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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Jeu 3 Jan 2013 11:53 
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Faget, :lol:

Dans notre grande série La guerre du Pipelineistan, en comparaison de laquelle Dallas ferait pâle figure même si le pétrole coule à flot dans les deux, je voudrais l'épisode L'empire contre-attaque.

Après avoir globalement échoué à isoler la Russie de l'Europe via les "révolutions colorées" et à entrer de plein pied en Asie centrale malgré la guerre afghane, les Etats-Unis n'en gardent pas moins une certaine influence (certains parlent de capacité de nuisance) dans le Grand jeu eurasiatique. Ainsi ont-ils réussi à faire définitivement échouer semble-t-il un vieux projet de pipeline entre l'Iran, le Pakistan et l'Inde.

Ce gazoduc, aussi appelé "Peace Pipeline" ou IPI (pour Iran-Pakistan-Inde), devait fournir du gaz dont l'Iran regorge au Pakistan qui en a bien besoin et à l'Inde, dont les besoins énergétiques s'accroissent de manière exponentielle au fur et à mesure de son développement économique.

Image

L'idée tombait sous le sens: trois voisins, dont l'un très riche en énergie et les deux autres forts demandeurs en énergie, un tracé pas très compliqué. De plus, ce pipeline aurait également permis de resserrer les liens entre ces trois pays qui ont toujours eu des relations compliquées. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais c'était sans compter sur Washington et sa volonté de diviser pour mieux régner, et dans ce cas précis, de continuer à isoler l'Iran.
Ainsi, après des années de harcèlement, les Américains ont réussi à détacher l'Inde du projet en 2009 avec, à la clé, un accord sur le nucléaire civil. Et c'est maintenant le Pakistan que Washington a "convaincu":
http://stratrisks.com/geostrat/9899

En lieu et place du Peace Pipeline, les Etats-Unis soutiennent le fameux TAPI, Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde:

Image

Inutile de dire que sur le plan technique et politique, ce projet est très compliqué, irréaliste disent certains :
- Le pipeline part de la dictature turkmène - où le président Gurbanguly Berdimuhamedow, qui gagne les élections avec des scores soviétiques, a mis en place un véritable culte de la personnalité et conçoit des projets pharaoniques sans commune mesure avec les ressources du pays. Ses nombreux retournements de veste dans le passé (cf Nabucco) en font un leader pas très sûr.
- doit traverser l'Afghanistan et notamment les zones pachtounes ! C'est surtout ça le gros problème: guérilla qui pourrait déboucher sur une guerre civile après le départ de l'OTAN, millions de mines laissées par la Guerre de 1980-1989... Faire traverser l'Afghanistan à un pipeline est une idée considérée comme saugrenue par un certain nombre de spécialistes.
- avant de gagner le Pakistan en passant par Quetta, ville du mollah Omar et d'un paquet de Talibans réfugiés au Pakistan.
- puis l'Inde.

(A noter que c'est la suite du fameux projet d'Unocal à la fin des années 90 qui devait passer par l'Afghanistan des Talibans avec lesquels des négociations avaient été engagées.)

Que ce projet TAPI un peu fou, beaucoup plus compliqué à mettre en oeuvre que le Peace Pipeline, ait été plus ou moins accepté par les pays concernés contre leur propre intérêt montre que Washington garde une influence de premier ordre dans le Grand jeu, grâce notamment au retournement de l'Inde que les Américains ont réussi à opérer ces dernières années.

Mais il semble que dans ce jeu de poker menteur planétaire, on ne puisse pas s'asseoir tranquillement plus de cinq minutes sans être témoin d'un rebondissement. Une fois l'accord connu l'année dernière, la Russie s'est invitée dans la partie par le biais de Gazprom, sur la demande de l'Afghanistan et du Turkménistan après manoeuvres poutiniennes. Pour Washington, il y a de quoi devenir fou: à peine l'Iran isolé après des années d'efforts, l'ours russe frappe à la porte. Le Grand jeu continue...


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Jeu 3 Jan 2013 22:49 
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Enki,

un grand merci pour tous vos sujets intéressants. Je les lis méticuleusement.

Cordialement et avec estime,

Paul.

