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 Sujet du message: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 15 Déc 2012 14:43 
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Expression popularisée par Kipling, le "Grand jeu" est l'opposition au XIXème siècle entre l'Angleterre victorienne installée aux Indes et la Russie tsariste pour le contrôle de l'Asie centrale. Cette rivalité, qui se jouait dans des décors somptueux (Himalaya, Pamir, déserts du Taklamakan ou de Gobi...), prenait la forme d'une lutte d'influence, d'une course à l'exploration et à la découverte des blancs de la carte, d'accords commerciaux, d'alliances avec des tribus ou des potentats locaux...

Or, il n'est pas un géopolitologue qui ne parle ouvertement ou à mots couverts d'un nouveau Grand jeu en Asie centrale depuis la chute de l'URSS, mais infiniment plus complexe et varié. Russie, Etats-Unis et Chine, auxquels il faut ajouter les éternels rivaux Inde et Pakistan et, en toile de fond, l'Iran, la Turquie et le Japon... Le tout saupoudré d'islamisme et de terrorisme, de guerres, de renouveau pan-turc, de ressources énergétiques gigantesques qui vont conditionner le futur développement économique et d'une guerre des "tubes" sans merci. Une partie de l'avenir du monde se joue entre les monts Pamirs (où trois puissances nucléaires - Inde, Chine et Pakistan - se regardent en chiens de faïence) et les sables du Gobi, entre la Caspienne (qui ne produit malheureusement plus de caviar mais inonde le monde de son gaz et de son pétrole) et le Tibet. Rivalités des grands, terrorisme, énergies, guerres, nucléaire, pipelines... le cocktail est explosif !

Les ramifications du Grand jeu se font sentir partout, en Europe (ancienne et nouvelle), au Moyen-Orient, aux Etats-Unis, en Chine... Le nouveau Grand jeu concerne le monde entier
et recouvre des domaines variés.

Faites vos jeux, rien ne va plus !


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 15 Déc 2012 15:11 
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Et on commence par le début attendu de la construction du gazoduc russe South-Stream devant amener le gaz russe dans les foyers européens, en évitant l'Ukraine mauvaise payeuse et susceptible de couper les robinets.
http://bourse.lefigaro.fr/devises-matieres-premieres/actu-conseils/la-russie-lance-la-construction-du-gazoduc-southstream-321527

Sur le modèle du Nord-Stream, le South-Stream rejoindra directement l'Europe occidentale en contournant le glacis des pays de la "nouvelle Europe" mis en place par Washington pour isoler Moscou.
Image

Dans leur lutte d'influence avec la Russie et la volonté d'empêcher un renforcement de l'axe eurasiatique, les Etats-Unis ont également promu le sempiternel projet Nabucco qui n'en finit pas d'être repoussé. Devant théoriquement relier le gaz caspien à l'Europe en évitant la Russie et son allié arménien ainsi que l'Iran, il est trop cher et fait face à d'incommensurables difficultés.

Moscou 1 - Washington 0


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 15 Déc 2012 23:31 
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Vous avez mentionné le terrorisme, il se trouve qu'il existe une nébuleuse islamiste centrée autour du Mouvement Islamique d'Ouzbékistan.

D'après certains chercheurs, la menace islamiste est sciemment exagérée par les gouvernants de la région. Elle serait en partie une excuse pour accroître (ou maintenir) le contrôle de l'Etat sur la société. Ainsi, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, les régimes en place réprimeraient les opposants politiques et obtiendraient des accords bilatéraux avec des puissances extérieures.

L'article suivant aborde cette question.

http://osce-academy.net/uploads/docs/bl ... brief7.pdf

L'auteur prétend que les actes de terrorisme les plus violents ont été menés par des locaux. Les guerrillas poursuivraient des objectifs locaux et n'auraientt pas la capacité de déstabiliser la région.

Il cite l'exemple des combats de la vallée de Rasht au Tadjikistan qui avaient eu lieu en 2010. Cette région était déjà un foyer d'insurrection lors de la guerre civile tadjike, plusieurs années avant la création du MIO.

Selon lui, la violence dans la vallée de Rasht serait la conséquence de la gestion de l'après guerre civile par le gouvernement tadjik. Elle serait alimentée par d'anciens chefs de l'opposition qui défendent leur steak (cf Conflict in Tajikistan – not really about radical Islam, Sophie Roche).

Le CSIS a également publié un rapport intéressant à parcourir sur les djihadistes d'Asie centrale : From the Ferghana Valley to
South Waziristan, The Evolving Threat of Central Asian Jihadists.


