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 Sujet du message: Qu'est-ce que la crise ?
MessagePosté: Jeu 15 Aoû 2013 18:24 
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Qu'est-ce que la crise ?

Si la question est largement présente est répétée dans l'ensemble du corps social, les réponses semblent être aussi variées qu'il existe d'apprenti économistes libéraux pour interpréter les données chiffrés que nos média ont le mauvais gout de pointer dès lors qu'il convient d'invalider des hypothèses, ou autre analyses, qui soulèveraient, en substance (j'insiste sur ce point), des questions concernant l'organisation économique mondiale. Remettre en question ce qui leur a permis d'atteindre une position confortable et durable, du moins le pensent-ils, est par nature menaçant, peu importe la solidité des mécanismes qui conduisent à jeter le doute sur la voie que nous suivant, ceux qui nous en font part restent minoritaire par rapport à l'armée "d'expert" qui ne manquent jamais de vendre la prétendu subjectivité des mesures dévastatrices pour ce même corps social prisent au plus haut niveau. Quand bien même les "empêcheurs de tourner en rond" et autres "atterrés" arriveraient à dégager un espace dans le débat publique pour chanter leurs cantiques profanes, la porté de leur discours restera indéniablement circonscrit aux seuls prévenus, la barrière médiatique restant hermétique, j'en tiens Bourdieu pour témoin.

J'en profite donc pour saluer ici toute démarche, aussi grotesque soit-elle, qui traduit la difficile opération de l'extraction de ce bain idéologique dans lequel nos institutions jouent la partition, depuis trop longtemps déjà, du statu quo, et dont les réformes parfois prônés n'en sont que le prolongement. Dépossédé des outils de compréhension, est-il réellement surprenant que le peuple envisage le monde sans ses élites ? Ici, Spinoza sera mon avocat, avec remerciement pour F.Lordon.

A les voir gesticuler, les élites pourraient être risibles, la désocialisation avec le peuple pour cause, si toutefois ses entreprises n'étaient (malheureusement) pas toutes conduites, avec ruses et tour de force, jusqu'à leur établissement.
Mais sur le long terme, voir moyen terme, c'est bel est bien l'ensemble de leurs mesures qui sont voué à disparaître. La raison en est simple : l'aveuglement générale comme ultime rempart à leur idéologie au règne passager.

De la dette à la compétitivité, en passant par le déficit public, les thèmes de fond invoqué pour expliquer la crise, et parce qu’ils sont toujours leurs thèmes de prédilection, traduisent en effet cet aveuglement définitif.
Un aveuglement qui consiste principalement au dévouement total à la cause du néolibéralisme dont la surexposition de ses défenseurs nous complique la tâche du travail critique. Le problème majeur avec le néolibéralisme est qu'il tente de théoriser les marchés. Rien de bien grave à première vu, mais en y regardant mieux, on comprend pourquoi cela ne fonctionnera pas longtemps puisqu'il est encore invoqué pour répondre à des dysfonctionnements du capitalisme dans son entier, et pas seulement les marchés. Nombre d'économistes estiment par ailleurs pouvoir dégager des théories généralisables et universelles, à la manière de ce qui se fait en physique. Vaste plaisanterie lorsqu'on observe les modifications des différentes séquences d'accumulation du capital au fil de l'histoire du XIXème siècles.

Regardons plutôt comment construire une théorie moderne du capitalisme, qui pourrait nous expliquer la crise mieux le font les courbes d'offre et de demande et autres chocs d'offre négatif.
Ce qui se fait de mieux dans ce domaine est incontestablement la théorie de la régulation financière dont les vertus nous permettent de penser non pas la crise, mais bien les crises.
Reposant sur l'analyse des processus d'accumulation du capital, la régulation financière démontre que le capitalisme fonctionne par séquence, ponctuaient par des crises qui débouchent sur de nouvelles séquences d'accumulation à l'avenir incertain. Ces crises se déclinent en deux grand ensembles, eux même subdivisés en plusieurs types. En somme, il y a deux types de crises : les petites, dont la correction peut se faire de manière endogène par des ajustements mineurs et sans grandes conséquences; et les grandes, nécessitant de profond changement dans la configuration du capitalisme et d'ou émergent de nouvelles "ères" du capitalisme. On pourrait y ajouter l'ultime crise, celle conduisant à la destruction même de tout processus d'accumulation du capital, ne débouchant sur aucunes nouvelles séquences de par son ampleur, prophétisée par les marxistes, et que l'on attend encore...

La crise de 2008 coïncide parfaitement avec cette typologie. De même que nous voyons très clairement les forces gouvernementales s'enliser dans leur obstination à sauver ce modèle qui aurait déjà du laisser place à une nouvelle séquence, ce n'est pas le cas.
Dès lors, comprenons bien comment ce dogme réfléchit l'accumulation du capital. Premièrement, il est structuré par la mise en concurrence des économies au niveau international, et deuxièmement, la primauté de l'actionnariat dans le fonctionnement mécanique de la création des richesses, par l'investissement.
Or, ces deux forces trouvent leur point de convergence dans le besoin constant de réduire les salaires, ni plus ni moins. Sur le court terme, les profit sont colossaux, suffisamment même pour que les 0,1% les plus riches n'aient vraiment à craindre une crise, dans le cas ou tout repartiraient comme avant, comme nous le vivons. Mais sur le long terme, c'est bien évidement un problème de compression de la demande qui est à soulever. Si les ménages se trouvent dans l'incapacité de tenir leur "rôle" de consommateur, la machine s’arrête.
A cela, le néolibéralisme a développé deux parades. L’allongement du temps de travail, comme c'est le cas aux Etats-Unis ou il est coutume d'avoir deux emplois, voir plus; et la mise à disposition du crédit, avec comme on le sait, les répercutions désastreuses sur l'ensemble de l'économie.
Si rien est fait pour infléchir cette logique, il n'est pas hasardeux de prédire avec certitude qu'une nouvelle crise fera surface d'ici dix ans, les acteurs économiques responsables de la débâcle de la titrisation ayant déjà atteint une recapitalisation supérieur à ce qu'il en était avant la crise usent maintenant du HFT (trading haute fréquence) déjà responsable du Flash Crash de 2010...

Dans ces conditions, peut-on concevoir un changement de paradigme effectué non pas par les politiques (dont les convictions au sujet des réformes de la finance ne font plus illusions pour personnes, ou presque...), mais par l'ensemble du corps social lui même qui, voyant l’avènement d'une crise dans le futur proche, rejetterai catégoriquement toute logique d'accumulation de capital au détriment des autres, creusant les inégalités, sans en appeler à la vertu ? Et quels seraient les déterminants d'une construction d'intelligence collective correspondant au sujet en question ?


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