de la pensée "monétariste", dont Friedman est le plus fidèle représentant. Ce courant économique fit, là encore, deux choses essentielles à mes yeux. La première, c'est d'avoir enterré Keynes (et ça c'est un crime contre l'humanité). La deuxième, c'est d'avoir formé les "Chicago boys" qui étaient chiliens, mais initiés à la pensé de l'école de Chicago. Et ça aussi c'est un crime contre l'humanité puisque ce sont eux qui permirent à feu Pinochet d'établir sa dictature avec autant de succès.

Voila, ça s'est pour le coté sombre de la naissance de la finance internationale. Mais pour bien que vous puissiez comprendre ce qui vous échappe, je vais parler théorie. Dans le capitalisme industriel, on parle de la loi de "l'offre et de la demande". C'est à dire que plus un prix est élevé, moins il sera demandé, et vis versa. De tel sorte que le prix est automatiquement régulé par les marchés, la "main invisible" d'Adam Smith. Or, dans la finance, cela ne marche plus du tout. Prenez un titre boursier. Pour qu'il puisse vous rapporter, il faut que vous le revendiez plus cher que le prix auquel vous l'avez acheté. Donc si le cours de bourse de votre produit baisse, c'est mauvais, vous allez revendre à perte. Dans le cas contraire, vous revendriez en faisant un "bonus". Donc en bourse, ce qui compte, c'est d'acheter des valeurs boursière dont la tendance est en hausse.
Pour résumer, à l'inverse du capitalisme industriel, le capitalisme financier voit plus de demandeur lorsque l'offre est plus cher, car les titres financiers sont promesses de rendements, et pas autres choses.

Pourquoi l'Europe de Bruxelles tolère les protectionnismes ? Parce qu’elle est payée par des types qui se fichent de savoir si les exportations sont bonnes ou pas. Parce qu'aujourd'hui il faut pouvoir : financer sa position dans l’arène politique = savoir séduire les banques.
Dit comme ça, ça fait limite théorie du complot. Mais les exemples ne manquent pas : Sarkozy et le Fouquet's, Sarkozy et Bolloré ou Lagardére, ou Bouygues... Mais Hollande c'est pareil, regardez donc sont interview accordé au Guardian pendant la campagne présidentiel où il disait "La gauche a gouverné pendant quinze ans pendant lesquels elle a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n'y a pas de crainte à avoir". Où encore la fameuse renégociation du pacte budgétaire européen. L'ANI. Et tant d'autres...

Le libre-échange leur convient lorsque les entreprises peuvent délocaliser et licencier pour faire gonfler leurs valeurs boursières.

Aujourd'hui je suis assez convaincu que l’hyper-place financière réussit plus souvent à obtenir ce qu'elle souhaite et abroger ce qui la dérange que se heurter à des politiques qui malgré tout, conservent un réel pouvoir. Regarder la provenance de type comme Mario Monti, Mario Draghi, et tant d'autres. Faut pas s'étonner de la contradiction entre le libre-échange et le protectionnisme, ça, c'est de l'économie à papa.

Mais faudrait pas rentrer dans un constat pessimiste pour autant. Le Danemark a bien mis en place une flexisécurité qui contente tout le monde. Et des accords comme ceux-là auraient encore plus de sens en France d'ailleurs.
La Finlande obtient les meilleurs résultats PISA au monde avec une économie tout à fait libéralisée.
Le marché de dupes survient au moment ou l'on arrive a stigmatiser les classes défavorisés. Quand je regarde Itélé ou BFM TV j'oublie pas que leur clientèle cible c'est les CSP+ ;) .

D'ailleurs, si vous souhaitez avoir des informations très accessibles et très détaillés sur l'économie tout en apprenant les notions de bases, je vous conseille vivement "Alternative économique". C'est, certes, orienté écologie, mais personnellement c'est une qualité, pas pour tous malheureusement.


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Mar 9 Juil 2013 08:42 
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Merci pour votre didactisme et la clarté de votre exposé accessible au béotien que je suis en économie. Cependant, voyez vous, ce que j'ai remarqué et c'est ce qui est crispant en économie, c'est que si vous aviez un collègue qui me fasse une démonstration à 180° de la votre , je serai convaincu aussi.
A propos d'Alternatives économiques, j'en connais personnellement le directeur.