PS. Désolé de ne pouvoir répondre pas plus souvent. En train d'étudier "la campagne de dix-huit jours" pour le forum, "le monde en guerre" et tenté d'intervenir dans le fil des contre-pouvoirs envers les monarques sur "Passion Histoire" et je suis encore deux fora en anglais aussi...et rédiger des textes en français et anglais n'est pas évident pour un néerlandophone...je manque vraiment du temps...pour tous les fils de valeur...de valeur au moins pour moi...


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Mar 8 Jan 2013 19:20 
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Merci bien, mon cher Paul :P Et croyez-moi, votre niveau de français est admirable !


Pour bien comprendre le contexte dans lequel prend place le Grand jeu eurasiatique, je vous propose (ce que j'aurais dû faire il y a bien longtemps :oops: ) deux éléments, l'un théorique, l'autre géographique.

On commence par cette introduction théorique, un peu le b-a-ba que l'on trouve dans tous les manuels de géopolitique :

Asie centrale et Caucase : la guerre pour le contrôle du Rimland

Seule région au monde où interviennent pratiquement toutes les puissances nucléaires avérées, l'Asie centrale (et en moindre mesure le Caucase) connaît aujourd’hui un intérêt géopolitique sans précédent : la présence de plus en plus intense des États-Unis a entraîné une réaction russe, suivie elle-même d'une infiltration chinoise, japonaise et indienne. Aussi bien l’Asie centrale que le Caucase sont composés de pays qui primo sont marqués par une grande diversité ethnique, culturelle et linguistique, qui secundo sont touchés par une certaine instabilité, qui tertio, sont encerclés par des grandes puissances (Chine, Iran, Russie, Pakistan, Inde) et qui enfin, appartiennent à cette catégorie de pays instables, susceptibles de permuter facilement d’orbite, c’est-à-dire intégrer ou abandonner un système de réseaux politiques, économiques, culturels et géopolitiques.


Chaque pays a tendance à se considérer comme le centre d’un système et même si la réalité est différente, c’est cette perception, cette représentation qui structure les comportements
géopolitiques. Contrairement à l’Europe, les États-Unis se caractérisent par une géopolitique de
l’insularité. Leur situation privilégiée oriente, par conséquent, leur rapport au monde vers un
problème de projection et d’environnement global. Il n’est donc pas étonnant que l’école anglo-saxonne de la maîtrise des mers n’ait cessé d’inspirer les Américains dans leur conception du monde depuis le début du XIXe siècle. Trois géopoliticiens marquent principalement ce courant : les Américains Alfred Thayer Mahan (1840-1914) et Nicholas Spykman (1893-1943) et l’Anglais Halford J. Mackinder (1861-1947).