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 22 Déc 2012 20:09 
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Très intéressant, même si je ne peux malheureusement pas ouvrir votre lien. Effectivement, il est très difficile de démêler ce qui, dans la nébuleuse islamiste en Asie centrale, est authentique, et ce qui est manipulé par les gouvernements locaux ou par les puissances du grand jeu. Les zones tribales du Pakistan sont un bon exemple de ce casse-tête. Jusqu'à quel point l'ISI contrôle-t-elle les mouvements islamistes, eux-mêmes divisés entre Talibans (objectif national) et islamistes internationalistes (Ouzbèkes, Al Qaïda...).

Pour en revenir au gazoducs concurrents South Stream et Nabucco, voici un article qui date un peu (3 ans) mais toujours d'actualité car, malgré de multiples rebondissements, rien n'a vraiment changé finalement. Nabucco reste une coquille vide; Poutine fait tout pour que le gaz azéri et turkmène passe par un "pipe" russe, ce qui vide de sa substance le projet Nabucco. Bien sûr, tout dépend de la volonté des satrapes de Bakou et d'Achkabad qui changent souvent d'avis. Mais globalement, l'ours russe a encore de sa force de persuasion et il semblerait que les Américains aient plus ou moins jeté l'éponge. Autre épine dans le pied de Nabucco: l'espèce de chantage turque qui utilise la construction du gazoduc passant par son territoire pour avancer ses pions dans le dossier de son adhésion à l'Union Européenne. Moscou joue sur du velours et le rêve des néo-conservateurs américains de la première décennie du XXIème siècle - à savoir marginaliser et isoler durablement la Russie - est en train de s'évaporer.
Voici l'article:


La bataille des gazoducs fait rage à Ankara

Arielle Thedrel, Le Figaro, 06.08.2009

Un mois à peine après la signature d'un accord sur le projet européen Nabucco, la Turquie s'engage à soutenir son concurrent russe South Stream.

C'est un nouvel avatar du «Grand Jeu» qui opposa au XIXe siècle les empires russe et britannique de la Caspienne au bassin de la mer Noire. Une nouvelle «route de la soie» qui sent fortement le gaz. Vladimir Poutine a signé jeudi à Ankara un protocole d'accord avec la Turquie pour lancer dans les eaux territoriales turques les travaux du gazoduc South Stream. Un tuyau qui devrait relier en 2013 la Russie à la Bulgarie via la mer Noire. South Stream étant la créature commune de Gazprom et du groupe italien ENI, Silvio Berlusconi était symboliquement au rendez-vous. Moins d'un mois après la signature, toujours à Ankara, d'un accord sur le projet concurrent Nabucco, soutenu par l'Union européenne et les États-Unis, la Russie lance une contre-offensive.

Au-delà de la simple logique commerciale, l'enjeu de la bataille est politique. South Stream (et son double baltique North Stream, projet germano-russe) permettra à Moscou de marginaliser à plus ou moins long terme l'Ukraine par où transite plus de 80 % du gaz russe exporté vers l'UE, et de sécuriser ses approvisionnements. En privé, les pays de la vieil¬le Europe, pris au piège du différend gazier russo-ukrainien de l'hiver dernier, y sont plutôt favorables.

Importantes recettes fiscales

Dans le même temps, ils appuient Nabucco qui vise, lui, à réduire la dépendance de l'Europe à l'égard du gaz russe (plus de 30 % de la consommation européenne). Lancé en 2002, le projet, qui semblait s'enliser, vient de rebondir. La Turquie en est un acteur clé puisque ce gazoduc, long de 3 300 km, transitera par son territoire sur 2 000 km. Ankara marchandait durement sa participation, devenue un moyen de pression dans les négociations d'adhésion à l'UE. Un accord a permis de lever l'un des principaux écueils. La Turquie a obtenu la garantie de bénéficier d'importantes recettes fiscales : entre 50 et 60 % des revenus des taxes, soit près de 450 millions d'euros par an.

Mais la Turquie est aussi le troisième importateur de gaz russe après l'Allemagne et l'Italie. Elle ne peut se permettre d'ostraciser la Russie, son principal partenaire commercial.

Du gaz turkmène

Au double jeu d'Ankara s'ajoutent les incertitudes pesant sur l'approvisionnement de Nabucco. Car si l'on est sûr d'alimenter South Stream avec du gaz russe et kazakh, le tube européen, lui, reste pour le moment désespérément vide. L'Azerbaïdjan a promis de fournir du gaz. Mais cet engagement est compromis par un accord que Bakou vient de signer avec la Russie pour l'achat de gaz azerbaïdjanais. Compte tenu des volumes limités dont dispose l'Azerbaïdjan, cet accord risque de faire de l'ombre à Nabucco.

D'abord hostile aux Européens, le Turkménistan, qui possède d'énormes gisements de gaz, s'est déclaré prêt le mois dernier à s'associer au projet à la suite d'un différend avec Moscou sur le prix et le volume de gaz que Moscou lui achète.