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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Mar 27 Aoû 2013 08:39 
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En principe, le libre-échange enrichit les échangeurs, mais on peut y ajouter une condition : il suppose que chaque échangeur soit suffisamment averti pour n'accepter que des échanges profitables.

Les méprises, les emballements, les tromperies, les fraudes, les impostures sont légions et induisent un effet qui n'est pas accepté : une sélection "naturelle" avec une élimination des moins aptes au libre-échange, que l'on pourrait classer en deux catégories (qui n'en constituent peut-être qu'une seule), les dupes incorrigibles et les têtus incorrigibles.

Par ailleurs, la majorité des libéraux a librement opté pour la conservation des "hors-la-loi" qui truandent le libre-échange (fraudeurs, voleurs, criminels, mafieux...), ce qui entraîne une autre limitation constitutive, presque infrastructurelle du libre-échange, alors que leur extermination cruelle et méthodique accroît empiriquement les bénéfices du libre-échange (je pense à la sécurisation draconienne des foires médiévales ou des souks orientaux, ainsi que des axes commerciaux géographiques).

Bref, le libre-échange et, plus largement, le libéralisme doit parfaire sa cohérence en n'acceptant son application que dans un stricte cadre de réciprocité. Hors réciprocité, il doit, à mon avis, se comporter de la manière la plus féroce et la plus destructrice possible, ce qui lui serait d'autant plus aisé que la puissance économique conférée par le libre-échange dépasse largement celles de sociétés ou d'individus antilibéraux.


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Mar 27 Aoû 2013 16:29 
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Citation:
En principe, le libre-échange enrichit les échangeurs, mais on peut y ajouter une condition : il suppose que chaque échangeur soit suffisamment averti pour n'accepter que des échanges profitables.

En effet, dans les conditions de la concurrence pure et parfaite figure précisément cet impératif de transparence de l'information, induisant bien l'idée que vous évoquez : Demandeur et acheteur doivent connaitre les modalités de l'échange qu'ils vont effectuer. Mais cette condition à la concurrence avait été taillé pour lutter contre les monopoles, dont on estime aujourd'hui qu'il est surtout nécessaire que les entreprises puissent innover, véritable facteur de croissance d'une entreprise, au mépris de la transparence sur les produits ou les transactions.
Or, les efforts politiques sont devenu quasi-nul pour rétablir la lisibilité, et les rares tentatives sont mises en échec.
A ce titre, je me souvient d'une proposition de loi présentée au parlement européen pour instaurer un code couleur sur les produit alimentaire qui, par un jeu de trois couleur, devait aider à repérer les quantités de sucres, matières grasses, etc... en signalant en vert les quantités saines et l'inverse en rouge, orange étant l'intermédiaire. Cela simplifiait grandement la lecture de la composition du produit, contrairement aux tableaux détaillés, illisibles, et que personnes ne lit, d'autant que ce nouveau repère figurait en grande taille et sur l'avant des produit. Ce dispositif avait était mis en place en Angleterre et avait profondément modifié le comportement des consommateurs, faisant perdre beaucoup d'argent à tout un tas d'industriel. Pour ne pas subir le même revers, les lobby ont alors entamés une véritable campagne de séduction auprès des députés européens, réussissant à faire échouer le vote.

Citation:
Les méprises, les emballements, les tromperies, les fraudes, les impostures sont légions et induisent un effet qui n'est pas accepté : une sélection "naturelle" avec une élimination des moins aptes au libre-échange, que l'on pourrait classer en deux catégories (qui n'en constituent peut-être qu'une seule), les dupes incorrigibles et les têtus incorrigibles.

Vous faites bien de mettre naturelle entre guillemets :) . Je suis assez d'accord avec vous sur cette analyse, mais votre typologie sur les "inaptes" ne me parait pas assez pertinente. Il convient, à mon avis, de faire ressortir le caractère d'inaccessibilité. Car la duperie n'est réalisable que lorsqu'on parvient à faire croire qu'il est possible d'accéder à une chose qui est intrinsèquement inaccessible, et ce en dépit de tout libre-arbitre (dont je réfute l'authenticité, mais c'est un autre débat).