La pensée de Mahan peut se résumer à la phrase du navigateur W. Raleigh, à la fin du XVIe siècle : « Qui tient la mer tient le commerce du monde, tient la richesse du monde : qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ». Mahan plaidera par conséquent pour que les États-Unis maîtrisent de manière stratégique les océans. Afin d’atteindre cet objectif, il convient selon lui non seulement de s’assurer de points d’appui dans les détroits et le long des routes maritimes, mais également de construire une flotte qui puisse être visible sur toutes les mers et capable de se déplacer rapidement vers les points stratégiques. Étant donné que d’un continent à un autre, la projection stratégique est quasi toujours indirecte, il faut posséder ou conquérir les îles qui encerclent le continent sur lequel on veut se projeter.
La thèse défendue par Mackinder est celle du principe de « pivot ». C’est autour du pivot, du coeur du monde (Heartland) que s’articulent toutes les dynamiques géopolitiques de la planète. En pratique le coeur du monde correspond à l’Eurasie, notamment la Russie, l'Asie centrale, le Caucase et la partie de l’Europe Orientale. Autour de cet épicentre s’étend le croissant intérieur (Inner Crescent), composé de la Sibérie, de la chaîne de l’Himalaya, des déserts de Gobi, du Tibet et de l’Iran. A la périphérie de ce croissant il y a les Coastlands, à savoir l’Europe de l’Ouest, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est. Au-delà de ces derniers, des systèmes insulaires (Outer Crescent) viennent compléter l’encadrement du Heartland (Grande-Bretagne, Japon). Enfin, l’ultime demi-cercle (Insular Crescent) est composé des États-Unis, de l’Afrique et de l’Australie. Dès lors, pour Mackinder : « Celui qui domine l’Europe de l’Est commande le Heartland. Celui qui domine le Heartland commande l’Ile-Monde. Celui qui domine l’Ile-Monde commande le Monde ». La crainte nourrie par Mackinder est dans ces conditions d’assister à l’émergence d’une puissance continentale qui se développerait jusqu'à accéder aux mers. Aussi, les puissances insulaires n’ont-elles d’autre choix que de mettre en place une alliance pour contrer toute ambition hégémonique d’une puissance eurasienne.
Contrairement à l’approche de Mackinder, Spykman considère toutefois la zone pivot, le Rimland, c’est-à-dire la région intermédiaire entre le Heartland et les mers riveraines. C’est dans cette zone du Rimland que se joue le vrai rapport de forces entre la puissance continentale et la puissance maritime. Il faut, par conséquent, à tout prix éviter l’union du Rimland et du Heartland, car pour Spykman : « Celui qui domine le Rimland domine l’Eurasie ; celui qui domine l’Eurasie tient le destin du monde entre ses mains ». Spykman était persuadé que si la puissance maritime était en mesure d’organiser et de soutenir les peuples du Rimland pour qu’ils bloquent la marche vers les mers de la puissance continentale, la conquête du monde par la puissance du Heartland demeurerait impossible. La politique d’endiguement découle d’ailleurs de la pensée de Spykman. Le contrôle du Rimland et des mers par une puissance maritime n’est cependant pas synonyme de contrôle du Heartland, mais signifie l’impossibilité d’une domination du monde par le Heartland.
Z. Brzezinski, ancien Conseiller pour la sécurité nationale du Président Carter, est probablement celui qui, ces dernières années a le mieux résumé cette importance de la géopolitique. Il considère que l’Eurasie demeure l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale; afin de préserver son statut, l’Amérique doit en conséquence s’assurer qu’aucune puissance unique ne prenne le contrôle de ce grand échiquier sur lequel se joue la puissance mondiale.


Une petite remarque d'abord: comme on le voit, toute la géopolitique américaine a été influencée par l'école britannique, les deux pays ayant été dans la même situation géographique (puissance maritime "en bordure" face à une masse continentale).
Ajoutons-y maintenant l'énergie, les pipelines et l'islamisme, et vous comprendrez pourquoi c'est la région la plus importante du monde, même si on en parle moins que d'autres régions de la planète. Derrière l'actualité proche, l'écume des événements, la lutte qui sourd est celle-ci. Le Grand jeu conditionne tout, c'est l'armature du théâtre sur la scène duquel se jouent les événements quotidiens de l'actualité. Guerre du Golfe 1991, Guerre de Tchétchénie, Kosovo 1999, Guerre d'Afghanistan 2001, Guerre du Golfe 2003, Guerre de Géorgie 2008, Guerre civile en Syrie, isolation de l'Iran, "révolutions colorées", coupures de gaz entre la Russie et l'Europe etc. Les événements les plus importants de ces vingt dernières sont liés au nouveau Grand jeu planétaire.

Paradoxe curieux, le coeur de ce Grand jeu, la région la plus importante du monde, est pourtant une région dont on parle peu dans les médias: l'Asie centrale. C'est d'ailleurs une constante de l'histoire; tout vient ou passe par l'Asie centrale - les Indo-Européens, les Huns, les peuples germaniques, les Turcs, les Mongols, la route de la Soie et les techniques chinoises qui ont révolutionné l'Occident, certaines religions etc. bref, tout ce qui a façonné le monde - mais ça reste comme une région vide, implosée, silencieuse, le trou noir du monde dont celui-ci sort pourtant... Mon intention est de beaucoup en parler ici.

Et j'en arrive - habile transition n'est-il pas? ;) - au deuxième élément contextualisant, élément géographique celui-ci: la formidable et potentiellement explosive diversité des peuples de l'Asie centrale

Image

Un véritable casse-tête de peuple entremêlés, traditionnellement alliés ou ennemis, dont les rivalités sont parfois attisées par les grandes puissances, le tout encore compliqué par les divisions religieuses et la soif énergétique du monde. N'en jetez plus...


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Mar 8 Jan 2013 21:18 
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Excellente synthèse qui m'a rappelé ma découverte, il y a environ trente ans dans la revue Nouvelle Ecole, de la géopolitique qui n'était pas du tout une "science" aussi vulgarisée qu'à présent, où on trouve des traités dans tous les rayons de bonnes librairies.

