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 Sujet du message: La balance commerciale de l'Allemagne en question
MessagePosté: Jeu 14 Nov 2013 02:55 
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La récente déclaration de Barroso remet les pendules à l'heure. Si l'Allemagne s'est largement occupée des dettes et budgets des Etats de la zone Euro, la commission Européenne vient de faire savoir qu'une enquête se déroulera pour déterminer l'impact du commerce extérieur de l'Allemagne sur la croissance Européenne.

Chacun son défaut. En effet, France, Italie et autres PIGS sont constamment rappelés à l'ordre par l'Allemagne pour ne pas respecter les clauses planché de la constitution Européenne concernant les budgets et les dettes. Mais c'est maintenant au tour de l'Allemagne de se voir reprocher le manquement aux règles. En effet, la constitution prévoit aussi qu'un pays ne doit pas connaitre d’excédent commercial supérieur à 6% de son PIB durant 3 années consécutives. Faire attention ici, les journaux ont tendance à mélanger "Excédent commercial" et "Excédent courant". La deuxième notion intègre aussi les revenus de transfert.
L'Allemagne aurait franchi se cap (le conditionnel est de mise tant les chiffres diffèrent d'une source à l'autre), et la commission européenne à ouvert une procédure dans le but d'enquêter sur les déséquilibres macroéconomiques que cela pourrait engendrer dans la zone Euro.

L'opinion semble divisé sur la question, il semblerait néanmoins que seuls les allemands s'offusquent de cette décision... Et pour cause, les déséquilibres sous-entendus par cette procédure sont très claires : L'Allemagne pratique une politique de compétitivité prix en appliquant de trop bas salaire (proportionnellement à son dynamisme économique), ce qui délaisse sa demande intérieure (les allemands ne disposent pas d'un pouvoir d'achat leur permettant de consommer convenablement ce qu'ils produisent) au profit de la demande extérieur (creusant les déficits commerciaux des autres pays de la zone).

Il s'agit donc évidement de déséquilibres structurels, d'autant plus que cela ferait depuis 2007 que ses comptes courants auraient largement dépassés les 7%. S'il est malheureusement peu probable que l'Allemagne réagisse en appliquant un salaire minimum, on peut constater que la réaction de la commission, ajouté aux déclarations des Etats-unis (pour qui les déséquilibres contractés seraient d'ampleur mondiale), plus la baisse des taux d'intérêts de la BCE malgré l’épargnant allemand (ce qui pourrait bien l’encourager à consommer...), traduise une très forte contestation de la puissance économique de l'Allemagne, ou du moins, une contestation de ses décisions en la matière.

Ils s'en trouveront toujours pour répéter une fois de plus que l'Allemagne n'est pas en tord et que les autres membres de l'union ne peuvent s'en prendre qu'à leurs dépenses, leurs coût du travail, etc...
Et pourtant, baissé nos salaires reviendrait à aggraver la situation, en baissant la consommation, réduisant l'activité économique, y compris celle de l'Allemagne. C'est là qu'est le danger, la doctrine néolibérale est déjà sur le coup.
Lorsque qu'une baisse de la consommation peut survenir, la solution du néolibéralisme se décline en deux proposition. La première, c'est la propulsion des ménages les plus pauvres dans le crédit à la consommation, avec les répercussions que l'on a pu observer en 2008. La deuxième, c'est l'allongement du temps de travail. C'est ce qui se passe aux USA, où il n'est pas rare de voir des personnes cumuler plusieurs emplois. Mais cette tendance est aussi à l'oeuvre en France, et on peut observer que tout les sondages disent la même chose : La majorité des français est prête à travailler le dimanche, à condition d'être mieux payé. En gros, travailler plus pour gagner plus. S'il s'en trouve encore pour y croire...

Dans ces conditions, l'augmentation des salaires allemands paraît être la mesure la plus profitable, et pour tous.
Evidemment, les salaires allemands ne bougeront pas, encore et toujours pour la même raison que j'invoquerai avec la plus grande des courtoisies qu'il m'est possible : l'injonction de la rentabilité du retour sur investissement au sein des entreprises.


