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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Jeu 18 Sep 2014 23:10 
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A vous lire, la presse est toujours "aux ordres", çà devient lassant. Quand cesserez-vous de nous prendre pour ce qu'on n'est pas ? On pourrait quitter la cours de récréation ?

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Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Ven 19 Sep 2014 05:27 
On quittera certainement la cour de récré quand vous cesserez de relever trois mots dans une parenthèse pour personnaliser une fois de plus le débat...

Image

Avez-vous vraiment si peu à dire ? Je suis sûr que vous êtes capable de grandes choses... Etonnez-nous ! :D

Pour une première approche de la sortie de la Guerre Froide du côté russe, de la façon dont les empiètements américains ont crispé le pouvoir, on écoutera avec intérêt l'entretien suivant :
http://www.canalacademie.com/ida5846-La-Russie-entre-deux-mondes-par-Helene-Carrere-d-Encausse.html?var_recherche=russie


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Ven 19 Sep 2014 14:20 
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Je cesserais quand vous cesserez d'utiliser des méthodes comme l'amalgame et que vous cesserez de nous prendre pour des enfants/idiots qu'il faut éduquer à votre grande science.

Un forum de discussion, c'est en endroit où l'on échange des points de vue et des argumentaires. Dans l'idéal, au cours d'une discussion, 2 personnes d'avis différents peuvent en arriver à se rejoindre dans une position médiane qui colle le plus à la réalité. Vous, vous êtes ici pour prêcher. Vous ne savez que prétendre que nous ne savons pas voir la réalité. Je serais d'accord avec vous sur certains point, mais l'enrobage de vous discours me repousse au plus haut point. Et votre manière de nous infantiliser me révulse. Vous n'êtes pas en conformité sur ce point d'avec la charte de cet espace et d'avec les valeurs qui ont présidé à l'ouverture de ce salon!

Je n'ai pas cherché la "petite phrase". En fait, j'ai cessé de lire votre prose après ces quelques mots, parce que j'ai eu l'impression que vous preniez les gens qui vous lisent pour des idiots. Si vous nous considériez comme des égaux, vous nous vous abaisseriez pas à utiliser ces formules creuses qui ne veulent rien dire et qui servent à orienter le débat dans un sens et à disqualifier les propos de ceux qui ne pensent pas comme vous. Pour quoi passerait quelqu'un qui interviendrait après vos propos et qui n'aurait comme arguments que des extraits d'articles parus dans la presse "aux ordres" ? Son propos serait immédiatement disqualifié. Ce sont vos méthodes qui sont détestables. Je sais, certains de vos vis-à-vis sont parfois tentés par l'utilisation de méthodes similaires. J'ai noté la disparition de certains intervenants depuis que l'on a décidé de relever à nouveau le niveau et j'ai apprécié le retour de certains autres intervenants.

Changez vos méthodes. Ayez la condescendance de nous considérer comme des égaux et pas comme des idiots que l'on doit éduquer pour qu'ils apprennent à voir ou plutôt pour qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils devront porter des œillères et éliminer de leurs champs de visions les articles de la presse "aux ordres". Je ne vous juge pas sur le fond, je vous juge sur la forme, et elle est détestable, c'est celle qui est utilisée dans les régimes où on considère que la liberté de conscience est un danger.


Surprenez-nous : changez la forme de vos interventions et tentez d'avoir à l'idée que nos opinions valent au-moins autant que les vôtres.

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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Ven 19 Sep 2014 14:25 
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Régis Debray a été conspué à juste titre. Il y a bien eu un nettoyage ethnique même s'il n'y a pas eu massacres systématiques.

Sur le nettoyage ethnique au Kosovo : http://www.franceculture.fr/blog-globe-2011-12-14-la-peur-de-%C2%AB-l%E2%80%99autre-%C2%BB-dessine-une-geographie-du-%C2%AB-vivre-separe-%C2%BB-0

Propos recueillis auprès de Bénédicte Tratnjek, chercheuse, enseignante et doctorante en géographie à l’université de la Sorbonne (paris IV).

Citation:
Le cas du Kosovo est particulièrement emblématique de ces problématiques : dans l’immédiat avant-guerre (1998) et pendant la guerre du Kosovo (1999), les Albanais du Kosovo ont subi un « nettoyage ethnique actif », dans la mesure où tous les types de violences ont été exercés contre ces populations, depuis la discrimination quotidienne et systématique (par exemple, Slobodan Milosevic, alors Président de la troisième Yougoslavie – qui, suite aux indépendances de la Slovénie et de la Croatie en 1991, de la Bosnie-Herzégovine et de la Macédoine en 1992, s’était « rétrécit » et se composait de la Serbie, Kosovo inclus, et du Monténégro – avait décrété le renvoi des Albanais du Kosovo aux postes de fonctionnaires – soit la majorité des emplois dans une économie ayant gardé les héritages de l’économie socialiste de la période titiste –, la fermeture des écoles en langue albanaise ou encore avait levé l’état d’urgence supprimant les droits accordés au Kosovo en tant que « province autonome », tels que l’existence d’institutions locales exerçant certains pouvoirs régaliens) jusqu’aux exactions les plus atroces. Dès 1998, les flux de déplacés et de réfugiés d’Albanais du Kosovo se sont multipliés (à l’intérieur du Kosovo, il s’agissait de se regrouper dans les espaces majoritairement peuplés d’Albanais du Kosovo, et notamment de fuir le Nord du Kosovo ; à l’extérieur du Kosovo, de nombreux Albanais du Kosovo se sont installés dans des camps de réfugiés, soit à proximité du Kosovo, soit plus à distance en Europe occidentale). En 1999, ce « nettoyage ethnique actif », voulu, planifié et organisé par les autorités serbes de Serbie, s’est amplifié. Dans la même période, des Serbes du Kosovo se sont eux aussi déplacés sous la menace (réelle ou anticipée) d’Albanais du Kosovo, et notamment de la milice UCK (« Armée de libération du Kosovo »). Les exactions provoquent une peur de « l’Autre » très ancrée dans les pratiques spatiales des habitants « ordinaires ». Néanmoins, un autre type de « nettoyage ethnique » s’est mis en place dans l’immédiat après-guerre. Aux lendemains de la guerre du Kosovo, les troupes serbes de Serbie se sont retirées, suite aux accords concluant la fin de la guerre, du Kosovo et de la ligne politique séparant la Serbie centrale au Nord et le Kosovo au Sud.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Ven 19 Sep 2014 18:24 
Narduccio a écrit:
Je cesserais quand vous cesserez d'utiliser des méthodes comme l'amalgame et que vous cesserez de nous prendre pour des enfants/idiots qu'il faut éduquer à votre grande science.
Vous devez faire un très sérieux complexe d'infériorité. Si dire que la presse occidentale de 1999 a menti sur le Kosovo signifie vous prendre pour un idiot et avoir de la condescendance, nous atteignons un point G assez intéressant... :roll: Comme vous n'êtes pas idiot, je crois plutôt que vous tentez à nouveau de faire vriller ce fil à grand renfort d'attaques personnelles, de procès d'intention et de détournement de la discussion. Je m'étais promis de ne plus répondre à vos provocations et je vois que je retombe dans votre piège...


