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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 16:30 
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Shalimar a écrit:
Claims of up to 100,000 ethnic Albanians massacred in Kosovo revised to under 3,000 as exhumations near end

Qu'il y en ait eu cent ou dix milliards, je reste à titre personnel très fier que nous ayons recadré les Serbes dans leurs actuelles frontières nationales ; sur la simple base de l'interview d'un journaliste grec (donc orthodoxe, donc pro-serbe, les journalistes de ce pays étant les seuls de l'ex-bloc occidental à avoir l'autorisation de pénétrer au Kosovo) qui déclarait que lui et ses confrères savaient ce qui se passait au Kosovo mais qu'ils le tairaient pour ne pas attirer sur les Serbes les foudres occidentales. Satisfait ?

Et pourtant, toujours à titre personnel, j'ai plus de sympathie pour les Serbes que pour les Kosovars.

Maintenant, vous qui percevez et expertisez les pensées et desseins de dirigeants comploteurs mieux qu'eux-mêmes, je ne vous contredirai plus, qui ne saurez l'être.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Sam 20 Sep 2014 21:16 
Vous vivez de plus en plus dans le déni de la réalité, mon cher Geopolis, comme par exemple votre négation désespérée de l'alliance USA-Saddam dans les années 80. Malheureusement pour vous, les effets de style ne remplacent pas les faits. Ces bons vieux faits bien têtus... J'essaie de reprendre ce qui peut être repris sans répondre aux petites phrases*.

*Je note en passant que c'est un certain manque de respect de votre part de répondre par une ou deux lignes, souvent ironiques, à un argumentaire étoffé. Comme si votre but était de défendre coûte que coûte une position, y compris en dénigrant l'autre. A défaut de répondre par des arguments probants, ridiculiser l'autre est toujours ça de pris, n'est-ce pas...

Geopolis a écrit:
Mais l'homme reste un animal qui fait "comme si..." Le "grand jeu" ne répondait qu'à une idéologie (impérialisme mercantiliste ou mercantilisme impérialiste, allez savoir) de fin de XIXe siècle qui n'existe plus, elle non plus, chez les Occidentaux.
Tous les géopoliticiens parlent de nouveau Grand jeu depuis les années 90. On ne parle pas ici du Grand jeu original qui a eu lieu au XIXème et début XXème siècle.

Citation:
Shalimar a écrit:
Les Etats-Unis ont soutenu tellement de dictatures/coups d'Etat a-libéraux, tellement de régimes qui n'ont rien de libéraux, que personne ne peut affirmer sérieusement que leur but est de propager la révolution libérale dans le monde.
Disons qu'ils tentent d'utiliser des régimes antilibéraux contre d'autres, comme l'URSS contre le IIIe Reich.
Doublement faux. D'abord ils ont plusieurs fois soutenu des régimes/leaders anti-démocratiques face à des régimes/leaders démocratiques (Pakistan vs Inde, renversement de Mossadegh en Iran, renversement de Salvador Allende au Chili, renversement de Jacobo Arbenz Guzman au Guatemala, soutien à des régimes ploutocratiques autoritaires en Amérique latine...) Alors, vous me direz, ces gens que les Américains ont renversé, ces libéraux sur le plan politique l'étaient mois sur le plan économique. C'est un peu facile... Un coup, les Etats-Unis soutiennent les libéraux politiques contre les libéraux économiques, un coup l'inverse. Bref, c'est quand ça les arrange, quoi... :lol:
Deuxièmement, ils soutiennent des régimes/leaders anti-libéraux (politiques ou économiques) naturellement, sans que ça soit contre un autre régime/leader anti-libéral. Le soutien US aux pétromonarchies est naturel et ne se fait contre personne d'autre (c'était du moins le cas dans les premières décennies d'après-guerre).

Vous idéalisez complètement la politique étrangère états-unienne en pensant qu'elle est mue par des ressorts libéraux ; les 70 dernières années montrent le contraire. Et vous confondez libéralisme politique et libéralisme économique. Là aussi, le monde contemporain montre assez qu'on peut être l'un sans être l'autre.

Citation:
Shalimar a écrit:
Par contre, l'inverse est souvent vrai et Washington en profite : les libéralolâtres de chaque pays voient souvent les Etats-Unis comme la Mecque de la modernité économique et sont prêts à vendre leur âme et pays pour quelques billets verts et une place en couverture de Forbes (Khodorkovski)
C'est caricatural : les meilleures critiques des USA sont américaines.
Oui, mais je ne vois pas le rapport avec ma phrase.

Citation:
Et ils ne s'en cachaient pas. Le "nouvel ordre mondial", c'était le programme de Wilson, en 1918, qui espérait un monde de libre-échange et où les conflits inter-étatiques seraient régulés par des instances supranationales. L'URSS avait bloqué le processus dès 1945 et il était normal qu'ils le reprennent en 1989. Ça ne fait pas d'eux de bien grands monstres sournois, pour paraphraser le petit prince... ("Ça ne fait pas de moi un bien grand prince…")
Je pense avoir suffisamment montré dans différents messages que les Etats-Unis ont bien d'autres intérêts en politique étrangère que la version bisounours que vous en donnez (un gentil monde de libre-échange où tout le monde est content). C'est d'ailleurs pour cela qu'ils s'opposent de toutes leurs forces à l'actuelle intégration eurasiatique et tentent de couper les échanges (notamment énergétiques) entre Europe occidentale, Russie et Chine. Curieux, pour des gens qui voudraient soit-disant oeuvrer à un monde d'échanges, non ?

Citation:
Shalimar a écrit:
Saddam était le protégé des Américains entre 1984 et 1989, pas des Soviétiques !
"Et des juifs et des francs-maçons", tant que vous y êtes, mais pas sur ma planète.
Déni de réalité très aigu accompagné d'une bien pauvre tentative de décrédibiliser l'interlocuteur. Je vous l'ai montré, mais puisque vous avez la tête dure...