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 Sujet du message: Re: La balance commerciale de l'Allemagne en question
MessagePosté: Ven 15 Nov 2013 07:18 
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liop a écrit:
L'opinion semble divisé sur la question, il semblerait néanmoins que seuls les allemands s'offusquent de cette décision... Et pour cause, les déséquilibres sous-entendus par cette procédure sont très claires : L'Allemagne pratique une politique de compétitivité prix en appliquant de trop bas salaire (proportionnellement à son dynamisme économique), ce qui délaisse sa demande intérieure (les allemands ne disposent pas d'un pouvoir d'achat leur permettant de consommer convenablement ce qu'ils produisent) au profit de la demande extérieur (creusant les déficits commerciaux des autres pays de la zone).

Je crois que même avec des revenus supérieurs, les Allemands continueront d'épargner davantage et ne consommeront pas beaucoup plus de produits étrangers qu'ils n'en commandent actuellement. Question de mentalité comptable et prudente, me semble-t-il, mais aussi souveraine, égoïste et libérale, et aucune doctrine économique ne les mettra en tort.
liop a écrit:
En effet, la constitution prévoit aussi qu'un pays ne doit pas connaitre d’excédent commercial supérieur à 6% de son PIB durant 3 années consécutives. [...] C'est là qu'est le danger, la doctrine néolibérale est déjà sur le coup.

Une constitution pondérant le libre échange est antilibérale.
liop a écrit:
Et pourtant, baissé nos salaires reviendrait à aggraver la situation, en baissant la consommation, réduisant l'activité économique, y compris celle de l'Allemagne.

Le seul revenu qu'il faille diminuer en France est celui des collectivités, qui dépensent mal.
liop a écrit:
Lorsque qu'une baisse de la consommation peut survenir, la solution du néolibéralisme se décline en deux proposition. [...] La deuxième, c'est l'allongement du temps de travail. C'est ce qui se passe aux USA, où il n'est pas rare de voir des personnes cumuler plusieurs emplois. Mais cette tendance est aussi à l'oeuvre en France, et on peut observer que tout les sondages disent la même chose : La majorité des français est prête à travailler le dimanche, à condition d'être mieux payé. En gros, travailler plus pour gagner plus. S'il s'en trouve encore pour y croire...

C'est pourtant une sagesse plurimillénaire.

"Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins."
(La Fontaine)
liop a écrit:
Dans ces conditions, l'augmentation des salaires allemands paraît être la mesure la plus profitable, et pour tous.

Ils ne le feront pas, ils s'enrichissent déjà en remboursant leurs dettes publiques et ensuite épargneront pour leurs retraites que leur maigre natalité ne pourra pas financer.

"Dans ces conditions," la mesure la plus profitable est de diminuer les revenus (et donc les dépenses) des collectivités endettées mal à propos, dont la France, donc de diminuer les revenus des emplois publics inutiles et des rentes sociales néfastes, comme les emplois des agences publiques ou les rentes sociales abusives (fraudes aux assurances sociales, cures thermales, pensions de retraite fastueuses versées par les actifs...).

L'argent ainsi économisé par les entreprises françaises serait mécaniquement reversé à leur clientèle (pour la compétitivité) et à leur salariat (pour les capacités de production).


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 Sujet du message: Re: La balance commerciale de l'Allemagne en question
MessagePosté: Ven 15 Nov 2013 16:41 
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Citation:
Je crois que même avec des revenus supérieurs, les Allemands continueront d'épargner davantage et ne consommeront pas beaucoup plus de produits étrangers qu'ils n'en commandent actuellement. Question de mentalité comptable et prudente, me semble-t-il, mais aussi souveraine, égoïste et libérale, etc...


Cela est peut être valable pour les classes moyennes, mais il ne faut pas oublier dans la foulé les 20% de la population active qui touchent moins de 1000 euros par mois. Le problème de sa consommation intérieur me semble plus provenir de là que des comportements individualistes qu vous évoquez.