Citation:
Par ailleurs, la majorité des libéraux a librement opté pour la conservation des "hors-la-loi" qui truandent le libre-échange (fraudeurs, voleurs, criminels, mafieux...), ce qui entraîne une autre limitation constitutive, presque infrastructurelle du libre-échange, alors que leur extermination cruelle et méthodique accroît empiriquement les bénéfices du libre-échange (je pense à la sécurisation draconienne des foires médiévales ou des souks orientaux, ainsi que des axes commerciaux géographiques).

Belle démonstration de l'esprit de contradiction des libéraux qui, obstinés par la libre-circulation des capitaux en viennent à réduire les libertés individuelles tout en instaurant un climat de terreur, ou du moins, un état d'urgence.

Citation:
Bref, le libre-échange et, plus largement, le libéralisme doit parfaire sa cohérence en n'acceptant son application que dans un stricte cadre de réciprocité. Hors réciprocité, il doit, à mon avis, se comporter de la manière la plus féroce et la plus destructrice possible, ce qui lui serait d'autant plus aisé que la puissance économique conférée par le libre-échange dépasse largement celles de sociétés ou d'individus antilibéraux.

Parfaitement, comment demander à un canard d'être amoureux d'un tourne broche ? Vous l'avez dit, il faut changer de cadre et instituer un rapport commercial et financier qui permette de conserver les acquis, sans dégrader le statu d'une tierce personne, conditions sine qua non pour ne pas produire et isoler les laissé-pour-compte. Ce qui reviendrait à modifier bon nombre d'institution paralysante, voir des constitutions entières telles que l'Union Européenne, sans même parler des cloisonnements nécessaire dans le secteur financier, vaste chantier. Mais cela n'induit-il pas de reconnaître, en amont, la primauté des influences collectives sur le comportement des individus qui agissent bien plus par croyances que par libre-choix ?


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Mer 28 Aoû 2013 05:17 
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liop a écrit:
Citation:
En principe, le libre-échange enrichit les échangeurs, mais on peut y ajouter une condition : il suppose que chaque échangeur soit suffisamment averti pour n'accepter que des échanges profitables.

En effet, dans les conditions de la concurrence pure et parfaite figure précisément cet impératif de transparence de l'information, induisant bien l'idée que vous évoquez : Demandeur et acheteur doivent connaitre les modalités de l'échange qu'ils vont effectuer.

Je crois que ça va au-delà d'une transparence : les échangeurs doivent appréhender en quoi l'échange leur sera objectivement bénéfique. Par exemple, l'acquisition de cigarettes pour la consommation est transparente et désirée, bien qu'elle ne soit pas souhaitable.
liop a écrit:
Mais cette condition à la concurrence avait été taillé pour lutter contre les monopoles, dont on estime aujourd'hui qu'il est surtout nécessaire que les entreprises puissent innover, véritable facteur de croissance d'une entreprise, au mépris de la transparence sur les produits ou les transactions.

Un monopole est-il possible ? Il doit au moins lutter contre ce qui le menace, ou bien des monopoles rivaux.
liop a écrit:
Je suis assez d'accord avec vous sur cette analyse, mais votre typologie sur les "inaptes" ne me parait pas assez pertinente. Il convient, à mon avis, de faire ressortir le caractère d'inaccessibilité. Car la duperie n'est réalisable que lorsqu'on parvient à faire croire qu'il est possible d'accéder à une chose qui est intrinsèquement inaccessible, et ce en dépit de tout libre-arbitre (dont je réfute l'authenticité, mais c'est un autre débat).

N'est-ce pas l'inaptitude qui permet de croire accessible une inaccessibilité ? Par exemple, "plus j'imposerai ma religion, mieux le monde se portera". Car l'échange n'est pas qu'un échange d'objets et il n'est rien qui ne s'échange.
liop a écrit:
Belle démonstration de l'esprit de contradiction des libéraux qui, obstinés par la libre-circulation des capitaux en viennent à réduire les libertés individuelles tout en instaurant un climat de terreur, ou du moins, un état d'urgence.

1. Une incohérence de certaines théories libérales consiste à poser les libertés comme fins alors qu'elles ne sont que des conséquences d'un état/Etat de droit, droit imposé par la force, droit et force arbitraires. Quel libre marché peut survivre sans les licences concédées par un "prince" ?