Shaking Hands with Saddam Hussein : The U.S. tilts toward Iraq, 1980-1984
National Security Archive Electronic Briefing Book No. 82

http://www2.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB82/

Ce travail fouillé, minutieux et exhaustif ne concerne que la première partie des années 80, c'est-à-dire le rapprochement entre les Etats-Unis et Saddam (jusqu'en 1984). Pour la deuxième partie des années 80 et la lune de miel entre Washington et Saddam, je donne la parole à Eric Laurent. C'est clair et factuel :


George Bush [père] ne s'est pas seulement montré complaisant envers le régime de Saddam Hussein et ses multiples exactions, mais il l'a armé, financé, soutenu, renforcé. Dans le plus grand secret. Comme l'a écrit l'éditorialiste américain William Safire : « C'est un scandale, cet abus systématique de pouvoir par des dirigeants d'une démocratie décidés à renforcer secrètement le potentiel militaire d'un dictateur. »

Saddam Hussein, comme Bin Laden lorsqu'il combattait contre les Soviétiques en Afghanistan, n'a pu exister et prospérer que par la volonté des Etats-Unis. Et avant tout de Bush et son équipe. Et ce constat aboutit à une question restée à ce jour sans réponse : sans le soutien militaire et les encouragements qu'il reçut des Etats-Unis, Saddam Hussein aurait-il envahi le Koweït? Dans une étude remarquable publiée dans Columbia Journalism Review, sur la couverture pour le moins timide de cet « Irakgate » par la presse américaine - à l'exception notable de Douglas Frantz et Murray Waas dans le Los Angeles Times -, l'auteur Russ Baker écrit notamment : « Lorsque le 2 août 1990 Saddam Hussein a envahi le Koweït, seule une poignée de journalistes se sont demandés où il avait bien pu se muscler à ce point militairement pour réaliser cette invasion. »

Tout commence en 1982. Ronald Reagan est à la Maison Blanche et George Bush à la vice-présidence. La guerre entre l'Iran et l'Irak, extraordinairement meurtrière, est commencée depuis déjà deux ans. En mai 1982, les Iraniens brisent l'offensive des forces irakiennes sur leur territoire et les obligent à un repli massif au-delà des frontières ; en juin, l'Iran lance à son tour une vaste offensive en territoire irakien. Les revers militaires de Bagdad inquiètent Washington et ses principaux alliés dans la région, les monarchies pétrolières du Golfe, qui redoutent soudain une défaite de Bagdad et un effondrement du
régime de Saddam Hussein.

La première décision prise, cette année-là, par Washington, sera de retirer Bagdad de la liste des pays soutenant le terrorisme international. Une décision « totalement politique », selon Noël Koch chargé du programme de lutte contre le terrorisme au Pentagone. « Tous les rapports qui nous parvenaient indiquaient que Bagdad continuait avec la même intensité d'apporter son aide aux mouvements terroristes. » Une situation restée inchangée six ans plus tard puisque, en 1988, le secrétaire d'Etat adjoint John Whitehead écrivait: « Malgré son retrait de nos listes, Bagdad demeure un sanctuaire pour des terroristes bien connus. » Et il citait notamment le cas d'Abul Abbas qui avait détourné le paquebot Achille Laura.

Toujours en 1982, il fut décidé d'envoyer à l'Irak des armes et du matériel militaire, en les faisant transiter par des pays de la région, alliés des Etats-Unis. Les cargaisons expédiées en Jordanie, en Egypte... et au Koweït, furent ensuite, secrètement, acheminées à Bagdad. Parmi les équipements reçus par le régime de Saddam, on dénombrait 60 hélicoptères Hughes « à usage civil », mais il suffisait de quelques heures pour les transformer en engins de guerre, et des hélicoptères
Bell équipés pour « asperger les récoltes en pesticides ». Ces appareils servirent en 1988 à l'attaque chimique menée par Bagdad contre le village kurde de Halabaya qui fit plus de 5 000 morts dont un grand nombre de femmes et d'enfants.

Un surprenant émissaire spécial

En décembre 1983, George Bush convainc Ronald Reagan d'envoyer un émissaire spécial rencontrer Saddam Hussein. La guerre Iran-Irak ne cesse de gagner en violence et en intensité. Le 19 décembre, l'émissaire américain arrive à Bagdad, porteur d'une lettre manuscrite de Ronald Reagan à l'intention de Saddam Hussein. La rencontre entre les deux hommes sera longue et cordiale. « Le courant passait vraiment entre eux », déclara un officiel irakien qui avait assisté à l'entretien. Rentré à Washington, l'envoyé spécial du président américain brosse un portrait louangeux de Saddam Hussein, au point que, douze jours plus tard, un message transmis aux dirigeants des pays du Golfe indique qu'une « défaite de l'Irak dans sa guerre avec l'Iran serait contraire aux intérêts des Etats-Unis qui ont pris plusieurs mesures pour éviter une telle issue ». L'homme qui a si éloquemment plaidé la cause du dictateur irakien n'est autre que Donald Rumsfeld, l'actuel ministre de la Défense, partisan sans nuances, aujourd'hui, d'une guerre contre l'Irak et du renversement de Saddam.

En mars 1984, il retourne à Bagdad pour de nouveaux entretiens. Le jour même où il séjourne dans la capitale irakienne, les dépêches des agences de presse internationales révèlent que les Irakiens viennent d'utiliser des armes chimiques contre les forces iraniennes. On découvrira peu après qu'il s'agit de gaz moutarde. La veille, l'agence de presse iranienne avait fait état d'une autre offensive contre ses forces, au moyen d'armes chimiques, cette fois sur le front Sud. Plus de 600 soldats iraniens auraient été touchés par du gaz moutarde et du gaz Tabun. Plusieurs attaques du même type auront lieu par la suite.

En 2002, pour justifier sa volonté d'abattre militairement Saddam, le ministre américain de la Défense déclare: « Il hait les Etats-Unis et il possède des armes de destruction massive. Il les a utilisées contre son propre peuple, et il n'hésitera pas à les utiliser contre nous. » A ceux qui tentent de lui faire admettre qu'il n'existe pas de lien entre Al Quaeda et Bagdad et qu'il n'y a pas de preuves tangibles que l'Irak ait repris son programme de fabrication d'armes chimiques et biologiques, il rétorque: « L'absence d'évidence n'est pas l'évidence de l'absence. » En 1984, il est vrai, il ne semble pas préoccupé par cette menace. Il ne fera pas la moindre déclaration à propos des attaques chimiques massives contre les forces iraniennes.