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" Jeune homme, la France se meurt, ne troublez pas son agonie "
(Renan à Déroulède)


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Lun 14 Jan 2013 20:12 
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L'un des acteurs-clé à venir de notre Grand jeu sera l'organisation qui monte, qui monte, qui monte, à savoir l'Organisation de Coopération de Shanghaï. A peu près ignorée des médias français tournés vers l'écume des choses, cette organisation pourrait bien, à (long) terme et au prix quand même de certaines évolutions majeures, concurrencer l'OTAN et contrôler l'échiquier eurasiatique, c'est-à-dire le destin du monde.

Regroupant la Chine, la Russie, le Kirghizstan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, (toute l'Asie centrale sauf le Turkménistan), elle compte aussi comme membres observateurs depuis 2005 l'Inde, le Pakistan et l'Iran, soit trois poids lourds de la périphérie centre-asiatique. Les Etats-Unis ont essayé d'acquérir un statut de membre observateur il y a quelques années mais ils se sont vu opposer un "niet" sec et définitif.

Un petit coup d'oeil montre à la carte que ce n'est pas une organisation à prendre à la légère...

Image

En prenant en compte les Etats observateurs (Inde, Pakistan, Iran...) qui devraient, à terme, rejoindre l'alliance de plein pied, c'est 40% de la population mondiale (dont les deux pays les plus peuplés de la planète), plus de 30 millions de km2, 4 puissances nucléaires (peut-être 5 si l'Iran arrive à avoir sa bombe), les 2e et 3e armées de la planète (Russie et Chine). Et last but not least des ressources énergétiques fabuleuses.

Bien sûr, on est encore très loin d'une union militaire type OTAN ou d'une convergence politique entre les différents Etats. Mais les choses évoluent très vite et l'intervention américaine en Afghanistan et les méfiances qu'elle suscite a accéléré le mouvement. D'une structure relativement informelle dans les années 90, l'OCS s'est transformée en structure de sécurité et de dialogue économique, luttant contre le terrorisme/islamisme/séparatisme (mots employés dans la charte) et favorisant les échanges commerciaux. Des manoeuvres militaires communes, parfois de grande ampleur, ont également commencé à être organisées à partir de la fin des années 2000.
Toutefois, on ne peut passer sous silence les rivalités et méfiances au sein de l'OCS (Russie-Chine, Tadjikistan-Ouzbékistan, Inde-Pakistan s'ils en deviennent membres à part entière) qui peuvent entraver son évolution.

Bref, une organisation encore dans son adolescence mais qui pourrait faire très mal une fois devenue adulte... si elle devient adulte !

Pour plus d'informations, cette présentation assez complète en français:
http://www.atlantico.fr/decryptage/organisation-cooperation-shanghai-vers-axe-russie-eurasie-contre-occident-jean-sylvestre-mongrenier-384738.html
(on pourra éviter le dernier paragraphe où l'auteur commence à donner ses inclinations personnelles)


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Lun 14 Jan 2013 20:29 
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Et cet article, plus complet, plus pertinent, mais en anglais:
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/MF18Ag01.html


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Sam 19 Jan 2013 21:07 
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Un article datant d'il y a un an et demi mais toujours d'actualité et pertinent sur la Guerre des étoiles, pardon la Guerre du gaz (voire des étoiles gazeuses?) :
http://blog.mondediplo.net/2011-08-22-Guerre-du-gaz-la-Russie-sur-tous-les-fronts