Barbetorte a écrit:
Régis Debray a été conspué à juste titre.
Absolument pas. Il était l'un des seuls à dire la vérité face à un déferlement médiatique de désinformation. Depuis, on sait qu'il avait raison, comme certains journaux, les plus honnêtes, l'ont reconnu dès l'année suivante :


Serb killings 'exaggerated' by west

Claims of up to 100,000 ethnic Albanians massacred in Kosovo revised to under 3,000 as exhumations near end

Jonathan Steele, The Guardian, Friday 18 August 2000

The final toll of civilians confirmed massacred by Yugoslav forces in Kosovo is likely to be under 3,000, far short of the numbers claimed by Nato governments during last year's controversial air strikes on Yugoslavia.

As war crimes experts from Britain and other countries prepare to wind down the exhumation of hundreds of graves in Kosovo on behalf of the UN's International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia in the Hague, officials concede they have not borne out the worst wartime reports. These were given by refugees and repeated by western government spokesmen during the campaign. They talked of indiscriminate killings and as many as 100,000 civilians missing or taken out of refugee columns by the Serbs.

The fact that far fewer Kosovo Albanians were massacred than suggested by Nato will raise sharp questions about the organisation's handling of the media and its information strategy.

(...)


http://www.theguardian.com/world/2000/aug/18/balkans3

Les centaines de milliers de Kosovars assassinés par les Serbes se sont transformés en quelques milliers de morts (Kosovars et Serbes mêlés) dont la grande majorité ont été tués après le déclenchement des bombardements de l'OTAN. L'OTAN et les pays qui la composent ont donc carrément inventé un génocide, proférant un mensonge d'une magnitude rarement atteinte, allant jusqu'à multiplier par 250 le nombre réel de morts. La question est de savoir pourquoi...

Pour finir, je ne peux m'empêcher de citer le magistral dossier du Monde Diplomatique qui démonte point par point l'une des plus grands entreprises d'intoxication du XXème siècle :


« Chronique d’un génocide annoncé »

Serge Halimi & Dominique Vidal, Le Monde Diplomatique

Le Kosovo était victime, depuis plus de dix ans, de la politique d’apartheid menée par Belgrade. Et la répression contre l’Armée de libération (UCK) y avait pris, en 1998, un tour massif et sanglant. S’agissait-il pour autant d’un génocide que seule l’intervention occidentale pouvait stopper ? Un an après, cette justification de la guerre menée par l’OTAN a perdu beaucoup de sa crédibilité - et avec elle la couverture médiatique soi-disant « exemplaire » de l’opération. Les enquêtes menées sur place par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et les organisations européennes comme internationales, mais aussi par quelques journalistes modifient radicalement la lecture des événements. Sans parler de la « contre-épuration ethnique » qui vise à présent Serbes et Tziganes, dans un Kosovo qui n’a plus rien de multiethnique.

« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.

Dans la plupart des grands médias, chacun - à de rares exceptions près - allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie... » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »

Massacres ou holocauste ?

A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).

Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes (…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées » (20 avril, journal de 19 heures)...

Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revue Esprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes - le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».

Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».

Dès le 23 septembre, le quotidien espagnol El País publie un article intitulé « Les policiers et juristes espagnols ne trouvent pas de preuves de génocide au nord du Kosovo ». Il révèle : « Crimes de guerre oui, génocide non. L’équipe d’experts espagnols - composée de fonctionnaires de la police scientifique et de juristes civils - s’est montrée catégorique à son retour d’Istok, la zone nord du Kosovo placée sous le contrôle de la Légion (…) Il n’y avait aucune fosse commune. » La mission espagnole, poursuit El País, « a quitté Madrid au début du mois d’août avec la sensation de partir vers l’enfer. « On nous disait que nous nous rendions vers la pire zone du Kosovo, que nous devions nous préparer à pratiquer plus de 2000 autopsies, que nous aurions à travailler jusqu’à la fin du mois de novembre ; le résultat est bien différent : nous avons découvert 187 cadavres et nous sommes déjà de retour », a expliqué, graphiques à l’appui, l’inspecteur chef Juan Lopez Palafox, responsable de la section anthropologique de la police scientifique. Le juriste comme le policier s’appuient sur leur expérience au Rwanda pour assurer que ce qui s’était produit au Kosovo - au moins pour le périmètre attribué au détachement espagnol - ne pouvait être qualifié de génocide. « En ex-Yougoslavie, dit Lopez Palafox, il y a eu des crimes, certains horribles sans aucun doute, mais liés à la guerre ; au Rwanda, nous avons vu 450 corps de femmes et d’enfants, les uns sur les autres, dans une église, tous avec le crâne ouvert. » L’inspecteur chef a ajouté qu’au Kosovo, au contraire, ils avaient découvert de nombreux cadavres isolés. »

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »

Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »


Pour expliquer la différence entre les dizaines de milliers de morts annoncés et les 2 018 cadavres effectivement retrouvés, on accuse les Serbes d’avoir fait disparaître les traces de leurs forfaits, y compris par crémation. Le journaliste australien John Pilger enquête et, le 15 novembre, publie ses conclusions dans New Statesman. Au cœur de l’affaire se trouve le complexe minier de Trepca où, écrit-il, « les corps de 700 Albanais assassinés étaient soi-disant enterrés. Le 7 juillet, le Daily Mirror annonçait qu’un ancien mineur, Hakif Isufi, avait vu des dizaines de camions entrer dans la mine au cours de la nuit du 4 juin et décharger de lourds paquets. Il expliquait qu’il n’avait pas pu distinguer ce qu’étaient ces paquets. Pour le Mirror, il n’y avait pas de doute : « Ce que Hakif a vu était un des actes les plus méprisables de la guerre de Slobodan Milosevic - le déversement en masse des cadavres des gens exécutés dans une tentative désespérée de dissimuler les preuves. Les enquêteurs (…) craignent que jusqu’à 1000 corps aient été incinérés dans les fourneaux, du genre de ceux utilisés à Auschwitz, de cette mine aux longs dédales de puits profonds et de tunnels. » » Preuves à l’appui, John Pilger réfute ce reportage.

Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque - au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations - meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts - n’ont pas été confirmées (…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »

Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »

Selon le Wall Street Journal, les dix ans de guerre en ex-Yougoslavie ont également pesé sur les comportements : « Nombre de journalistes avaient l’expérience de la Bosnie, où le massacre de masse (selon les estimations) de 7 000 hommes de la « zone de sécurité » de Srebrenica, en 1995, les avait incités à ne pas se montrer trop sceptiques à l’égard des compte rendus d’atrocités serbes. La Bosnie avait rapporté trois prix Pulitzer à des journalistes qui avaient prouvé ces atrocités. Quand le Kosovo fut enfin ouvert à la presse étrangère, en juin, des combinards draguaient les journalistes dans le hall du Grand hôtel de Pristina, leur proposant de les accompagner jusqu’aux tombes. »

Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.

La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’"indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo ". Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci. » Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »

A quand remonte l’épuration ethnique ?