En revanche, la diplomatie américaine, à la suite de sa visite, se montre, dans un communiqué, « satisfaite des relations entre l'Irak et les Etats-Unis et suggère que des liens diplomatiques normaux soient renoués entre les deux pays». Ce sera chose faite en novembre 1984. Deux ans plus tard, interrogé par le Chicago Tribune sur les actions dont il est le plus fier, Rumsfeld répond: « La reprise des relations avec l'Irak. »

Dès cette époque, la CIA et les autres services secrets américains collaborent étroitement avec leurs homologues irakiens, et, en 1986, le journaliste Bob Woodward révèle que la CIA a fourni aux Irakiens des renseignements qui leur ont permis de mieux « calibrer » leurs attaques aux gaz moutarde contre les troupes iraniennes. Dès cette époque, Bagdad bénéficie également des photos prises par les satellites de reconnaissance américains, qui leur sont d'une aide précieuse pour mieux « cibler leurs bombardements ».

Studeman, le directeur de la NSA qui contrôlait ces satellites, le reconnut volontiers après la guerre du Golfe. « Le problème, confia-t-il, a été de reconvertir un allié en ennemi. Durant la guerre Iran-Irak, nous étions clairement du côté des Irakiens, et nous nous sommes retrouvés ensuite extrêmement désavantagés. En effet, pendant plus de quatre ans, Saddam et ses collaborateurs ont eu accès à nos informations, à nos méthodes de collecte du renseignement et aux moyens que nous mettions en oeuvre. Donc, au fond, c'est tous nos systèmes de sécurité qu'ils avaient pu ainsi pénétrer. »
A partir de la fin 1983, début 1984, George Bush prend officieusement en charge le dossier irakien, et l'aide apportée à Bagdad va prendre une ampleur accrue. Tout se déroule dans la plus complète opacité, et souvent même, comme nous le verrons, dans une totale illégalité.

Au début de l'année 1984, l'administration américaine donne son accord de principe pour la construction d'un pipe-line qui permettra d'acheminer le pétrole irakien vers les marchés mondiaux en toute quiétude, sans avoir à craindre le blocus naval et les attaques de la marine iranienne dans la zone du Golfe. Maître d'oeuvre du projet, Bechtel Company, la plus grande entreprise mondiale de travaux publics et d'engineering: villes en Arabie Saoudite, parfois avec le groupe Bin Laden, pipe-lines en Alaska et en URSS, comme autrefois les gigantesques bases américaines au Vietnam. Bechtel est un groupe puissant, mais aussi influent. Son ancien président, George Schultz, est à l'époque secrétaire d'Etat, et son ex-directeur général, Caspar Weinberger, l'homme qui occupe le poste de ministre de la Défense. Le projet se heurte à deux obstacles: le financement, évalué à un milliard de dollars, et les garanties de sécurité. En effet, le pipe-line passera à moins de dix kilomètres de la frontière israélienne. Tel-Aviv considère Saddam comme un de ses pires ennemis et pourrait être tenté de saboter ou de détruire l'oléoduc. Au terme de longues négociations, où Bush jouera un rôle important, le gouvernement israélien prend l'engagement secret de ne pas endommager le pipe-line s'il est construit.

Le problème du financement est délicat : exsangue, privé de crédits, Saddam Hussein souhaite faire financer le projet par l'Export-Import Bank américaine qui garantit les crédits à l'exportation. Malgré le lobbying du Département d'Etat, les responsables de cet organisme refusent en écrivant dans un mémo : « Export-Import s'oppose aux prêts à l'Irak parce qu'elle considère que ces prêts n'offrent pas de garanties raisonnables de remboursement. »

En juin 1984, Bush entre en scène, téléphonant directement au président de l'Export-Import Bank. Il s'agit d'un de ses plus proches amis, William H. Draper III, avec qui il était à l'université de Yale. Draper possède également un autre titre de gloire: il fait partie de ce groupe de « philanthropes » qui ont financé à fonds perdus Arbusto, la compagnie pétrolière de George W.
Une semaine plus tard, la banque approuve le versement d'un prêt garanti de 500 millions de dollars destinés au projet. Celui-ci est finalement abandonné par Bagdad, mais l'Export-Import Bank, décidément prête à voler au secours de l'Irak depuis l'intervention de Bush, fournit, en juillet 1984, 200 millions de dollars en crédits à court terme à Bagdad. Quelques mois plus tard, les Irakiens ne peuvent rembourser une échéance de 35 millions de dollars, et l'établissement bancaire suspend ses versements ; ceux-ci ne reprendront qu'après une nouvelle intervention pressante de Bush. Il est utile de préciser que les défauts de paiement constatés par l'Export-Import Bank sont toujours supportés par les contribuables américains.

Un système identique est mis en place pour les exportations agricoles. Entre 1983 et 1990, les Etats-Unis exportent vers l'Irak des produits agricoles, financés pour une large part grâce à des prêts totalisant 5 milliards de dollars garantis par Washington. Un officiel américain résume d'une phrase cette situation: « Nous fournissons aux Irakiens toute la nourriture dont ils ont besoin, à des prix subventionnés. » La réalité, là encore, est quelque peu différente de cette affirmation. Un premier prêt garanti par le ministère de l'Agriculture, soit 402 millions de dollars, est octroyé à la fin de l'année 1983 ; en 1984, nouveau prêt de 513 millions de dollars cette fois. L'Irak, en fait, deviendra durant toutes ces années le plus gros bénéficiaire à travers le monde du programme américain de crédits aux exportations alimentaires, le Credit Commodity Corporation.

Une nouvelle fois grâce à George Bush. Seul problème mais de taille: une bonne partie de ces crédits, au lieu de faciliter l'achat d'aliments, vont permettre à l'Irak de procéder à d'importants achats d'armes.

(...)

Elu président des Etats-Unis le 4 novembre 1988, George Bush était entré effectivement en fonctions le 4 janvier 1989. Mais s'il existait un dossier qu'il n'avait jamais relégué au second plan, même pendant sa campagne électorale, c'était bien celui de l'Irak. Au début de l'année 1987, en mars très exactement, il reçut longuement à la vice-présidence l'ambassadeur irakien Nizar Hamdoom, pour l'informer du succès de ses interventions : le gouvernement irakien allait pouvoir acquérir du matériel militaire américain, à la technologie hautement sensible. Durant le mois qui suivit, des équipements d'une valeur de 600 millions de dollars furent transférés à Bagdad. Sur le papier cette technologie avait un double usage, civil et militaire, mais personne à Washington ne se faisait la moindre illusion sur leur utilisation finale. Là encore, George Bush exerça de fortes pressions sur l'Export-Import Bank pour la convaincre d'accorder un nouveau prêt de 200 millions de dollars à l'Irak. A cette époque les réticences étaient devenues très fortes. A la fin de l'année 1986, toutes les projections s'accordaient à évaluer la dette irakienne à plus de 50 milliards de dollars.