2. Les "libertés", comme vous le dites, ou "droits", ou "autorisations", ou "licences", Droits de l'Homme compris, sont des permissions qui ne valent qu'entre individus qui les respectent et les suivent. Une autre errance des libéralismes actuels est de les croire pérennes et universelles hors de toute réciprocité, ce qui fait les belles heures des antilibéraux (voleurs, mafieux, totalitaristes...) que je dénonce plus haut et nuit conséquemment au libéralisme.
liop a écrit:
Vous l'avez dit, il faut changer de cadre et instituer un rapport commercial et financier qui permette de conserver les acquis

Les acquis s'échangent.
liop a écrit:
sans dégrader le statu d'une tierce personne, conditions sine qua non pour ne pas produire et isoler les laissé-pour-compte.

Même les statuts s'échangent. Que ferons-nous le jour où, démocratiquement, les productifs refuseraient de payer des rentes aux inactifs et, pour s'en protéger, les feraient éliminer ?

Tout s'échange. Pour l'instant, les démocraties libérales échangent des rentes aux inactifs contre un certain ordre social et une certaine bonne conscience (dialectiquement léguée par un christianisme qu'on peut également troquer contre d'autres morales plus anciennes ou plus universelles). Il faut convenir que c'est un contrat social très récent (deux siècles) et absolument inhabituel dans l'Histoire du monde. Pour l'instant, il est admis parce que corrélé au développement économique des systèmes qui l'adoptent, mais jusqu'à quand ?
liop a écrit:
Ce qui reviendrait à modifier bon nombre d'institution paralysante, voir des constitutions entières telles que l'Union Européenne, sans même parler des cloisonnements nécessaire dans le secteur financier, vaste chantier. Mais cela n'induit-il pas de reconnaître, en amont, la primauté des influences collectives sur le comportement des individus qui agissent bien plus par croyances que par libre-choix ?

Le libéralisme ne reconnaît que la souveraineté individuelle, ce qui pose encore de nombreuses remises en question apparemment intellectuelles et logiques mais qui me paraissent couvrir des aspirations beaucoup plus spirituelles et morales (nationalisme, idéologies politiques, clanisme, tribalisme, etc.).


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le libre-échange ?
MessagePosté: Mer 28 Aoû 2013 13:31 
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Citation:
Je crois que ça va au-delà d'une transparence : les échangeurs doivent appréhender en quoi l'échange leur sera objectivement bénéfique. Par exemple, l'acquisition de cigarettes pour la consommation est transparente et désirée, bien qu'elle ne soit pas souhaitable.

Je ne suis pas sûr que l'on puisse généraliser les mécanismes qui conduisent à consommer des cigarettes sur l'ensemble des produits et services de par la nature même de l'objet, qui mérite à mon avis que l'on relativise son penchant addictif. En revanche, dire que les "échangeurs doivent appréhender en quoi l'échange leur sera objectivement bénéfique" me parait relever de plusieurs incohérences. Il s'agit de faire le jeu des libéraux eux-même dont le pari de l'homme calculant coûts/intérêts en permanence, rationnel en tout instant, me semble tout sauf objectif, il s'agit plutôt là d'un rêve de singe en oubliant les investissements affectifs inhérents à chaque transactions, faussant largement l'hypothèse de l'homo economicus. Peut-être s'agit-il là d'un désaccord inconciliable pour lequel il vaut mieux ne pas s'étendre d'avantage sous risque de tourner en rond, puisque pour ma part je pencherais bien plus en faveur des vues spinozistes et de leur conatus croisé aux habitus de classes.

Citation:
Un monopole est-il possible ? Il doit au moins lutter contre ce qui le menace, ou bien des monopoles rivaux.

Il est pourtant largement accepté de considérer que monopole, situation de monopole, oligopole, entente oligopolistique, cartel, etc... relèvent d'une dynamique commune qui consiste à combiner pouvoir de marché et capacité des consommateurs à acheter, fixant des prix bien supérieur au prix d'équilibre, d'autant plus réalisable que la différenciation des produits permet de recréer artificiellement cette situation de monopole. C'est plutôt les cas de concurrences pures et parfaites qui me semblent inexistants, excepté le marché aux fraises, et encore...

Citation:
N'est-ce pas l'inaptitude qui permet de croire accessible une inaccessibilité ?

L'un n’empêche pas l'autre et pourraient s'auto-entretenir.