Le 11 janvier 2000, Le Monde est revenu, avec une double page, sur le volumineux rapport sur la guerre que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a publié le 6 décembre 1999. Commentaire de Bernard-Henry Lévy (Le Point, 14 janvier) : « Enfin les choses sont claires. Primo, les exactions serbes contre les civils, notamment musulmans, ont commencé bien avant les frappes de l’OTAN. Secundo, elles sont sans commune mesure avec celles qu’a pu commettre l’UCK. Tertio, les enquêteurs ont la preuve, toujours selon Le Monde, que ces atrocités se sont opérées selon un plan prémédité et qu’elles auraient donc eu lieu, pour parler clair, avec ou sans intervention alliée. Fin du débat. »

Le débat serait clos, en effet, si dans le compte rendu du Monde, pourtant détaillé, ne manquait cette synthèse que les enquêteurs européens livrent dans la troisième partie de leur rapport (« les violations des droits de l’Homme au Kosovo », chapitre 5 : « Violation du droit à la vie ») : « Les tueries sommaires et arbitraires devinrent un phénomène généralisé dans tout le Kosovo avec le début de la campagne aérienne de l’OTAN contre la RFY dans la nuit du 24 au 25 mars. Jusque-là, l’attention des forces militaires et de sécurité yougoslaves et serbes avait été dirigée sur des communautés au Kosovo dans des régions où passaient les routes de transit de l’UCK ou bien où se trouvaient des bases de l’UCK. Dans certaines de ces régions, le conflit était en cours depuis 1998 et 1999. Toutefois, après le 24 mars, le modèle général changea et inclut des zones qui avaient été auparavant relativement tranquilles ».

Albanais contre Serbes : une contre-épuration ethnique ?

Dès la mois d’août 1999, Veton Suroi, propriétaire du journal de Pristina Kohe Ditore, dénonce les exactions commises contres les Serbes et les Roms de la province : « Je ne puis dissimuler ma honte de découvrir que, pour la première fois dans notre histoire, nous, les Albanais du Kosovo, sommes également capables d’accomplir des actes aussi monstrueux, écrit-il dans un article qui sera traduit par Le Courrier des Balkans et reproduit dans Le Monde du 31 août 1999. (…) Notre code moral, selon lequel les femmes, les enfants et les vieillards doivent être épargnés, a été et est violé. Je connais l’excuse qui vient à l’esprit, à savoir que nous avons subi une guerre barbare pendant laquelle les Serbes ont été responsables des crimes les plus haineux et où l’intensité de la violence a engendré un désir de vengeance parmi de nombreux Albanais. Cependant, cela ne justifie rien. Les Serbes qui ont exécuté les ordres de Belgrade et commis des atrocités contre les Albanais ont fui depuis longtemps, comme sont partis ceux qui craignaient des représailles de la part des parents des milliers d’Albanais qui sont enterrés dans des fosses communes. La violence qui s’exprime aujourd’hui, plus de deux mois après l’arrivée des forces de l’OTAN, est plus qu’une simple réaction émotionnelle. Il s’agit de l’intimidation organisée et systématique de tous les Serbes, simplement parce qu’ils sont serbes et donc tenus collectivement pour responsables de ce qui s’est passé au Kosovo. De telles attitudes sont fascistes. C’est justement contre ces mêmes attitudes que le peuple du Kosovo s’est levé et battu, ces dix dernières années, d’abord pacifiquement, puis avec des armes. Le traitement infligé aux Serbes du Kosovo déshonore tous les Albanais du Kosovo, et pas seulement les auteurs de violences. Et c’est un fardeau que nous allons devoir porter collectivement. Il va nous déshonorer et déshonorer nos souffrances récentes, qui, il y a seulement quelques mois, étaient diffusées sur les écrans de télévision du monde entier. Et il va également déshonorer la mémoire des victimes albanaises du Kosovo. (…) Ceux qui pensent que la violence prendra fin dès que le dernier Serbe aura été chassé se font des illusions. La violence sera simplement dirigée contre d’autres Albanais. »

Le 24 octobre 1999, le secrétaire général de l’ONU transmet à la 54e session de l’Assemblée générale le rapport périodique présenté par M. Jiri Dienstbier, rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme sur la situation des droits de l’homme en République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro), en République de Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Dans la partie consacrée à la situation au Kosovo après la guerre, le rapport écrit notamment :
« 112. Dans le vide qui s’est créé au niveau de l’ordre public, des violations des droits de l’homme ont été commises au Kosovo avec une impunité presque totale, en dépit des efforts déployés par la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) pour mettre en place un système judiciaire temporaire. Les meurtres, enlèvements et destructions qui ont été commis, en particulier la mise à feu de maisons, et les déplacements continus de non-Albanais et d’Albanais du Kosovo « politiquement suspects » témoignent tous de l’incapacité de la communauté internationale de contrôler le territoire, d’instaurer la paix et de garantir le minimum de services et de protection normalement assuré par un gouvernement. Un grand nombre des violations des droits de l’homme qui sont actuellement perpétrées par des personnes autres que des agents de l’État ressemblent beaucoup à celles qui ont précédé l’intervention de l’OTAN en mars. Selon des sources du HCR comme de la République fédérale de Yougoslavie, quelque 200 000 non-Albanais auraient quitté le Kosovo. Si les Serbes continuent à s’enfuir du Kosovo au même rythme, et si aucun ne peut y revenir, il n’y aura probablement plus de Serbes au Kosovo au sud de l’Ibar, à la date de publication du présent rapport. Les actes de violence et de harcèlement ne se limitent pas au cadre du conflit interethnique, puisque des Albanais sont convoqués par la « police » de l’ALK pour des « entretiens ». Au moment de la rédaction du présent rapport, près de la moitié des cas de mort violente concernent des Albanais.

» 113. D’après les statistiques de la KFOR, du 15 juin au 14 août, 280 personnes ont été assassinées au Kosovo, où l’on comptait de 30 à 40 meurtres par semaine. (…) Les enlèvements se poursuivent : à la mi-août, la KFOR avait enregistré 110 cas. La police militaire à Pristina et à Mitrovica signale que si les victimes d’enlèvements dans ces villes ne sont pas retrouvées en l’espace de quelques heures, il y a de fortes chances qu’elles aient été tuées.

» 114. D’autres attaques ont été dirigées contre les Serbes, pour la simple raison qu’ils étaient Serbes : les « autorités » parallèles de l’ALK ont notamment identifié les maisons où ils habitaient, les en ont chassés et ont saisi tous les biens commerciaux leur appartenant. Ces dernières semaines, les attaques dirigées contre les Serbes, en particulier les femmes et les personnes âgées, ont augmenté en nombre et en violence. (…)

En raison de la précarité de la situation en matière de sécurité, de nombreux Serbes en particulier les personnes âgées vulnérables n’ont pratiquement aucune liberté de mouvement et sont littéralement prisonniers dans leurs propres maisons. Compte tenu de cette situation désespérée, il a parfois fallu procéder à des évacuations du Kosovo pour des raisons humanitaires.