Citation:
et aucune doctrine économique ne les mettra en tort


Je pense qu'il ne faudrait pas non plus oublier le passé historique de l'Allemagne qui s'est largement, et à plusieurs reprises, illustré dans la lutte sociale, c'est pas à vous que je vais l'apprendre.

Citation:
Une constitution pondérant le libre échange est antilibérale.

Tout à fait. Mais l'Europe ne leur est pas si défavorable pour autant. Et leurs acquis resteront des chevaux de bataille qui reviendront sans cesse sur la scène du débat public. Souvenez-vous de la loi de séparation bancaire. La campagne de lobbying fut assez intense en ce sens. La multiplication des arguments en défaveur de cette loi, prônant les impératifs de concurrence internationaux, a eu finalement raison de ce projet de loi.
L'Europe connaîtra les mêmes assauts néolibéraux dès lors qu'il s'agira d'enrayer la mécanique. Si ce plafond auquel se heurte l'Allemagne aujourd'hui constitue une limite pour le rayonnement et l'exemplarité sans cesse rebattu du model allemand, soyez sûr qu'il s'agit là d'un moindre mal pour la finance qui a déjà depuis longtemps intégrée tout type d'amende et autres sanctions financière dans ses budgets.

Citation:
Le seul revenu qu'il faille diminuer en France est celui des collectivités, qui dépensent mal.

C'est votre opinion, et que je la partage ou non, l’intérêt n'est pas là puisqu'il ne s'agit pas de ce débat là. La tendance délocalisatrice de la France se justifie elle-même par deux positions qu'elle résume par le taux d'imposition et les trop hauts salaires. C'est cela qu'il s'agit de questionner, il me semble en tout cas. Puisqu'en baissant les revenus des collectivités vous ne ferez qu'économiser dans le budget national, et au mieux, alléger un peu plus le poids de la dette. Mais en aucun cas les industries pourraient retrouver la compétitivité qu'elles appellent tant. En revanche, on pourrait s’interroger, dans ce cas, sur l'évolution de la répartition des gains de productivité au sein des entreprises qui, en France, atteint des sommets d'inégalité.

Citation:
C'est pourtant une sagesse plurimillénaire.

"Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins."


C'est n'est pas la valeur du travail que je remet en cause, mais les idéologies travailliste contemporaine qui nous pousse à accepter le travail sous toutes ses formes. cela s'observe par exemple lorsque Sarkozy veut mettre en place une loi obligeant les demandeurs d'emploi à accepter toutes les offres d'emploi qui leurs sont faites, sans distinction d’aucune sorte. Je considère cela comme un premier pas vers la destruction même de la valeur travail. Ce n'est pas de cette manière que l'on restaure les vertus du travail, dont on ne fait plus état que de ses impératifs économiques. "Travailler plus" oui pour différentes raisons, "Pour gagner plus" : c'est sans doute la moins bonne des raisons de travailler.
Sans nier pour autant les besoins de revenus supplémentaires, ce que je critique à la fin des fins dans le néolibéralisme, c'est la mise en place d'une mécanique d'augmentation des capitaux par l'ajustement technique du travail économique, sans prise en compte d'aucune sorte des répercutions sociales et environnementales , amenant toujours à axer la penser idéologique vers l'optimisation économique du travail. Les questions annexes s'y voit toujours traités par le biais d'imposition et de redistribution : l'écotaxe en est la manifestation la plus dérisoire.

Citation:
L'argent ainsi économisé par les entreprises françaises serait mécaniquement reversé à leur clientèle (pour la compétitivité) et à leur salariat (pour les capacités de production).