Mais l'Asie centrale demeure une chasse gardée de la Russie. Les moyens de pression dont celle-ci dispose pourraient inspirer au régime turkmène un de ces revirements diplomatiques dont les satrapes de la région ont le secret. L'instabilité politique en Géorgie, point de connexion probable du pipeline, constitue un autre obstacle que Moscou s'emploie militairement à rendre infranchissable.

Enfin, nombre d'experts s'attendent à ce que la crise mondiale compromette ce projet très coûteux (8 milliards d'euros). Partenaire de Nabucco comme de South Stream, la Bulgarie vient ainsi d'annoncer qu'elle réexaminerait ses grands projets énergétiques.



http://www.lefigaro.fr/international/20 ... nkara-.php


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 22 Déc 2012 22:35 
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Une carte des principaux gazoducs vers l'Europe:

Image

On le voit, les principales routes du gaz vers l'Europe sont aux mains de la Russie et les Etats-Unis ont échoué à isoler celle-ci du marché européen, malgré leurs tentatives de blocus avec la "nouvelle Europe", leur soutien aux "révolutions colorées" ou leur tentative de com consistant à instaurer la peur du Russe aux Européens (avec la complicité de journalistes assez naïfs).

Le Nord Stream est déjà en service (la carte est un peu ancienne) et achemine 28 milliards de m3 par an. Une deuxième conduite est prévue très bientôt pour atteindre 55 milliards de m3.

Le Yamal, passant par la Biélorussie et la Pologne achemine 33 milliards de m3/an. La Pologne étant un adversaire historique, quid du futur de ce tube?

Le principal gazoduc reste le plus problématique: le tube bien mal appelé "brotherhood", passant par l'Ukraine. Il peut transporter jusqu'à 130 milliards de m3/an mais les guéguerres entre Moscou et Kiev au cours des années 2000 et le chantage ukrainien du gouvernement Yushenko (favorable aux Etats-Unis) de couper le flux a poussé Moscou à chercher d'autres routes contournant l'Ukraine (Nord Stream et South Stream). Maintenant, la Révolution orange est bien loin et l'actuel président est favorable à la Russie, mais on ne pourra pas revenir en arrière, la route ukrainienne sera toujours suspecte aux yeux des Russes.

Le South Stream a vu sa construction débuter la semaine dernière. Il pourra à terme transporter 63 milliards de m3/an.

Les Russes contrôlent aussi le Blue Stream qui livre 16 milliards de m3/an à la Turquie. Par ailleurs, l'entreprise russe Lukoil (totalement indépendante de l'Etat russe faut-il préciser) a des parts dans le SCP (South Caucasus Pipeline) qui part d'Azerbaïdjan, passe par la Géorgie et rejoint la Turquie.

L'Europe consomme aussi du gaz algérien ou autre, mais en ce qui concerne le gaz eurasiatique transitant vers l'Europe, Moscou a un quasi-monopole des sources et des routes. Le seul gazoduc susceptible d'égratigner ce monopole serait Nabucco mais, comme on l'a vu dans des messages précédents, il ne devrait pas voir le jour...

Si dans le domaine du pétrole, les choses sont plus ouvertes, le Grand jeu gazier a été gagné (regagné?) par la Russie, en tout cas dans cette zone du monde. Car à l'est, le dragon chinois s'est réveillé et ne demande pas la permission de Moscou pour passer des accords avec les -stan d'Asie centrale...


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 29 Déc 2012 14:47 
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Welcome to Pipelineistan !

Une série d'articles ô combien intéressants (an anglais, désolé) sur LE champ de bataille du XXIème siècle: le grand échiquier énergético-eurasiatique, plus communément nommé Pipelineistan :

http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/ML22Ag02.html

(comme nous ne sommes autorisés qu'à un lien par message, les deux autres liens suivront)


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 29 Déc 2012 14:48 
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Le deuxième :
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/KC26Ag01.html


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 29 Déc 2012 14:50 
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Et le troisième :
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/NC23Ag04.html


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Lun 31 Déc 2012 09:37 
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Depuis octobre, le Pipelineistan a un nouveau maître, ou du moins un nouveau leader. Avec le rachat de TNK-BP pour plusieurs dizaines de milliards de dollars (le "deal de la décennie"), la compagnie russe Rosneft devient la plus grande compagnie pétrolière du monde, avec une production de 4,5 millions de barils/jour.
http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20121022trib000726478/rosneft-bp-tout-comprendre-au-deal-petrolier-de-la-decennie.html

Citation:
L'issue d'une affaire complexe résumée ici en dix points :