Le secrétaire général de l’ONU a ensuite transmis aux Etats membres un complément, présenté ainsi : « Le présent additif met à jour, au 2 novembre 1999, les informations contenues dans le rapport présenté par M. Jiri Dienstbier. » Les conclusions de cet additif précisent :

« 34. La situation au Kosovo peut se résumer comme suit : l’épuration ethnique des Albanais, qui s’est produite au printemps, accompagnée de meurtres, de tortures, de pillages et d’incendies de maisons, a été suivie à l’automne de l’épuration ethnique des Serbes, des Gitans, des Bosniaques et d’autres personnes non albanaises, et les mêmes atrocités ont été commises. « Mort aux Serbes ! » est l’inscription qui se retrouve maintenant le plus souvent sur les murs. Il est tragique que cela se produise actuellement en présence de la MINUK, de la KFOR et de l’OSCE. »

Ce rapport vaudra à M. Jiri Dienstbier une virulente attaque d’Ismaïl Kadaré qui, dans Le Monde du 14 décembre 1999, lui reprochera de « mettre sur le même plan victimes et bourreaux ». Toujours dans Le Monde, en date du 26 janvier 2000, M. Jiri Dienstbier répondra à l’écrivain albanais que « sa phrase selon laquelle « aucune comparaison n’est possible entre les crimes serbes et albanais » montre le piège dans lequel il est tombé. Il n’existe pas de « crimes serbes et albanais ». Les crimes sont commis par des criminels très concrets. Ils ont parfois un nom serbe, une autre fois albanais ou un tout autre nom. Je ne mets donc pas sur le même plan les bourreaux et les victimes. Je mets sur le même plan les bourreaux serbes et albanais et j’ai le même souci des victimes albanaises et serbes. » Plus loin, prenant acte de l’opposition d’Ismaïl Kadare à la violence anti-Serbes au Kosovo, il ajoute : « Expliquer les crimes par la vengeance, voire par la « compréhensible vengeance » est toutefois trompeur. Bien sûr, cela arrive aussi. Mais la principale raison des expulsions, des meurtres, des pillages, de la destruction des maisons et d’autres violences est l’activité organisée par ceux qui, les armes à la main, accaparent les biens des expulsés et tentent de s’emparer du pouvoir. Les criminels et les mafieux franchissent librement la frontière ouverte. La mission internationale n’est pas capable de les en empêcher. La population terrorisée le peut encore moins. » Plus loin, répondant à l’affirmation de Kadare selon lesquels l’immense majorité des Albanais condamnent la violence anti-Serbes, il rappelle : « J’étais à, Pristina, en octobre 1999, quand Kosovapress, agence officielle de l’administration de Thaçi, a traité de traîtres les intellectuels kosovars Veton Surroi et Baton Haxhia pour avoir critiqué les crimes contre la population non albanaise. Le vocabulaire du commentaire de l’agence, qualifiant Surroi et Haxhia de « dégénérés » qui « puent la fétidité slave », de « bâtards » qui « n’ont pas de place dans le Kosovo libre » et « peuvent être la cible d’éventuelles et justifiables représailles » rappelle les temps de Goebbels et de Staline. » Et de poursuivre : « L’expulsion de 250 000 Serbes, Roms, Bosniaques et Croates du Kosovo n’assurera ni la paix ni la victoire de la noblesse du cœur qu’appelle de ses vœux Kadare. »

Le 3 novembre 1999, l’OSCE et le HCR rendent publique, à leur tout, une description commune de la situation des minorités ethniques au Kosovo. Ce rapport affirme notamment :
« La situation générale des minorités ethniques au Kosovo demeure précaire. Si les statistiques de crimes publiées par la Mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) à la mi-octobre indique un déclin de l’ensemble du nombre d’incidents violents concernant les minorités, ce doit être dû pour une part au fait que la population non-albanaise a diminué de manière significative dans les quatre derniers mois. Les observateurs informés s’accordent à constater un climat de violence et d’impunité, de même que de discrimination, de harcèlement et d’intimidation très répandues contre les non-Albanais. La combinaison des préoccupations de sécurité, la restriction des mouvements, le manque d’accès aux services publics (notamment l’éducation, la santé et les retraites) sont à ce jour les facteurs déterminants du départ des Serbes, en premier lieu, et des autres groupes non-albanais du Kosovo. Même s’il y a eu quelques mouvements de retour au Kosovo, ces départs continuent et il est peu probable que le tendance puisse s’inverser dans un avenir proche. Cet absence de respect des droits humains a également affecté, de manière croissante, des Albanais modérés et ceux qui sont ouvertement critiques à l’égard de l’actuel environnement violent. »

Le 9 novembre 1999, Mme Laurence Durrieu et M. Micheloyiannis présentent, au nom de la Commission politique, un rapport à la quarante-cinquième session de l’Union de l’Europe Occidentale, sous le titre « L’évolution de la situation dans l’Europe du Sud-Est ». Le sous-titre c) est consacré à « La situation des minorités ethniques au Kosovo ». On y lit : « Les organisations internationales qui gèrent le Kosovo s’efforcent de faire croire encore à une société multi-ethnique. En fait, les minorités présentes sur le sol kosovar, notamment les Serbes, les Roms et les Goranis (Slaves musulmans) sont victimes de harcèlements, de meurtres et d’autres manifestations de vengeance et de haine ethnique. Elles sont toujours expulsées quotidiennement de leurs maisons par les Albanais kosovars qui, la plupart du temps, y mettent le feu pour s’assurer qu’elles n’y reviendront pas. Plus de 50 églises serbes orthodoxes ont été détruites depuis juin 1999. De nombreux serbes et Roms ont quitté le Kosovo, bien que les effectifs de la KFOR tentent de les protéger du mieux qu’ils peuvent. Le nombre de Serbes vivant encore au Kosovo est estimé entre 20 000 et 90 000, tandis que, selon la KFOR, le nombre total des membres d’autres minorités restantes s’élèverait à 75 000 environ. (...) Selon un rapport commun de l’OSCE et du HCR publié début novembre 1999, il règne dans la région un climat de violence et d’impunité. Les responsables ont déclaré avoir des preuves de plus en plus nombreuses que des forces au sein de la direction albanaise kosovare encouragent à la formation d’un Etat mono-ethnique. »

Crimes serbes, bavures occidentales ?

Dès le départ, l’asymétrie avait été théorisée : les démocraties ne pouvaient faire le mal qu’innocemment, les Serbes, collectivement coupables et collectivement sanctionnés - « à l’irakienne » - le perpétraient délibérément. A cette aune-là, les souffrances des uns ne pèseraient que le poids des « bavures ». Pourtant, comme l’observa le 15 juin 1999 l’organisation Reporters sans frontières, « on pouvait espérer qu’une coalition de démocraties, qui prétend lutter pour le droit et la morale, se comporterait plus honnêtement que la dictature qu’elle combat. »

L’article 3 des statuts du Tribunal pénal international sur « Les violations des lois et des coutumes de la guerre » interdit la « destruction sans motif de villes ou villages, ou dévastations sans exigence militaire » et l’« attaque ou bombardement de villes, villages, habitations ou bâtiments non défendus ». Or, au début de cette année, plusieurs juristes internationaux ont envoyé un dossier détaillé au Tribunal pénal international arguant précisément que les dirigeants de l’OTAN avaient perpétré des violations sérieuses du droit international. Et il ne s’agissait pas seulement du déclenchement des opérations occidentales sans mandat international.