Il me semble qu'il s'agit justement là d'un leurre. L'argent économisé par les entreprises n'est pas automatiquement ré-employé dans le circuit de la production. Depuis 30, la tendance est même inverse. Les gains de productivité (qu'ils soient réalisés par économie dans le processus de production ou augmentation des recettes) ne sont hélas plus profitable pour l'ensemble du salariat. L'augmentation des salaires est largement inférieur à la productivité horaire apparente du travail. La compétitivité n'est d'ailleurs plus réellement une question qui peut se résoudre à l'intérieur d'une même nation, mais prend en compte les niveaux de développement des autres pays avec lesquels nous échangeons. Ainsi, les questions des salaires moyens reste pertinente pour comparer les systèmes économiques entre eux, mais le marché ne sait hélas plus traiter ces problématiques tout seul. On assiste même au spectacle effarant d'entreprises rachetant leurs actions dans le but de réduire le nombre de détenteurs de capitaux, et donc pouvoir verser plus de dividendes aux actionnaires restant. Les rapports de forces ont très largement changés. Est-ce réellement étonnant dans un contexte d'augmentation des inégalités ?


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 Sujet du message: Re: La balance commerciale de l'Allemagne en question
MessagePosté: Ven 15 Nov 2013 20:57 
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liop a écrit:
Cela est peut être valable pour les classes moyennes, mais il ne faut pas oublier dans la foulé les 20% de la population active qui touchent moins de 1000 euros par mois. Le problème de sa consommation intérieur me semble plus provenir de là que des comportements individualistes qu vous évoquez.

Déjà, ils ne sont pas écrasés par un coût du logement trop élevé, comme chez nous, ce qui soulage leur pouvoir d'achat.
liop a écrit:
Je pense qu'il ne faudrait pas non plus oublier le passé historique de l'Allemagne qui s'est largement, et à plusieurs reprises, illustré dans la lutte sociale, c'est pas à vous que je vais l'apprendre.

C'est vrai, et toujours de manière réaliste et économiquement vertueuse.
liop a écrit:
C'est n'est pas la valeur du travail que je remet en cause, mais les idéologies travailliste contemporaine qui nous pousse à accepter le travail sous toutes ses formes.

J'aimais ce slogan provocateur en une de L'Express en été 2007 : "Travailler moins pour gagner moins pour vivre mieux"...
liop a écrit:
Citation:
L'argent ainsi économisé par les entreprises françaises serait mécaniquement reversé à leur clientèle (pour la compétitivité) et à leur salariat (pour les capacités de production).

Il me semble qu'il s'agit justement là d'un leurre. L'argent économisé par les entreprises n'est pas automatiquement ré-employé dans le circuit de la production. [...] On assiste même au spectacle effarant d'entreprises rachetant leurs actions dans le but de réduire le nombre de détenteurs de capitaux, et donc pouvoir verser plus de dividendes aux actionnaires restant.

Les dividendes d'actionnaires sont en principe réinvestis dans la production, soit sous forme d'actions, soit sous forme de crédits quand ils sont placés en banques, soit sous forme de clientèle avec la consommation des actionnaires.


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 Sujet du message: Re: La balance commerciale de l'Allemagne en question
MessagePosté: Lun 18 Nov 2013 12:59 
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Inscription: Ven 17 Aoû 2012 04:37
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Citation:
C'est vrai, et toujours de manière réaliste et économiquement vertueuse.

Je pensais aux luttes incarné par Rosa Luxembourg, l'internationale ouvrière et ses idéaux. Aujourd'hui, on peut apprécier de cette longue histoire la participation des ouvriers aux conseils d'administrations des grandes entreprises, une concertation inter-entreprises par branche très forte, un taux de syndicalisation très élevé, etc...

Citation:
Les dividendes d'actionnaires sont en principe réinvestis dans la production, soit sous forme d'actions, soit sous forme de crédits quand ils sont placés en banques, soit sous forme de clientèle avec la consommation des actionnaires.

Cela n'est malheureusement vrai qu'en théorie puisque aucun indicateur ne permet de relever la participation des dividendes à la croissance et vous faites bien d'employé l'expression "en principe". Dans les faits, on serait même tenté de dire l'inverse, puisque sur grande période, les augmentations de dividendes sont toujours corrélés aux augmentation des inégalités et à la baisse du rythme de croissance. Le livre de Piketty "le capital au XIXème siècle" est très révélateur à ce sujet. Mais il faut ici changer d'objet d'étude puisque nous ne parlons plus d'économie de marché avec ses courbes en tout genres mais de régime capitalistique à part entière.


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