Citation:
Par exemple, "plus j'imposerai ma religion, mieux le monde se portera". Car l'échange n'est pas qu'un échange d'objets et il n'est rien qui ne s'échange.

Je reconnais la validité de la possibilité de tout échanger dans la mesure ou nous sortirions du cadre du libre-échange, en revanche le libéralisme ne prend pas en compte les investissements affectifs et donc irrationnels de tout échange, y compris les échanges marchands.

Citation:
Quel libre marché peut survivre sans les licences concédées par un "prince" ?

Bastiat disait à ce titre "N'attendez de l'Etat que deux choses : Liberté, Sécurité, et comprenez bien que l'on ne saurait, au risque de les perdre toutes les deux, en demander une troisième".
D'autres plus convaincu auraient sans doute reconnu l’efficacité des milices privés substituables aux forces de l'état... J'estime au contraire que des interventions de l'Etat en économie s'avèrent profitables, pour ne pas dire nécessaires. Le marché, devrait lui, pouvoir quelques fois se passer de faire certain profit, car si tout est échangeable, tout n'est pas commercialisable.

Citation:
Que ferons-nous le jour où, démocratiquement, les productifs refuseraient de payer des rentes aux inactifs et, pour s'en protéger, les feraient éliminer ?

Encore faudrait-il que la proposition ne soit pas fantaisiste, mais pour cela, il faudrait y retirer la moitié de son contenu... On peut certes relever des corrélations entre incarcération et accumulation de richesses, mais cela ne confirme-t-il pas ce quoi vous l'opposiez : "sans dégrader le statu d'une tierce personne, conditions sine qua non pour ne pas produire et isoler les laissé-pour-compte."

Citation:
un certain ordre social et une certaine bonne conscience (dialectiquement léguée par un christianisme qu'on peut également troquer contre d'autres morales plus anciennes ou plus universelles). Il faut convenir que c'est un contrat social très récent (deux siècles) et absolument inhabituel dans l'Histoire du monde. Pour l'instant, il est admis parce que corrélé au développement économique des systèmes qui l'adoptent, mais jusqu'à quand ?

Les structures familiales me paraissent être une meilleure réponse, en ce sens qu'elles permettent de comprendre en quoi l'ordre économique porte en lui des caractères plus historiquement anciens que les deux siècles que vous évoquiez, d'une part, mais aussi parce qu’on y comprend mieux les valeurs morales qui ne sont pas uniquement imputable au christianisme, au grand dam des historiens. Si ces structures évoluent, elles ne s'échangent pas, si elles se répandent (diffusionnisme), elles ne se troquent pas. Donc permettez moi de ne pas convenir que ce contrat social soit une nouveauté historique, dans le sens ou on peut l'intégrer dans une partie qui le dépasse en densité et en âge.

Citation:
Le libéralisme ne reconnaît que la souveraineté individuelle, ce qui pose encore de nombreuses remises en question apparemment intellectuelles et logiques mais qui me paraissent couvrir des aspirations beaucoup plus spirituelles et morales (nationalisme, idéologies politiques, clanisme, tribalisme, etc.).

La souveraineté individuelle reconnu par le libéralisme repose sur la capacité supposé des individus à faire des choix objectif dans leur propres intérêt. Le remettre en question s'inscrit simplement dans une démarche intellectuelle lorsque l'on y oppose l'irrationalité constaté dans les comportements des agents économiques, d'autant plus lorsque le pilier sur lequel il repose, l'objectivité de la valeur, est on ne peut plus contestable, et cela sans le moindre effort à vrai dire... A partir de là, pointer les incohérences institutionnelles qui en découle me semble pouvoir être du bon sens, sans invoquer des motifs spirituels ou morales. De tel sorte que constitutionnellement, il existe de nombreuses possibilités de réformes alternatives aux sombres projets nationalistes : revenir au franc ne veut pas dire supprimer l'euro, une monnaie nationale peut coexister avec une monnaie commune, ça ne change rien au projet politique d'une Europe commune, mais cela permet de redonner du souffle aux états par l'instauration d'une banque centrale dont on pourrait, pourquoi pas, redéfinir un statut juridique taillé de toutes pièces. Cela Marine le Pen ne le dit pas, je vous serai gré de ne plus y faire allusion.


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