1/ Une éminence grise incontournable de Poutine, Igor Setchine. Le patron de Rosneft, a transformé ce qui était un tout petit pétrolier d’Etat en 2003 en un gigantesque groupe grâce à l’appui de son mentor Vladimir Poutine, dont il est le bras droit dans le secteur énergétique. Igor Setchine est réputé être le cerveau de « l’affaire Ioukos » qui a vu le groupe pétrolier de Mikhaïl Khodorkovski se faire phagocyter par Rosneft. Véritable éminence grise du Kremlin, Igor Setchine est souvent considéré comme la personnalité la plus influence de Russie après Vladimir Poutine

2/ Un nouveau leader mondial. Rosneft va devenir le premier groupe pétrolier mondial coté en terme de production avec 4,5 millions de barils par jour, loin devant les actuels leaders mondiaux Petrochina (2,4 mln b/j) et ExxonMobil (2,3 mln b/j). Rosneft est déjà leader mondial en terme de réserves de pétrole parmi les sociétés cotées en bourse.

3/ Rosneft fait d’une pierre trois coups importants dans cette transaction. Il acquiert une domination écrasante de la production domestique (presque la moitié des volumes russes de brut), un accès au savoir-faire de BP en matière d’exploration et d’exploitation offshore. Et surtout, grâce à son actionnaire stratégique BP, une stature internationale, alors que le groupe russe cherche à acquérir des gisements en Afrique et en Amérique Latine.

4/ BP reste en Russie. En scellant une alliance capitalistique avec Rosneft, le groupe britannique table sur un accès privilégié aux gisements de la zone Arctique, dont seuls les groupes d’Etat russes Rosneft et Gazprom détiennent les clés.

5/ Un deal qui demeure complexe... Si AAR récupère 28 milliards de dollars en liquide, BP ne va de son côté recevoir « que » 17 milliards de dollars en liquide et monter à hauteur de 19,75% de Rosneft (en comptant les 1,25% déjà entre ses mains). La part de l’Etat russe dans Rosneft tombera de 75% à 55,25%.

6/ ...et déséquilibré. Les milliardaires d’AAR récupèrent 2 milliards de dollars de plus que BP alors qu’ils détiennent chacun 50% de TNK-BP. Toutefois, si l’accord de BP a déjà été validé par Vladimir Poutine, le régulateur russe n’a pas encore donné son feu vert pour la transaction avec AAR, et les milliardaires ne sont pas en position de force vis-à-vis d’Igor Setchine. Loin de là.

7/ Un financement aux contours flous. Rosneft affirme financer l’acquisition de TNK-BP grâce à ses propres ressources, ainsi qu’à travers des crédits bancaires. On sait que Rosneft table sur un crédit de 15 milliards de dollars.

8/ Un rebond en Bourse? Beaucoup d’experts prédisent un placement boursier d’une partie de TNK-BP ou de Rosneft lui-même pour réduire l’endettement du nouveau géant.

9/ La bataille politique n'est peut-être pas finie. L’aile libérale du gouvernement pourrait mettre des bâtons dans les roues d’Igor Setchine. Le vice-premier ministre en charge de l’énergie Arcadi Dvorkovitch s’est dans le passé prononcé contre l’acquisition d’un pétrolier privé par Rosneft.

10/ En attendant la privatisation? L’Etat pourrait encore réduire sa participation dans Rosneft jusqu’à 50% plus une action, afin de réaliser son programme de privatisations.


Quelques points intéressants à relever...

Vu la place d'Igor Setchine dans l'organigramme du pouvoir russe (il est souvent considéré comme l'éminence grise, le Père Joseph du cardinal Poutine) et le fait que le principal actionnaire de Rosneft est l'Etat russe, cet accord est donc un important mouvement de Moscou dans la grande bataille du Pipelineistan. Ce ne serait pas le cas avec Lukoil, par exemple, seconde compagnie russe, largement aux mains du secteur privé.

La Russie de Vladimir Ier, tsar de l'énergie, possède donc maintenant les leaders mondiaux du gaz (Gazprom) et du pétrole (Rosneft).

L'accord entre BP et Rosneft est d'importance et semble gagnant-gagnant pour les deux. Surtout, il semble légitimer internationalement la prise de pouvoir russe. Il sera difficile aux Américains de tenter de mettre des bâtons dans les roues de Rosneft sans se mettre BP, donc les Britanniques, à dos.

On voit quand même que le pouvoir russe n'est pas monolithique et que plusieurs courants existent parmi les dirigeants de Moscou (neuvième point de l'article).


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Mar 1 Jan 2013 10:04 
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Merci Enki pour vos très intéressantes contributions depuis qq. temps sur le Salon. Vos communications sont vraiment géopolitiques, référencées et sans baratin filandreux. Continuez, peut-être vous allez sauver le Salon qui depuis qq. temps n'avait pas une grosse santé.
P.S.- Le coup de brosse à reluire est sans supplément :lol:

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" Jeune homme, la France se meurt, ne troublez pas son agonie "
(Renan à Déroulède)


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