Deux économistes de l'Export-Import Bank avaient rédigé un rapport alarmiste estimant que « même nos évaluations les plus optimistes indiquent que l'Irak sera incapable de rembourser le service de sa dette au cours des cinq prochaines années ». Les experts recommandaient à l'Export-Import Bank « de se tenir à l'écart de tout programme ou projet concernant l'Irak ». Au début du mois de mars 1987, Bush téléphona directement au nouveau directeur de l'Export-Import Bank, John Bohn : « Je vous demande, lui dit-il notamment, à vous et à vos collègues du conseil de direction, de prendre rapidement une décision favorable.» Il aurait ensuite ajouté: « Comme vous le savez, des considérations essentielles de politique étrangère sont liées à ce dossier. L'Irak a apparemment stoppé la dernière offensive iranienne, et nous allons en profiter pour relancer nos initiatives de paix. L'appui apporté par l'Export-Import Bank au commerce avec l'Irak serait un puissant signal envoyé à Bagdad et aux Etats du Golfe, montrant l'intérêt que portent les Etats-Unis à la stabilité de cette région. » Peu après, un prêt à court terme de 200 millions de dollars fut accordé.

Durant son entretien avec l'ambassadeur irakien, Bush précisa que les Etats-Unis étaient prêts à envisager d'autres ventes de matériels militaires hautement sophistiqués. Les centaines de listes de licences à l'exportation élaborées par le ministère du Commerce pour les ventes portant sur 600 millions de dollars de technologie ont révélé qu'une grande partie de ce matériel avait été utilisé par Saddam pour développer ses programmes d'armes nucléaires, chimiques et biologiques. A partir de cette période, les Irakiens vont se livrer à un véritable chantage envers les Américains, comme l'indique un responsable de la Federal Reserve qui précise que Bagdad n'accepte de rembourser ses créanciers qu'à condition que ceux-ci leur accordent de nouvelles lignes de crédit plus importantes.

Le 16 mars 1988, les forces irakiennes lancent une attaque au gaz contre le village kurde de Halabaja, tuant plus de 5 000 personnes. Cet épisode est constamment évoqué par l'actuelle administration de George W. Bush pour justifier le renversement de Saddam Hussein. Pourtant, à l'époque, Bush père ne manifeste publiquement aucune indignation devant ce crime perpétré à l'aide d'hélicoptères américains. Un silence américain qui est rapidement récompensé: quatre mois plus tard, le géant américain de la construction, Bechtel, si proche des dirigeants républicains, est choisi par les autorités irakiennes pour assurer la construction d'une imposante usine chimique. Sa mise en activité aurait permis au régime de Saddam Hussein de fabriquer des armes chimiques. Au milieu de l'année 1989, un rapport confidentiel du ministère de l'Agriculture révèle que des officiels irakiens ont reconnu que les fonds alloués à l'achat de produits agricoles ont été détournés vers des objectifs militaires.

Un prêt d'un milliard de dollars

Quelques mois plus tard, le scandale de la Banca Nazionale deI Lavoro commence à émerger. Pourtant, le 26 octobre 1989, George Bush prend une décision aux conséquences dramatiques, révélée par Douglas Frantz et Murray Waas. Il élabore et signe une directive de sécurité nationale, totalement secrète, la NSD 26, qui prévoit le renforcement de l'aide à l'Irak et la collaboration des agences fédérales. Neuf mois avant l'invasion du Koweït, Bush veut accorder à Saddam un nouveau prêt d'un milliard de dollars, en utilisant une nouvelle fois le programme des prêts garantis du ministère de l'Agriculture.

Affolé par l'enquête qui se déroule au sein de la filiale de la BNC à Atlanta, et qui le met en cause, le ministère de l'Agriculture tente d'abaisser le prêt de un milliard de dollars à 400 millions. Ce montant paraît encore trop élevé aux responsables de la Federal Reserve et du ministère des Finances qui conseillent de suspendre tout prêt à Bagdad. « Les chances de récupérer cet argent, estime un rapport, vont de zéro à très peu. » Quelques jours plus tard, alors que tous les clignotants financiers sont au rouge, le ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz, arrive à Washington. L'homme de
confiance de Saddam Hussein, dès sa première rencontre avec James Baker, au Département d'Etat, confère une tonalité menaçante aux discussions. Il explique que l'Irak s'inquiète à l'idée de recevoir moins que le milliard de dollars, et si tel était le cas, les relations entre les deux pays deviendraient « tendues ».

C'est un véritable chantage, exprimé sur un ton absolument péremptoire sur le fond mais courtois dans la forme. Tarek Aziz est passé maître dans cet exercice de haute virtuosité. James Baker lui promet qu'il va se plonger immédiatement dans le dossier. Après une longue rencontre avec George Bush, il appelle au téléphone le ministre de l'Agriculture, Clayton Yeuter, pour lui demander de revenir sur l'opposition de son ministère et de rétablir le prêt de un milliard de dollars en lui déclarant notamment: « Votre programme est crucial pour nos relations bilatérales avec l'Irak» ; ajoutant peu après: « Franchement, nous ne nous engagerions pas sur un tel projet si nous possédions des preuves substantielles qui révéleraient que des officiels irakiens de haut rang ont violé les lois américaines. »

C'est un propos empreint d'un cynisme absolu, mais qui ne réussit pas à apaiser les craintes. Bush et ses collaborateurs devront batailler encore quelques jours avant de trouver un compromis qui calmera les inquiétudes de la Federal Reserve et du ministère des Finances qui rappellent avec insistance que l'Irak n'a pas remboursé plusieurs de ses créanciers étrangers. Le 8 novembre 1989, le milliard de dollars est enfin octroyé, mais il est décidé que les versements auront lieu en deux parties. Le premier interviendra immédiatement, et le second aura lieu si aucun événement nouveau et fâcheux ne surgit dans l'enquête en cours sur les agissements de la Banca Nazionale deI Lavoro.