Quelques remarques:
- l'Iran isolé, le Qatar s'affirme de plus en plus comme le rival gazier de la Russie. Or qui retrouve-ton face à face en Syrie? Plus généralement, on voit un Qatar seconder de plus en plus souvent l'Arabie saoudite comme financier de l'islamisme international tandis que la Russie reste le principal rempart à l'islamisme. Russie vs Qatar : une nouvelle grosse rivalité géopolitique pour les décennies à venir?
Dans cette rivalité, la France aura une place de choix. Traditionnellement, du fait de nos liens historiques et aussi actuellement de la méfiance vis-à-vis des Etats-Unis, nous restons l'un des pays européens les plus proches de la Russie. Or la France est envahie par le soft power quatari depuis quelques années: financement dans les banlieues, sponsoring du Prix de l'Arc de triomphe (la plus grande course de galop au monde pour les hérétiques qui ne sauraient pas ça :evil: ), reprise du PSG...
- la récente prise d'otage en Algérie et plus généralement le risque salafiste en Afrique du nord risque de menacer la production gazière algérienne voire libyenne, ce qui est tout bénef pour Moscou.
- tout cela dépendra bien évidemment de l'évolution dans les prochaines années de ce que certains appellent la "révolution du schiste". Est-on en face d'une véritable révolution énergétique, auquel cas tous les investissements gigantesques de Moscou dans le gaz traditionnel auront été en partie inutiles, ou la révolution va-t-elle fait pschhhht ? Je me peux tromper mais il semble qu'il y ait tellement de problèmes, écologiques notamment, avec le schiste que ce n'est peut-être pas pour demain la veille. De plus, il faut se méfier des modes énergétiques; on ne parlait il y a quelques années que des bio-carburants. Or, où sont-ils passés?


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Mer 23 Jan 2013 14:53 
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Shell va produire du gaz en Ukraine dans le cadre de l'exploitation du champs de Yuzivske.

Il pourrait s'agir du plus gros investissement de l'histoire économique de l'Ukraine : au moins 10 milliards de dollars. Peut être 50.

Il est espéré que d'ici 5 à 6 ans le rendement du gisement atteigne plusieurs milliards de mètres cubes.

http://www.yourindustrynews.com/shell,+ ... 86007.html


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Lun 28 Jan 2013 18:58 
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C'est intéressant, même si les niveaux de production restent relativement faibles sur l'échelle globale du Grand jeu, avec une production annuelle de 10 milliards de mètres cube. Pour donner un ordre de grandeur, la Russie produit annuellement environ 650 milliards de mètres cube ! Et le seul pipeline Nordstream fait transiter chaque année vers l'Europe 55 milliards de mètres cube, soit cinq fois plus que la production espérée dans ce gisement ukrainien.
Ceci dit, les réserves sont intéressantes. On parle en effet de 1 à 3 trilliards de mètres cube. Mais là aussi, il faut relativiser. La péninsule de Yamal (Arctique russe), certes plus grosse réserve de gaz au monde, contiendrait environ 50 ou 55 trilliards de mètres cube.

Ce qui est peut-être plus intéressant, c'est de voir que l'Ukraine - pourtant dirigée par Victor Yanukovitch, considéré comme pro-russe - ait choisi des compagnies occidentales. En fait, malgré une plus grande proximité entre Moscou et Kiev, le contentieux gazier russo-ukrainiens continue:
http://www.liberation.fr/depeches/2013/01/28/gaz-la-russie-et-l-ukraine-engages-dans-un-nouveau-bras-de-fer_877339
Gazprom semble être dans son bon droit mais toute cette histoire n'arrange pas Poutine et ses desseins géopolitiques :
"En décembre, une visite du président ukrainien Viktor Ianoukovitch à Moscou a été annulée à la dernière minute. Selon les médias, il devait signer avec son homologue russe Vladimir Poutine des documents en vue de l'adhésion de l'Ukraine à l'Union douanière Russie-Bélarus-Kazakhstan, en échange d'une baisse du prix du gaz."


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 Sujet du message: Re: Le nouveau Grand jeu : énergie, Asie centrale et rivalités
MessagePosté: Mer 30 Jan 2013 18:42 
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L'écume des événements a fait passer à peu près inaperçue une bombe géopolitique il y a trois jours. Le président turc a déclaré lors d'une émission télé que la Turquie serait encline à abandonner sa démarche européenne pour lui préférer une entrée dans l'Organisation de Coopération de Shanghai (dont je parle plus haut) !