Les conventions de Genève de 1949 ne condamnent pas un pilote dont le missile, visant une installation militaire, atteindrait accidentellement un village et des civils. Mais la violation des conventions est établie en cas de bombardements intentionnels d’objectifs non militaires. Le 7 février 2000, Human Rights Watch a fait état dans un rapport « d’attaques aériennes [de l’OTAN] ayant eu recours à des bombes à fragmentation près de zones habitées », de « quatre-vingt dix cas impliquant la mort de civils yougoslaves » et d’un bilan provisoire de victimes civiles « situé entre 488 et 527 ». Tout en assurant n’avoir pas trouvé là de preuves de « crimes de guerre », Human Rights Watch a néanmoins estimé que les bombardements, que certains justifièrent à l’époque en invoquant un motif juridique et humanitaire, avaient « violé le droit humanitaire international. »

Les violations occidentales des conventions de Genève ont d’ailleurs été documentées dans les articles de presse les plus acquis à la cause de l’OTAN. Ainsi, comme l’a souligné, le 28 janvier 2000, l’organisation américaine Fairness and Accuracy in Reporting, le correspondant militaire du Washington Post indiquait, le 20 septembre 1999, que la réticence de Paris devant le choix de certains bombardements eut parfois un écho à Londres : « Robin Cook, ministre des affaires étrangères, mit en cause les frappes visant des lignes électriques alimentant un important hôpital de Belgrade. Mais il se rendit aux raisons des autres membres du groupe. »

Peu avant l’envoi, le 23 avril 1999, d’un missile contre le quartier général du Parti socialiste du président Slobodan Milosevic, situé dans un quartier résidentiel de Belgrade, un mémorandum interne distribué aux dirigeants de l’OTAN estimait les probables pertes civiles qui en découleraient. Il indiquait : « Pertes collatérales : élevées. Estimation : de 50 à 100 fonctionnaires et employés du parti. Estimation des pertes civiles non souhaitées : 250 (habitants des appartements situés dans le périmètre de l’explosion). » Et l’article du Washington Post poursuivait : « Washington et Londres approuvèrent le choix de la cible, mais les Français se montrèrent réticents, observant que le siège du parti abritait aussi les studios de la télévision et de la radio yougoslave. « Dans certaines sociétés, l’idée de tuer des journalistes… enfin, ça nous rend un peu nerveux », expliqua un diplomate français. »

Après avoir retardé de onze jours la « frappe » en question, Paris y consentit en définitive. Les pays de l’OTAN violèrent donc l’article 51-b de la Convention de Genève (Protocole 1), qui interdit « les attaques dont on peut attendre qu’elles causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu. » Quand, au lendemain du bombardement un journaliste demanda à M. Shea quelle était sa logique militaire, ce dernier admit en effet que l’organisation atlantique visait « tous les aspects de la structure du pouvoir » de la Yougoslavie. Rappelons que la guerre occidentale, conduite à 5 000 mètres d’altitude, protégea scrupuleusement la vie de chaque pilote au point qu’aucun n’en fut victime.

Les dirigeants de l’OTAN ont souvent reconnu que leur stratégie de « frappe » d’objectifs civils consistait à terroriser la population serbe avec l’espoir qu’elle se retourne contre le régime et le contraigne à capituler au Kosovo. Le 24 mai, dans un entretien avec le Washington Post, le général d’aviation Michael Short expliqua même : « Si vous vous réveillez le matin et qu’il n’y a plus d’électricité chez vous, plus de gaz, que le pont que vous empruntez pour aller travailler est détruit et risque de demeurer dans le Danube pendant vingt ans, vous commencez à vous demander : « Hé, Slobo, qu’est-ce que ça veut dire ? Combien de temps je vais devoir supporter tout ça ? » Alors, vous commencer à évoluer : au lieu d’applaudir au machisme serbe face au reste du monde, vous vous demandez à quoi ressemblera votre pays si tout ça continue. »

Des propos de ce type ont conduit M. Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, à déclarer : « L’OTAN a bombardé des infrastructures civiles, non en raison de leur contribution à l’effort de guerre yougoslave, mais parce que ces destructions permettaient d’obliger les civils serbes à faire pression sur Milosevic pour qu’il se retire du Kosovo. Utiliser les civils de cette manière, c’est prendre le risque d’enfreindre le « principe de distinction » - fondamental dans le droit humanitaire international - qui consigne l’emploi de la force militaire à des cibles militaires, et l’interdit contre des civils » (The Guardian, 12 janvier 2000).

Ces réflexions n’ont pas eu grand écho. Et, pris par les festivités du « changement de siècle », les grands médias ont oublié de répercuter comme il le méritait un article de Steven Erlanger, du New York Times, pourtant publié le 30 décembre 1999 par le International Herald Tribune. Titré « Le Tribunal minimise l’étude sur le Kosovo : le rapport concernant de possibles crimes commis par les forces occidentales ne sera probablement pas publié », l’article indiquait : « Des officiels du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ont déclaré mercredi [29 décembre] que l’étude sur de possibles crimes de guerre occidentaux lors de la récente guerre du Kosovo constituait un document préliminaire interne qui ne déboucherait vraisemblablement pas sur des mises en examen et qui ne serait sans doute pas publiée. (...) Mme Del Ponte a souligné elle-même que le tribunal avait des tâches plus urgentes que de poursuivre des dirigeants occidentaux qui ont été ses meilleurs soutiens. (...) Le rapport préliminaire se présente comme une analyse légale des bases possibles de poursuite pour crimes de guerre des activités de l’OTAN comme le bombardement de centrales électriques et de ponts, installations civiles dont l’OTAN prétend qu’elles avaient une fonction militaire [ainsi que] l’utilisation massive de munitions à fragmentation, dont l’OTAN assure qu’elles étaient seulement employées contre des aéroports et autres cibles militaires, mais dont certaines sont tombées sur des zones peuplées (…) Si Mme Del Ponte décide de n’entreprendre aucune action, le document sera classé pour les historiens. »

« Affaire classée » : la plupart des grands médias ont conclu de la même manière. Leur raisonnement était d’ailleurs prêt : d’un côté, « la propagande déversée par Belgrade », de l’autre « les demi-vérités distillées par l’OTAN » (Le Point, 3 avril.) Un éditorial de Libération balisait le terrain dès avril : « La vieille habitude communiste de faire de tout mensonge d’Etat une vérité indiscutée montre l’abîme qui sépare la logique du pouvoir serbe de celle des opinions démocratiques » (9 avril).

La différence de traitement en découla : « L’OTAN ne vise pas les civils alors que Belgrade s’en sert comme boucliers humains » (France Inter, 16 avril). Presque logiquement, le bombardement meurtrier de l’ambassade de Chine devint « une faute de frappe à Belgrade » (Claude Imbert, LCI, 14 mai). Et l’on frôla la caricature quand la télévision française, d’une docilité atlantique pourtant rarement prise en défaut, dénonça en la télévision serbe « un formidable outil de propagande : les journaux télévisés sont une arme à la solde de Milosevic (…). Lors du bombardement de la télévision serbe, quelques plans de l’immeuble détruit ont été diffusés (…) des images insoutenables de victimes (…) Mal informée, la population serbe est forcément partisane » (TF1, 23 avril). Ce de profundis assez peu confraternel saluait l’assassinat prémédité de plusieurs journalistes exerçant leur profession - avec partialité, mais un tel travers se retrouva ailleurs qu’à Belgrade - à des centaines de kilomètres d’un champ de bataille.

Des informations « exemplaires » ?

Les médias ont aussi, tout au long du conflit, apprécié leur propre travail journalistique. Sur ce plan, la guerre en Yougoslavie s’est située au point de rencontre entre la lucidité, exclusivement rétrospective, sur les « dérapages » de l’information intervenus lors des crises précédentes et la satisfaction, instantanée, quant à la couverture, jugée « exemplaire », du dossier en cours. A vrai dire, l’une n’alla pas sans l’autre : plus l’appréciation des erreurs du passé (Timisoara, guerre du Golfe) était implacable, plus le jugement sur le traitement de la guerre en Yougoslavie pouvait être euphorique.