Baker donne l'ordre de transmettre la “ bonne nouvelle» à Tarek Aziz. Deux jours plus tard, l'ambassadeur américain à Bagdad, April Glaspie, reçoit un télégramme confidentiel du Département d'Etat; celui-ci la charge de faire parvenir à Aziz un message personnel de James Baker lui indiquant que la « décision prise reflète l'importance que nous attachons à notre relation avec l'Irak ». Pourtant, Baker et Bush ne peuvent ignorer la teneur d'un rapport rédigé par des experts du Département d'Etat, et qui déclare notamment: « Les leaders irakiens, grisés par l'importance de la technologie dans leur victoire contre l'Iran, croient désormais que les technologies militaires avancées, bombes et missiles, ainsi que la capacité nucléaire et les armes chimiques et biologiques, sont la clé du pouvoir militaire. »

Durant la même période, tous les rapports des services de renseignements qui parviennent sur le bureau ovale de la Maison Blanche indiquent un renforcement inquiétant du potentiel militaire irakien. Un rapport confidentiel sur l'état de l'économie irakienne, rédigé par l'un des banquiers les plus influents du Moyen-Orient, a également été transmis aux responsables américains. Il rappelle d'abord qu'entre 1972 et 1980, « année où débuta la guerre contre l'Iran, les revenus pétroliers annuels de l'Irak étaient passés de un milliard de dollars à 25 milliards de dollars ». Mais il se montrait extrêmement pessimiste à l'orée de l'année 1990: « C'est ma triste tâche que de démontrer que la situation, sous le gouvernement actuel, peut seulement empirer. » Il insistait sur le fait que l'énorme dette accumulée, dont Bagdad ne pouvait même pas payer les intérêts, « allait conduire à une politique téméraire, dangereuse, d'emprunts à des taux effectifs, excédant 30 % l'an ». Le dernier paragraphe de son rapport était encore plus intéressant, car il présentait avec une remarquable lucidité ce qui allait arriver: « Saddam Hussein est maintenant tout à fait au courant de sa situation financière. Quelles sont les options qui s'offrent à lui en Irak même? Elles sont peu nombreuses. Mais il y a toujours le Koweït, situé à quelques kilomètres de son armée oisive, massée sur le Chatt-AIArab. L'Irak a besoin d'un accès aux eaux ouvertes du Golfe. ».

L'argent octroyé par l'administration américaine ne fournit qu'un court répit à Saddam qui ne manifeste pas la moindre gratitude. Pourtant le tribut ainsi versé au dictateur irakien, en armes et en crédits, est particulièrement lourd. En février 1990, Bagdad a déjà épuisé les 500 millions de dollars qui constituent la première partie du prêt et réclame avec insistance le versement de la seconde tranche.

Le même mois, le 23 février, Saddam Hussein se rend à Amman pour le premier anniversaire du Conseil de coopération arabe. Le leader irakien face à quelques-uns de ses pairs tint des propos violemment antiaméricains. « N'est-ce pas Washington, dit-il, qui aide l'émigration des Juifs soviétiques vers Israël? N'est-ce pas l'Amérique qui continue de faire patrouiller ses navires dans le Golfe, malgré la fin du conflit entre l'Iran et l'Irak? » Pour Saddam Hussein, les raisons de ce comportement étaient claires: « Le pays qui exercera la plus grande influence sur la région, le Golfe et son pétrole, consolidera sa supériorité en tant que superpuissance sans que quiconque puisse rivaliser avec lui. Cela démontre que si la population du Golfe, et au-delà tout le monde arabe, n'est pas vigilante, cette zone sera gouvernée selon les vues des Etats-Unis. Par exemple, les prix du pétrole seront fixés de manière à bénéficier aux intérêts américains, tout en ignorant les intérêts des autres. » Il suggère également que l'argent du pétrole, investi à l'Ouest, soit retiré afin d'infléchir la politique américaine. Cette violente diatribe laisse Bush et ses collaborateurs « totalement assoupis », selon la formule d'un membre du Conseil national de sécurité de l'époque.

Le 2 avril, Saddam prononce devant les cadres de son armée un discours qui fut retransmis intégralement à la radio. Vêtu d'un uniforme kaki, tête nue, arborant les insignes de général, il parle pendant plus d'une heure, mais quelques-unes des phrases prononcées frappèrent de stupeur le monde entier. Evoquant les résultats obtenus par des chercheurs irakiens qui venaient de mettre au point de nouvelles armes chimiques, il ajouta: « Par Dieu, si Israël tente quoi que ce soit contre l'Irak, nous ferons en sorte que le feu ravage la moitié de ce pays... Ceux qui nous menacent par la bombe atomique, nous les exterminerons par l'arme chimique. »

Ces propos parvinrent le jour même sur le bureau de James Baker. Le secrétaire d'Etat, troublé par l'agressivité de Saddam, écouta attentivement les suggestions de ses plus proches collaborateurs. Elles étaient essentiellement au nombre de trois: suppression des crédits de l'Export-Import Bank, annulation du programme financé par le ministère de l'Agriculture et, enfin, interdiction d'importations par le régime de Saddam Hussein de « matériel à usage potentiellement militaire ». Ces mesures - mais les hauts fonctionnaires l'ignoraient -, impliquaient le démantèlement total de tout le dispositif d'aide mis en place par Bush et Baker en faveur de l'Irak.

Le Président livra son sentiment sur les menaces proférées par Saddam Hussein. Il le fit à bord du Boeing présidentiel Air Force One qui l'emmenait à Atlanta et Indianapolis. Il utilisa des mots vagues qui reflétaient son embarras: « Je trouve que ces déclarations sont très mauvaises. Je demande sans attendre, à l'Irak, de rejeter l'usage des armes chimiques. Je pense que cela n'aiderait ni le Moyen-Orient, ni les intérêts de l'Irak en matière de sécurité; je dirais même que cela produirait l'effet contraire. Je suggère que de tels propos, sur l'usage des armes chimiques et biologiques, soient oubliés. »

« Oubliés » ! Le mot revêt une ironie amère. Saddam n'a cessé d'envoyer des signaux de plus en plus alarmants à Washington. Il a utilisé massivement des armes chimiques contre les Iraniens, puis contre son propre peuple, provoquant des milliers de victimes civiles, mais George Bush prêche l'oubli, alors que la menace irakienne ne cesse de grandir. Douze ans plus tard, son fils développera le raisonnement inverse, alors que la plupart des rapports confirment que Bagdad n'est plus en mesure de produire, du moins sur une grande échelle, ces armes de destruction massive qui inquiétaient si peu son père.

FIN


Géopolis, cesserez-vous maintenant enfin de nier la réalité ?

Citation:
Shalimar a écrit:
L'une des raisons de la guerre du Kosovo est d'ailleurs de lui redonner une nouvelle légitimité.
Non, la guerre avait eu lieu entre Albanais (Kosovars) et Serbes de toute manière. Ce n'est pas l'OTAN qui déclenche la guerre, elle s'y implique.
Vous jouez sur les mots. On appelle guerre du Kosovo l'opération de bombardements de l'OTAN.