Erdogan lorgne l’Organisation de coopération de Shanghai

Markus Benath à Istanbul, Europolitique, 28 janvier 2013

Le Premier ministre turc, Tayyip Erdogan, a fait tourner la grande roue de la géopolitique lors d’un show télévisé en déclarant que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) était une alternative plus prometteuse que l’UE pour la Turquie. Erdogan, qui a évoqué la possibilité d’une demande d’adhésion à l’OCS pour la deuxième fois depuis sa visite à Moscou en juillet 2012, est apparu bien plus déterminé que l’été dernier. « L’UE ne veut pas intégrer un pays musulman », a-t-il affirmé dans une interview à la chaîne d’information turque TV24, le 25 janvier. « Bien entendu, si les choses prennent une tournure aussi négative, en tant que Premier ministre de 75 millions d’habitants on doit commencer à explorer d’autres possibilités », a-t-il ajouté en concluant : « Les cinq de Shanghai sont mieux, plus forts ». (1)

L’été dernier, Erdogan a rappelé une conversation tenue en partie sur le ton de la plaisanterie avec le Président russe Vladimir Poutine au Kremlin : « Vous nous taquinez en demandant ce que la Turquie fait dans l’UE. A mon tour de vous taquiner en vous disant : faites-nous entrer dans le cercle des cinq de Shanghai et nous oublierons l’UE. » L’intervention d’Erdogan sur la chaîne TV24, vendredi dernier, avait moins le ton de la plaisanterie. Le Premier ministre turc a lâché une « bombe géopolitique », a commenté le chroniqueur Cengiz Candar. Selon lui, Erdogan a dit le fond de sa pensée. Puisque Erdogan brigue la présidence de la Turquie à partir de 2014, « l’adhésion aux cinq de Shanghai est une possibilité à ne pas sous-estimer », a-t-il écrit.

Pour la Turquie, s’asseoir à la même table que la Russie et la Chine pourrait marquer la reconnaissance tant attendue d’un poids politique que l’UE - de l’avis d’Ankara - ne voit pas. En tant que membre de l’OCS, la Turquie serait tentée de jouer le rôle de dirigeant « naturel » des Etats d’Asie centrale. Cela rappelle l’euphorie du début des années 1990 quand la Turquie a découvert ces anciennes républiques soviétiques turcophones, alors devenues nouvellement indépendantes.

Les experts restent néanmoins prudents. « Erdogan connaît très bien l’équilibre au sein de l’OCS », a déclaré à Europolitique Selçuk Colakoglu du think tank USAK à Ankara. Contrairement à la Russie, la Chine n’est pas très favorable à l’entrée de la Turquie au sein de l’OCS. En 2012, la Turquie a été invitée à l’organisation en tant que « partenaire de dialogue », n’étant pas un pays observateur.

« Cela passe très bien auprès de la population turque », a déclaré à Europolitique Gerald Knaus, directeur de l’European Stabilitiy Initiative (ESI) à Istanbul, qualifiant l’évocation de l’OCS par Erdogan de « bluff à l’attention de Bruxelles ». Un nouveau sondage du Center for Economy and Foreign Policy Research (EDAM) reflète la frustration des Turcs face au blocage des négociations : deux tiers disent ne plus s’intéresser à l’adhésion à l’UE.

(1) Le mécanisme « Shanghai Cinq » a été établi en 1996 par la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan en 1996. En 2001, l’Ouzbékistan les a rejoints.



Bien sûr, il faut prendre ce "tournant" avec des pincettes et ce n'est de toute façon pas demain que ça se réalisera (l'OCS continuant son intégration et développant notamment une coopération militaire de plus en plus poussée, se poserait notamment le problème de l'allégeance d'Ankara à l'OTAN).
Mais enfin, le présent servant à préparer l'avenir, il convient de suivre cette histoire avec beaucoup d'attention... Si ce changement de direction est sérieux - et ça en a tout l'air - c'est un événement considérable. L'OCS irait à terme de la Mer Jaune à la Méditerranée, devenant le cauchemar de Washington. Les trois pivots en seraient le pôle russe au nord, le pôle chinois à l'est et le pôle turcophone (Turquie et républiques d'Asie centrale) au sud.

L’Inde, le Pakistan et l'Iran ont actuellement le statut d'observateur. S'ils font eux aussi à terme leur pleine entrée dans l'organisation, les cinq grandes civilisations historiques de l'Eurasie se retrouveraient pour la première fois unies : les mondes indien (Inde+Pakistan), chinois, russe, perse (Iran+Tadjikistan) et turc (Turquie+Ouzbékistan+Kazakhstan+Kirghizistan), si souvent ennemis par le passé, désormais associés dans une organisation contrôlant le coeur du monde.

A suivre avec beaucoup d'attention...


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