Ainsi, le 1er avril, moins d’une semaine après le début des bombardements et sans le moindre recul, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur exultait déjà : « Comme beaucoup de tâches artisanales, le travail des journalistes se remarque surtout quand il est mal fait. Or les procureurs habituels de la télévision sont muets ; le silence remplace les réquisitoires. Disons-le donc, au risque d’être accusé de solidarité corporative : le travail des médias audiovisuels dans ce conflit a jusqu’à présent été exemplaire. Les leçons de la guerre du Golfe ont été tirées. » Laurent Joffrin ajouta même : « On ne va pas crier au miracle parce que les journalistes font leur travail. » Bien sûr, il se trompait : partout, ainsi qu’il venait d’ailleurs lui-même de le faire, on célébra le « miracle », comme pour se soulager d’une mauvaise conscience qui serait devenue caduque.

Un peu moins de dix ans plus tôt, dépêché à Timisoara devant quelques vieux cadavres déterrés par la propagande du nouveau régime roumain, un journaliste de France 2 avait commenté : « Ces images sont là pour prouver que 4 630 personnes sont mortes tuées par la police politique » (22 décembre 1989). L’année suivante, la guerre du Golfe avait déployé ses journalistes en uniforme. A l’époque, on l’a oublié, ces deux prouesses « en temps réel » avaient été célébrées par nombre de médias.

La légitime sévérité qui suivit effraya quelques uns de leurs thuriféraires habituels. Invoquant donc « le syndrome de Timisoara », le directeur du Journal du Dimanche mit en garde les journalistes contre… leur excès de circonspection face aux témoignages de réfugiés kosovars (2 mai). Certains intellectuels particulièrement tributaires des médias jugèrent tout aussi nécessaire de fustiger les « professionnels du doute, maîtres en aveuglement ». Quitte, le cas échéant, à leur imputer le pire : « Le soupçon nous saisit que cet argument du « complot médiatique » n’est brandi par certains que par dépit d’avoir fait fausse route et de voir l’actualité démentir leurs choix initiaux (…) Ils s’obstinent à nier l’évidence, s’enferment dans le fantasme puéril de la conspiration, dans la posture paranoïaque du dissident (...) la méfiance systématique, cette fausse lucidité qui est la version sophistiquée du révisionnisme » (Pascal Bruckner, Libération, 21 juin).

Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication (...) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »

Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (...) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font - pour les deux camps - la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »

Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).

« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)

Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).

A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)
On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Ven 19 Sep 2014 19:27 
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Shalimar a écrit:
Narduccio a écrit:
Je cesserais quand vous cesserez d'utiliser des méthodes comme l'amalgame et que vous cesserez de nous prendre pour des enfants/idiots qu'il faut éduquer à votre grande science.
Vous devez faire un très sérieux complexe d'infériorité. Si dire que la presse occidentale de 1999 a menti sur le Kosovo signifie vous prendre pour un idiot et avoir de la condescendance, nous atteignons un point G assez intéressant... :roll: Comme vous n'êtes pas idiot, je crois plutôt que vous tentez à nouveau de faire vriller ce fil à grand renfort d'attaques personnelles, de procès d'intention et de détournement de la discussion. Je m'étais promis de ne plus répondre à vos provocations et je vois que je retombe dans votre piège...


Donc pour vous parler d'une presse "aux ordres" çà veut dire "Si dire que la presse occidentale de 1999 a menti sur le Kosovo". Très révélateur.

Mon boulot de modérateur impose, qu'au-delà de mes opinions personnelles, je veille au respect de certaines règles. Si je ne vous rappelais pas à respecter ces règles, je ne ferais pas mon boulot. Je vous demande de respecter l'intelligence des gens qui ne sont pas de votre avis. Je vous demande de cesser d'utiliser un langage tellement marqué et dont l'un des buts est de déqualifier ceux qui ne sont pas du même avis que vous.

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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 00:16 
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Commentaires de Libération sur les dires de Debray : http://www.liberation.fr/evenement/1999/05/14/de-retour-de-serbie-et-du-kosovo-l-ecrivain-publie-sa-verite-liberation-repond-point-par-point-kosov_272942.
On notera que Régis Debray n'a pas passé plusieurs semaines au Kosovo, mais 10 jours en Yougoslavie et non au Kosovo seulement.

Les esprits se sont effectivement emballés et il n'y a pas eu de génocide ni de déportations massives. On ne peut pas dire pour autant qu'il ne se passait rien. Les textes que vous citez le disent d'ailleurs bien : The final toll of civilians confirmed massacred by Yugoslav forces in Kosovo is likely to be under 3,000. C'est loin de ce qu'on peut appeler un climat serein. On avait vu Milosevic et Mladic à l'oeuvre en Bosnie. On pouvait légitiment penser qu'ils agiraient de même au Kosovo dans la logique de leur idéologie nationaliste et raciste selon laquelle les Albanais occupent de façon non légitime ce territoire purement serbe depuis la bataille du Champ des Merles de 1389. Les Etats-Unis et les nations européennes avaient décidé qu'ils ne laisseraient plus faire de nouveau massacre comme à Sebrenica et Milosevic a tout fait pour les décider à passer à l'action. Il y a d'abord eu le massacre de Racak et le refus du gouvernement Serbe de laisser venir enquêter le procureur du tribunal pénal international, ce qui rend très douteuse la version serbe. Il y a eu ensuite le refus de tout accord lors de la conférence de Rambouillet alors que l'UCK avait fini par accepter une autonomie et non une pleine indépendance.

On ne peut honnêtement pas dire que les Etats-Unis aient cherché un prétexte. C'est plutôt le gouvernement Serbe qui a voulu la guerre.

Si Milosevic avait accepté le principe de l'autonomie et le retrait des troupes Serbes du Kosovo, il n'y aurait pas eu d'intervention armée de l'OTAN.

Selon Ratomir Tanie, ancien négociateur de Milosevic avec l'UCK, il existait bien un plan de nettoyage ethnique visant à établir une parité de population au Kosovo : 50% de Serbes, 50% d'Albanais.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 02:15 
Sauf que...
Barbetorte a écrit:
Les esprits se sont effectivement emballés et il n'y a pas eu de génocide ni de déportations massives.
Quand des esprits s'emballent pour déclencher une guerre, ce n'est jamais très rassurant... Ne trouvez-vous pas curieux et suspicieux l'emballement systématique des esprits occidentaux après les bébés-couveuse koweïtiens (1990), les rumeurs de génocide au Kosovo (1999), les armes de destruction massive irakiennes (2003), le bombardement chimique de la Ghouta (2013), le vol MH17 abattu dans le Donbass (2014) ? Ca fait quand même beaucoup d'emballements "spontanés", non ? Beaucoup de baudruches qui se dégonflent quelques années plus tard quand on se rend compte que c'était du pipeau. Et comme par hasard, ça sert de prétexte à une intervention. Ah ce hasard, que ne ferait-on sans lui... :lol: De là à penser que ces prétextes ont été inventés, avouez qu'il n'y a qu'un pas...