Citation:
Shalimar a écrit:
Tellement à l'écart de l'Afghanistan qu'ils donnaient carte blanche au Pakistan pour soutenir Hekmatyar puis les Talibans afin d'unifier le pays pour faire passer le pipeline Unocal. A noter que ces mêmes Talibans étaient invités au Texas pour discuter du projet :
C'est bien : le moindre Américain regarde une carte du monde et vous en déduisez que les USA allument presque tous les incendies du monde. C'est de la pensée magique. Si vous avez raison, baissez les bras, ceux que vous dénoncez sont aussi roués et puissants que les dieux païens, desquels on devisait sagement qu'il ne fallait pas les défier. Vous, vous en déifiez la puissance parce que vous n'êtes pas réaliste sur leur nature profonde : des gens qui font ce qu'ils peuvent, comme chaque humain dans ce monde.
Alors ça, c'est un argument géopolitique... Dieux païens, pensée magique, Aladin...

Citation:
Ah ! Les Américains se préoccupent des Américains et c'est le drame !
Ce n'est pas un drame, c'est la politique normale de tout Etat défendant ses intérêts et non une politique bisounours irénique comme vous vouliez nous le faire croire.

Citation:
Pourquoi dénoncez une pax americana dont vous déplorez l'inexistence ?
Je ne comprends pas cette phrase. Je ne dénonce ni ne déplore rien...

Citation:
Ou c'est vous, ou c'est moi, mais la diabolisation systématique des USA me paraîtra toujours idiote.
Aucune diabolisation, un simple constat. Personnellement, je trouve leur politique étrangère brillante, cynique et de plus en plus dangereuse, mais indéniablement brillante. Les anti-américains primaires les prennent en général pour des crétins voleurs alors que ce n'est pas du tout le cas. Les élites stratégiques américaines me font plutôt penser à Richelieu, c'est du très haut niveau.

Citation:
Disons que vous reproduisez fidèlement les arguments des officines de propagande russes. Quand vous voyez ".ru" à la fin d'un site Internet, changez d'écran ou interprétez le contraire de tout ce que vous lisez.
Je crois avoir montré dans plusieurs messages un esprit assez critique envers la Russie, parlant par exemple de l'hypocrisie de Poutine qui soutient dans le Donbass ce qu'il combattait en Tchétchénie. C'est pas trop le genre de choses que l'on retrouve dans les officines de propagande russe, n'est-ce pas...
Le problème vient de la vision incroyablement partiale et hystérique que la machine médiatique occidentale a de la Russie en ce moment (vision qui choque d'ailleurs tous les spécialistes ; j'ai cité Védrine, Villepin, Marchand, Todd, Boyer, Dumas...) Toute personne qui remet les faits à l'endroit et rétablit un peu la vérité est immédiatement vue comme pro-russe, travaillant pour l'ambassade russe ou pour les officines russes de propagande. C'est vieux comme le monde. Durant la Première Guerre Mondiale, ceux qui prenaient du recul étaient des pro-allemands...

Quant aux sites .ru, je les lis avec esprit critique, comme je dois maintenant lire avec esprit critique les sites .fr

Citation:
D'une part, je n'ai jamais rien lu d'autre qu'environ 10.000 Kosovars tués par les Serbes avant l'intervention occidentale, à l'époque ou aujourd'hui. C'est la première fois que je lis vos rumeurs et c'est vous qui les produisez ici. Mais que lis(i)ez-vous ?
Comment se tirer une balle dans le pied en direct :lol: Vous voyez, il faut lire les messages en entier avant de répondre trop vite... J'ai reproduit noir sur blanc les chiffres invraisemblables avancés (inventés) par les gouvernements occidentaux. Vous n'avez donc jamais entendu le Département d'Etat américain suggérer que 500 000 Kosovars avaient disparu. Vous n'avez donc jamais entendu les chiffres avancés par l'OTAN, la Maison Blanche... Vous n'étiez pas sur terre à cette époque-là ? Peut-être sur la planète du Petit Prince que vous affectionnez tant ?

Citation:
Qu'il y en ait eu cent ou dix milliards, je reste à titre personnel très fier que nous ayons recadré les Serbes dans leurs actuelles frontières nationales
Ahhhhh, belle tentative de rattrapage, bravo !
Je n'ai jamais entendu parler de plus de 10 000 morts, vous inventez... officine de propagande russe ou serbe... Quoi ? Les Etats-Unis et l'OTAN ont dit 100 000, 500 000... heu... oui, bon... hum hum... je n'étais pas au courant... heu... hum hum... bon... (et m...., comment je vais me sortir du guêpier où je me suis fourré, je ne peux plus éditer mon message précédent...) ... hum hum... de toute façon, que ce soit cent ou dix milliards, c'est la même chose... hum hum... (ouf !) :lol:

Citation:
Maintenant, vous qui percevez et expertisez les pensées et desseins de dirigeants comploteurs mieux qu'eux-mêmes, je ne vous contredirai plus, qui ne saurez l'être.
Belle pirouette, mais ne vous vexez pas, ça arrive à tout le monde de se tromper et d'être pris le doigt dans le pot de confiture. L'important, c'est de revoir les faits et de corriger ses erreurs. Ce n'est possible qu'en jetant ses présupposés idéologiques, et c'est là que vous aurez un peu plus de mal je pense...


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Dim 21 Sep 2014 00:14 
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Shalimar a écrit:
- Guerre du Kosovo "inventée" par l'OTAN pour, entre autres, donner à l'organisation une nouvelle raison d'être.
La guerre du Kosovo était la suite des opérations de nettoyage ethnique commencées en Bosnie. On ne peut parler d'invention. Il faut imaginer ce qui se serait passé s'il n'y avait pas eu intervention militaire de l'OTAN.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Dim 21 Sep 2014 08:03 
Barbetorte a écrit:
La guerre du Kosovo était la suite des opérations de nettoyage ethnique commencées en Bosnie. On ne peut parler d'invention. Il faut imaginer ce qui se serait passé s'il n'y avait pas eu intervention militaire de l'OTAN.
Justement, on se sait pas ce qui se serait passé. L'UCK était très bien armée et financée par les pétromonarchies du Golfe, rien à voir avec les pauvres Bosniaques.
Mais là n'est de toute façon pas la question. Les pays occidentaux ont créé un prétexte invraisemblable, une intoxication rarement vue dans l'histoire (200 morts transformés en génocide d'un demi-million de personnes) pour intervenir. On ne peut exclure que les pays européens aient voulu se débarrasser avec retard de Milosevic, sur le sort duquel on ne va de toute façon pas pleurer. Mais ça ne suffit pas pour expliquer la magnitude gigantesque du mensonge, il y a autre chose de plus profond. Quoi, sinon la volonté de redéfinir le rôle de l'OTAN et de la lancer à la "conquête" de l'est européen en s'approchant le plus possible de la Russie, de nouveau désigné comme le grand ennemi stratégique des Etats-Unis dans la deuxième moitié des années 90 ?

1999 : intégration de la Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque.
1999 : bombardements sur la Serbie (première grande opération militaire de l'histoire de l'OTAN)
2002 : sommet de Prague, pourparlers d’adhésion de la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie.
2004 : ces pays deviennent membres de l’OTAN (plus grande vague d’élargissement de son histoire)

Curieux comme les choses s'accélèrent en cinq petites années, non ? ;) Ah ces "coïncidences"...


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Dim 21 Sep 2014 23:45 
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Le projet serbe était connu : une grande Serbie peuplée de Serbes ce qui impliquait d'une part l'annexion des territoires de cette Grande Serbie inclus dans les autres républiques de l'ex-Yougoslavie et des transferts de population. Cette politique avait été appliquée à l'encontre de la Bosnie et de la Croatie, elle se poursuivait au Kosovo. C'est la réaction internationale qui y a mis fin. Non seulement au sein du gouvernement Milosevic, mais encore dans l'esprit de la majorité des Serbes, le Kosovo était une terre serbe qui devait être peuplée de Serbes, les Albanais étant considérés comme des envahisseurs (victoire ottomane de 1389). Si le Kosovo était revenu sous souveraineté serbe au début du vingtième siècle, il restait à achever la reconquista. On peut imaginer comment. Dans ce contexte la propagation de rumeurs est inévitable. Elles naissent spontanément. Quels que soient les nombres de victimes de part et d'autre, la terreur s'était installée. La seule solution était le retrait de l'armée serbe et le maintien de l'ordre par une force internationale, ce qui fut fait par la force à défaut d'avoir d'avoir été convenu lors des négociations de Rambouillet. Inutile de recourir aux théories de Spykman et de Brzezinski.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Lun 22 Sep 2014 08:32 
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Shalimar a écrit:
Curieux comme les choses s'accélèrent en cinq petites années, non ? ;) Ah ces "coïncidences"...


Il semblerait que vous n'ayez toujours pas compris l'essence du Salon Géopolitique. Son but, c'est des analyses, pas de faire de la politique. Et surtout pas de monter des procès instruits à charge sur des opinions invérifiables.

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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Lun 22 Sep 2014 21:06 
Narduccio a écrit:
Il semblerait que vous n'ayez toujours pas compris l'essence du Salon Géopolitique. Son but, c'est des analyses, pas de faire de la politique. Et surtout pas de monter des procès instruits à charge sur des opinions invérifiables.
Regardez la longueur et le contenu de mes messages, regardez la longueur et le contenu des vôtres, et revenez me dire qui fait des analyses géopolitiques et qui fait de la politique ou du hors-sujet... Décidément, vous ne savez plus quoi inventer pour me provoquer, c'est hallucinant.

Je suis totalement favorable à la proposition du site de réserver ce forum à la pure géopolitique, ça évitera un certain nombre d'interventions politisées ou HS (dont les vôtres), car je me sens parfois un peu seul ici à parler de géopolitique.


Barbetorte a écrit:
Le projet serbe était connu : une grande Serbie peuplée de Serbes ce qui impliquait d'une part l'annexion des territoires de cette Grande Serbie inclus dans les autres républiques de l'ex-Yougoslavie et des transferts de population. Cette politique avait été appliquée à l'encontre de la Bosnie et de la Croatie, elle se poursuivait au Kosovo. C'est la réaction internationale qui y a mis fin. Non seulement au sein du gouvernement Milosevic, mais encore dans l'esprit de la majorité des Serbes, le Kosovo était une terre serbe qui devait être peuplée de Serbes, les Albanais étant considérés comme des envahisseurs (victoire ottomane de 1389). Si le Kosovo était revenu sous souveraineté serbe au début du vingtième siècle, il restait à achever la reconquista. On peut imaginer comment. Dans ce contexte la propagation de rumeurs est inévitable. Elles naissent spontanément. Quels que soient les nombres de victimes de part et d'autre, la terreur s'était installée. La seule solution était le retrait de l'armée serbe et le maintien de l'ordre par une force internationale, ce qui fut fait par la force à défaut d'avoir d'avoir été convenu lors des négociations de Rambouillet. Inutile de recourir aux théories de Spykman et de Brzezinski.
Utile au contraire, très utile, car elles seules permettent d'éviter la naïveté de croire que des Etats dont le budget du renseignement atteint des dizaines de milliards de dollars chaque année se sont très naïvement "fait avoir" par la propagation rumeurs... Le renseignement américain a un budget d'environ 70 milliards de dollars par an et emploie près de 110 000 personnes. Vous croyez sérieusement que les Etats-Unis sont de grands enfants se laissant mener à une guerre par de simples rumeurs ? :lol:
Dans un autre fil, vous disiez croire à la bonne foi de l'administration Bush sur les armes de destruction massive de Saddam. Maintenant, vous dites croire que les pays occidentaux ont été de bonne foi victimes d'une propagation de rumeurs dans la crise kosovare. A croire que les Occidentaux sont marqués par le sceau de la naïveté qui, formidable hasard, entraîne des situations qui correspondent exactement à leurs intérêts stratégiques. Que voulez-vous que je vous dise... On peut certes y croire, en disant que l'inverse est invérifiable. On peut aussi croire au Père Noël en affirmant qu'on ne peut pas prouver qu'il n'existe pas. Certes. Mais enfin... Moi, je n'ai jamais pris les Américains pour de grands idiots naïfs, c'est peut-être mon petit côté américanophile.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Lun 22 Sep 2014 22:02 
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Shalimar a écrit:
Narduccio a écrit:
Il semblerait que vous n'ayez toujours pas compris l'essence du Salon Géopolitique. Son but, c'est des analyses, pas de faire de la politique. Et surtout pas de monter des procès instruits à charge sur des opinions invérifiables.
Regardez la longueur et le contenu de mes messages, regardez la longueur et le contenu des vôtres, et revenez me dire qui fait des analyses géopolitiques et qui fait de la politique ou du hors-sujet... Décidément, vous ne savez plus quoi inventer pour me provoquer, c'est hallucinant.