Citation:
On ne peut pas dire pour autant qu'il ne se passait rien. Les textes que vous citez le disent d'ailleurs bien : The final toll of civilians confirmed massacred by Yugoslav forces in Kosovo is likely to be under 3,000. C'est loin de ce qu'on peut appeler un climat serein.
Même pas ! J'ai cité là un journal anglais qui reconnaissait que les chiffres avancés par l'OTAN et Washington (tiens, tiens...) étaient farfelus. Mais ce journal reste complètement à côté de la plaque quand il parle de 3 000 civils albanais tués. Je remets un passage de l'étude extensive du Monde Diplo que j'ai citée plus haut :

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

On a donc 3 000 morts albanais et serbes, tués avant et après le début des bombardements de l'OTAN. Non seulement il n'y a jamais eu les 100 000 ou 500 000 Kosovars massacrés comme annoncé par la joyeuse bande des pipoteurs habituels (OTAN, USA) mais 3 000 non plus. Je n'arrive plus à retrouver la référence mais j'avais lu à l'époque que les enquêteurs considéraient que 90 % des victimes avaient été tués après le début des bombardement de l'OTAN et qu'il y avait 2/3 de Kosovars et 1/3 de Serbes. Ce qui donne... 200 Kosovars tués avant l'intervention occidentale. Les Occidentaux ont transformé ces 200 morts en génocide de 100 000 voire même 500 000 personnes (!) C'est l'une des plus grandes intoxications du XXème siècle, Goebells peut aller se coucher... Et elle a été mise en oeuvre par nos démocraties, à notre époque, avec la complicité active ou passive de nos médias.

NB : On ne sait d'ailleurs pas si ces 200 Kosovars tués n'étaient pas tous des combattants de l'UCK, tués au cours d'accrochages. Rien ne dit qu'il y ait eu des civils parmi eux...

Citation:
On avait vu Milosevic et Mladic à l'oeuvre en Bosnie. On pouvait légitiment penser qu'ils agiraient de même au Kosovo dans la logique de leur idéologie nationaliste et raciste selon laquelle les Albanais occupent de façon non légitime ce territoire purement serbe depuis la bataille du Champ des Merles de 1389.
Ca, c'est tout à fait vrai, mais c'est le point de vue de l'homme de la rue comme vous et moi ; nos gouvernements ont des informations plus solides que les simples légendes urbaines. Les chancelleries occidentales ne pouvaient pas ignorer que c'était du vent...

Citation:
Les Etats-Unis et les nations européennes avaient décidé qu'ils ne laisseraient plus faire de nouveau massacre comme à Sebrenica et Milosevic a tout fait pour les décider à passer à l'action.
Vous avez l'air bien sûr de vous en connaissant les dessous des pensées de nos dirigeants. Je crois avoir montré plus haut qu'ils ne pouvaient pas ne pas ignorer que tout cela était du vent. S'ils ont décidé de passer quand même à l'acte, ils avaient d'autres motifs...

Citation:
Il y a d'abord eu le massacre de Racak
... sur lequel de très très sérieux doutes subsistent :
http://www1.rfi.fr/actufr/articles/025/article_13271.asp
Lire aussi :
Renaud Girard, Nuages noirs sur un massacre, Le Figaro, 20 janvier 1999.
Christophe Châtelot, Les morts de Racak ont-ils réellement été massacrés de sang-froid ?, Le Monde, 21 janvier 1999.

Je ne suis pas un fan de Wikipedia mais l'article sur la question est pas mal fait, avec un certain nombre de références. J'en cite une partie :

Une controverse s'est développée : s'agissait-il effectivement de civils délibérément massacrés, donc d'un crime de guerre — position du chef de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) au Kosovo, William Walker —, ou bien d'une mise en scène destinée à camoufler un accrochage entre l'armée de libération du Kosovo (UÇK) et les forces de sécurité du gouvernement yougoslave — position du gouvernement de la République fédérale de Yougoslavie.
Fin janvier 1999, les États-Unis affirment avoir intercepté et enregistré des conversations téléphoniques prouvant le rôle du gouvernement yougoslave dans le massacre. Selon le Washington Post, ces enregistrements auraient montré que le premier ministre serbe Nikola Šainović et le ministre de l'intérieur serbe Sreten Lukić s'étaient inquiétés des réactions à l'assaut sur Račak et avaient discuté de la manière dont on pouvait mettre cela en scène comme une attaque des troupes gouvernementales contre l'UÇK. Šainović aurait également donné l'ordre que le procureur du TPIY Louise Arbour ne soit pas admise dans le pays. Par la suite, le TPIY, a enregistré l'événement comme un crime de guerre, pour lequel le Procureur a inculpé le président "yougoslave" Slobodan Milošević et ses complices.
Dès janvier 1999, des correspondants locaux de grands journaux comme Le Figaro ou Le Monde ont émis des doutes sur la version de William Walker. Plusieurs gouvernements, dont l’Allemagne et l’Italie, auraient même demandé à l'OSCE de renvoyer William Walker, à la lumière d'informations reçues de contrôleurs de l'OSCE au Kosovo selon lesquelles les corps de Racak « n’étaient pas – comme le prétend Walker – des victimes d’un massacre serbe de civils » mais ceux de combattants de l'UCK tués au combat.


Comme vous le voyez, on ne sait pas ce qui s'est réellement passé à Racak et le rôle de William Walker est plus que douteux. Et c'est pourtant sur cet événement nimbé de brouillard et de doutes que s'est basé le durcissement de la position occidentale (accords de Rambouillet). Milosevic, de son côté, borné, a refusé toute ingérence étrangère. L'UCK a profité de la bienveillance occidentale pour augmenter ses attaques, entraînant des représailles serbes (qui, on est bien d'accord, sont tout sauf des enfants de choeur). Et ainsi de suite jusqu'aux bombardements de l'OTAN...

On peut envisager que les pays européens ont sciemment participé à cet énorme mensonge du Kosovo pour se débarrasser (avec raison, si je peux me permettre ce commentaire personnel) de Milosevic qui avait mis l'ex-Yougoslavie à feu et à sang quelques années plus tôt. Par contre, pour les Américains, la raison profonde était ailleurs... Elle a certainement à voir avec ce que j'ai écrit dans un message plus ancien : le grand tournant de la deuxième moitié des années 90 au sein des élites intellectuelles et politiques américaines. Il me semble que c'est cela qui permet de comprendre la position américaine vis-à-vis du Kosovo, qui prend place dans une période de très net raidissement US en politique étrangère. Je me permets de remettre ce que j'écrivais :

- la lame de fond néo-conservatrice déferle dans tous les think tanks et aboutira d'ailleurs à l'élection de George Bush fils en 2000. En 1997 est fondé le Projet pour un Nouveau Siècle Américain, think tank néo-conservateur qui vise à promouvoir le leadership global des Etats-Unis.
- Bzrezinski publie le Grand échiquier (1997)
- Le faucon Madeleine Albright remplace le placide Warren Christopher au Département d'Etat (1997) tandis que le Républicain William Cohen est nommé au Département de la Défense pour plaire à certains milieux qui trouvent Clinton trop mou (encore en 1997 !)
- Estimations faramineuses (et un peu exagérées, on le sait maintenant) des réserves en hydrocarbures de la Caspienne et de l'Asie centrale.
- Publication du Choc des civilisations par Samuel Huntington (1996).
- Quelques années avant (1992), le néo-conservateur Francis Fukuyama avait publié La fin de l'histoire dans lequel il affirme que la démocratie libérale promue selon lui par les Etats-Unis doit recouvrir le monde et mettre fin à son histoire.
- Guerre du Kosovo "inventée" par l'OTAN pour, entre autres, donner à l'organisation une nouvelle raison d'être.