Je crois que vous n'avez pas compris le rôle d'un modérateur. J'écrirais des articles sur le fond quand votre forme correspondra à l'esprit du Salon. Pour faire des analyses, on n'a pas besoin d'utiliser des formes de discours politiquement orientés. A moins qu'on pense que les autres intervenants sont des idiots qu'il faut convertir.

Vous ne faites pas d'analyse, vous prêchez. Je ne vous provoque pas, je vous demande de respecter les règles qui valent dans une discussion entre 2 égaux. Dit autrement, cessez donc d'utiliser votre langue de bois et je pourrais finalement discuter du fond.

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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Mar 23 Sep 2014 00:24 
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Sur le démembrement de la Yougoslavie, dont le dernier épisode est l'indépendance du Kosovo, vous postez des pavés qui exposent votre vision de la politique mondiale des Etats-Unis en laissant de côté les faits déterminants qui expliquent tout. Il n'y a pas une seule phrase sur l'entreprise de nettoyage ethnique, sur des évènements comme les massacres de Srebrenica et de Vukovar. Or, sans rappeler ce contexte, on ne peut rien comprendre à la guerre du Kosovo. Il était certain que ce qui s'était passé à Sbrebrenica et à Vukovar allait se renouveler au Kosovo. Le comportement des forces serbes le montraient suffisamment. Il y a eu certes de fausses rumeurs de génocide, mais le projet de nettoyage ethnique n'était pas une fausse rumeur. Il était bien en cours d'exécution. C'est la raison pour laquelle l'UCK s'était radicalisée et c'est la raison pour laquelle l'OTAN est intervenue militairement afin d'obtenir que les forces serbes évacuent le Kosovo.

Citation:
Dans un autre fil, vous disiez croire à la bonne foi de l'administration Bush sur les armes de destruction massive de Saddam.
Bonne foi est beaucoup dire. Vous déformez mes propos. Plus exactement, j'ai dit tout d'abord que l'hypothèse de la présence d'armes de destructions massives, bien qu'incertaine, n'était pas absurde, ensuite que l'administration Bush croyait à sa propre propagande. C'est parce qu'elle ne parvenait pas à faire partager ses convictions qu'elle a eu recours à l'artifice d'une preuve fabriquée de toutes pièces, cet artifice ayant d'ailleurs été conçu dans l'entourage de Tony Blair et non dans les services américains.

Citation:
Maintenant, vous dites croire que les pays occidentaux ont été de bonne foi victimes d'une propagation de rumeurs dans la crise kosovare.
Je n'ai absolument pas dit cela. Ce que je ne cesse d'essayer de vous faire entendre est qu'à côté de ces rumeurs il y avait une réalité que vous vous obstinez à ignorer, celle de la politique de nettoyage ethnique, et que c'est cette réalité, parfaitement connue, qui explique tout.

Citation:
A croire que les Occidentaux sont marqués par le sceau de la naïveté qui, formidable hasard, entraîne des situations qui correspondent exactement à leurs intérêts stratégiques.
L'indépendance du Kosovo, un intérêt stratégique ? En fait c'est vous qui lui en donnez un pour le faire coller à vos dogmes simplificateurs.


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 Sujet du message: Re: Billard à trois bandes
MessagePosté: Mar 23 Sep 2014 06:14 
Barbetorte a écrit:
Sur le démembrement de la Yougoslavie, dont le dernier épisode est l'indépendance du Kosovo, vous postez des pavés qui exposent votre vision de la politique mondiale des Etats-Unis en laissant de côté les faits déterminants qui expliquent tout. Il n'y a pas une seule phrase sur l'entreprise de nettoyage ethnique, sur des évènements comme les massacres de Srebrenica et de Vukovar. Or, sans rappeler ce contexte, on ne peut rien comprendre à la guerre du Kosovo. Il était certain que ce qui s'était passé à Sbrebrenica et à Vukovar allait se renouveler au Kosovo. Le comportement des forces serbes le montraient suffisamment. Il y a eu certes de fausses rumeurs de génocide, mais le projet de nettoyage ethnique n'était pas une fausse rumeur. Il était bien en cours d'exécution. C'est la raison pour laquelle l'UCK s'était radicalisée et c'est la raison pour laquelle l'OTAN est intervenue militairement afin d'obtenir que les forces serbes évacuent le Kosovo.
1. Un Etat moderne ne se base pas sur des rumeurs pour mener sa politique et ses guerres étrangères.
2. Des Etats qui dépensent des dizaines de milliards de dollars par an pour le renseignement ne peuvent pas ne pas savoir ce qui se passe.
3. Quand ces mêmes Etats distillent des informations et des rumeurs qu'ils savent être parfaitement fausses, la conclusion est évidente...

Citation:
Bonne foi est beaucoup dire. Vous déformez mes propos. Plus exactement, j'ai dit tout d'abord que l'hypothèse de la présence d'armes de destructions massives, bien qu'incertaine, n'était pas absurde, ensuite que l'administration Bush croyait à sa propre propagande. C'est parce qu'elle ne parvenait pas à faire partager ses convictions qu'elle a eu recours à l'artifice d'une preuve fabriquée de toutes pièces, cet artifice ayant d'ailleurs été conçu dans l'entourage de Tony Blair et non dans les services américains.
Donc l'administration Bush n'était pas de bonne foi mais croyait à sa propre propagande et avait la conviction que les AMD étaient une réalité. Allez comprendre... :roll:
Et si vous arrêtiez plutôt de jouer sur les mots et de faire le sophiste ?

Citation:
Je n'ai absolument pas dit cela. Ce que je ne cesse d'essayer de vous faire entendre est qu'à côté de ces rumeurs il y avait une réalité que vous vous obstinez à ignorer, celle de la politique de nettoyage ethnique, et que c'est cette réalité, parfaitement connue, qui explique tout.
Une "réalité" qui se précède elle-même ? Orwellien...

Citation:
L'indépendance du Kosovo, un intérêt stratégique ? En fait c'est vous qui lui en donnez un pour le faire coller à vos dogmes simplificateurs.
La redéfinition du rôle de l'OTAN et son avancée vers l'est = intérêt stratégique.

Bon, je vois que vous avez encore réussi à faire vriller mon fil avec vos sophismes. C'était sans doute le but recherché, bien joué...


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