La parenthèse pacifique et bienveillante de la politique américaine durant la première partie des années 90 cachait en réalité le début du bouillonnement intellectuel au sein des élites, think tanks et groupes de pressions, qui allait prendre son essor durant la deuxième partie de la décennie et aboutir au très net raidissement de la deuxième administration Clinton. La présidence Bush ne fera qu'amplifier le phénomène. Le Grand jeu reprenait ses droits, la Russie restait le concurrent stratégique à abattre (Bzrezinski, Huntington, Projet pour un Nouveau Siècle Américain...) tandis que l'Europe devait être "acquise" d'une manière ou d'une autre pour assurer le leadership des Etats-Unis sur un monde où d'autres "menaces" apparaissaient : développement de la Chine, multipolarité...



NB :
Citation:
Commentaires de Libération sur les dires de Debray
Il y a bien longtemps que Libé a perdu tout semblant de crédibilité en matière d'informations internationales. Même Le Monde est moins otanolâtre, c'est tout dire...


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 16:05 
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Citation:
La référence au "Grand jeu" est usurpée. Le Graal des USA est de perpétrer la révolution libérale partout où elle n'a pas encore accédé. Ils caressent ce projet depuis la fin de la Première Guerre mondiale et n'ont été entravés que par la guerre froide.
Vous donnez trop d'importance à l'idéologie... Aucun pays, même quand il revendique haut et fort une idéologie, n'est "pur" vis-à-vis de celle-ci.[/quote]
Mais l'homme reste un animal qui fait "comme si..." Le "grand jeu" ne répondait qu'à une idéologie (impérialisme mercantiliste ou mercantilisme impérialiste, allez savoir) de fin de XIXe siècle qui n'existe plus, elle non plus, chez les Occidentaux.
Citation:
L'URSS n'était pas plus communiste que les Etats-Unis ne sont libéraux.

Ça dépend de la définition, idéaliste ou réelle, du communisme.
Shalimar a écrit:
Les Etats-Unis ont soutenu tellement de dictatures/coups d'Etat a-libéraux, tellement de régimes qui n'ont rien de libéraux, que personne ne peut affirmer sérieusement que leur but est de propager la révolution libérale dans le monde.

Disons qu'ils tentent d'utiliser des régimes antilibéraux contre d'autres, comme l'URSS contre le IIIe Reich.
Shalimar a écrit:
Par contre, l'inverse est souvent vrai et Washington en profite : les libéralolâtres de chaque pays voient souvent les Etats-Unis comme la Mecque de la modernité économique et sont prêts à vendre leur âme et pays pour quelques billets verts et une place en couverture de Forbes (Khodorkovski)

C'est caricatural : les meilleures critiques des USA sont américaines.
Shalimar a écrit:
Il était cohérent qu'ils reprennent leur combat au moment où le bloc soviétique s'effondrait.

Et ils ne s'en cachaient pas. Le "nouvel ordre mondial", c'était le programme de Wilson, en 1918, qui espérait un monde de libre-échange et où les conflits inter-étatiques seraient régulés par des instances supranationales. L'URSS avait bloqué le processus dès 1945 et il était normal qu'ils le reprennent en 1989. Ça ne fait pas d'eux de bien grands monstres sournois, pour paraphraser le petit prince... ("Ça ne fait pas de moi un bien grand prince…")
Shalimar a écrit:
Saddam était le protégé des Américains entre 1984 et 1989, pas des Soviétiques !

"Et des juifs et des francs-maçons", tant que vous y êtes, mais pas sur ma planète.
Shalimar a écrit:
L'une des raisons de la guerre du Kosovo est d'ailleurs de lui redonner une nouvelle légitimité.

Non, la guerre avait eu lieu entre Albanais (Kosovars) et Serbes de toute manière. Ce n'est pas l'OTAN qui déclenche la guerre, elle s'y implique.
Shalimar a écrit:
Tellement à l'écart de l'Afghanistan qu'ils donnaient carte blanche au Pakistan pour soutenir Hekmatyar puis les Talibans afin d'unifier le pays pour faire passer le pipeline Unocal. A noter que ces mêmes Talibans étaient invités au Texas pour discuter du projet :

C'est bien : le moindre Américain regarde une carte du monde et vous en déduisez que les USA allument presque tous les incendies du monde. C'est de la pensée magique. Si vous avez raison, baissez les bras, ceux que vous dénoncez sont aussi roués et puissants que les dieux païens, desquels on devisait sagement qu'il ne fallait pas les défier. Vous, vous en déifiez la puissance parce que vous n'êtes pas réaliste sur leur nature profonde : des gens qui font ce qu'ils peuvent, comme chaque humain dans ce monde.
Shalimar a écrit:
Les Américains ont suivi leur ligne de toujours : se désintéresser des conflits "inintéressants" (au sens de leurs intérêts) et vice-versa.

Ah ! Les Américains se préoccupent des Américains et c'est le drame ! Pourquoi dénoncez une pax americana dont vous déplorez l'inexistence ?
Shalimar a écrit:
La tendance isolationniste des Etats-Unis, du moins parmi les élites, n'existe plus depuis 1945 et vous le savez pertinemment.

Et je pense qu'ils ont raison : il est dans leur intérêt national de ne pas ignorer leur planète.
Shalimar a écrit:
Citation:
Pour moi, ça restera aussi capital que... la Conférence de Bandung et la comédie des soi-disant non alignés.
Ce faisant, vous vous condamnez à ne rien comprendre à ce qui s'est passé depuis des décennies et à ce qui se passera ces prochaines décennies. Mais après tout, chacun est libre de faire ce qu'il veut...

Ou c'est vous, ou c'est moi, mais la diabolisation systématique des USA me paraîtra toujours idiote.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 16:16 
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Shalimar a écrit:
Procès d'intention mis à part (voilà maintenant que je ne m'intéresse qu'au sort des populations qui veulent rester dans l'orbite russe et que je plains les Serbes... :roll: )

Disons que vous reproduisez fidèlement les arguments des officines de propagande russes. Quand vous voyez ".ru" à la fin d'un site Internet, changez d'écran ou interprétez le contraire de tout ce que vous lisez.
Shalimar a écrit:
La discussion ne porte donc pas sur le sort du criminel que personne ne regrettera, mais sur la manipulation par les Etats-Unis et l'OTAN afin de trouver un prétexte pour entrer en guerre. L'étrange "massacre" de Racak (aujourd'hui généralement attribué à l'UCK elle-même) et la pression d'Albright qui a suivi, les rumeurs de nettoyage ethnique distillées faussement et, enfin, les accusations invraisemblables de génocide (un demi-million de Kosovars assassinés, enterrés vivants dans des stades de foot).

D'une part, je n'ai jamais rien lu d'autre qu'environ 10.000 Kosovars tués par les Serbes avant l'intervention occidentale, à l'époque ou aujourd'hui. C'est la première fois que je lis vos rumeurs et c'est vous qui les produisez ici. Mais que lis(i)ez-vous ?
Shalimar a écrit:
A l'époque, Régis Debray avait décidé de passer quelques semaines au Kosovo et il en était revenu en déclarant que ces rumeurs de massacre étaient du pipeau, qu'il ne s'y passait rien.

Il y a toujours du blabla slave du côté qui perd.
Shalimar a écrit:
Il a été démonté par la presse (déjà aux ordres, semble-t-il)

Ah oui, "aux ordres". Pas comme vous, donc.


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