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 Sujet du message: Re: La Belgique entre Flamands et Wallons
MessagePosté: Sam 9 Fév 2019 08:58 
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Bon résumé de janvier 2019 :
Citation:
Avec son sourire désarmant, ses hautes pommettes, ses longs cheveux blonds et ses yeux bleus en amande, son altesse royale la princesse Elisabeth est la botte secrète de la monarchie belge. La duchesse de Brabant, qui va fêter ses 18 ans en octobre, est la première femme destinée à monter sur le trône de Belgique depuis que la règle de primogéniture masculine a été abolie à la fin du XXe siècle. Elle est aussi la première à maîtriser le flamand. Ses parents l’ont scolarisée très tôt chez les jésuites du collège Sint-Jan Berchmans à Bruxelles. La princesse a si bien appris la langue néerlandaise que la famille royale a dû lui payer des cours de soutien en français écrit.

La scolarité de la duchesse de Brabant est politique. La monarchie joue sa survie, dans une Belgique menacée de partition par les vigoureuses revendications indépendantistes flamandes. Le roi Philippe, qui règne depuis 2013, est francophone comme ses prédécesseurs. Or c’est la Flandre, portée par son dynamisme économique, qui donne aujourd’hui le la. Les Flamands moquent souvent l’embarras des souverains lorsqu’ils baragouinent leur langue. Une héritière du trône qui s’exprime parfaitement en néerlandais, voilà un argument de moins pour les séparatistes ! […] Depuis la réforme de 1993 qui a institué une fédération à la place de l’ancien État central, l’État belge est réduit à sa plus simple expression. Il n’a sans doute pas fini de maigrir. Le plus grand parti de Belgique, la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) flamande, a inscrit en tête de ses statuts l’objectif d’une République de Flandre. […] En 2014, elle avait recueilli 32,4 % des suffrages. En y ajoutant ceux obtenus par l’extrême droite nationaliste du Vlaams Belang, le courant séparatiste dépasse 40 %.

« L’antagonisme entre les deux éléments de la population belge, flamand et wallon, peut mettre en péril l’unité de l’État », observait un manuel français de géographie publié en 1954. Soixante-cinq ans plus tard, le verdict est plus pertinent que jamais. […] L’évolution politique asymétrique des deux grands électorats belges – le nord toujours plus à droite et le sud résolument à gauche – pourrait alors déboucher sur une Belgique encore plus ingouvernable.

Le pays est rompu aux crises. Il détient le record mondial de la crise gouvernementale la plus longue, avec 589 jours en 2010-2011. Pire que l’Irak ! Durant cette période, le Premier ministre, Yves Leterme, avait dû se contenter de gérer les affaires courantes. Cela n’avait pas empêché la Belgique d’enregistrer une croissance économique supérieure à la moyenne européenne. Comme quoi, un gouvernement n’est pas absolument indispensable. Et dans le royaume sans doute moins qu’ailleurs, puisque, à côté du cabinet fédéral, la Flandre, la Wallonie, Bruxelles-Capitale, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la communauté germanophone ont leur Parlement et leur gouvernement propres. Éducation, transports, logement, développement économique… sont gérés par les régions, y compris pendant les crises. Du coup, l’absence de gouvernement national passe inaperçue.

« La Belgique n’est pas une nation et à peine un État, observe Gérard Deprez, ancien président du Parti social-chrétien francophone et aujourd’hui député européen. En revanche, sa société est extraordinairement dynamique. » Contrairement à la France, et peut-être en raison même de la faiblesse de l’État central, les corps intermédiaires jouent, en Belgique, un rôle considérable. Le taux de syndicalisation, par exemple, y est de 55 %, contre moins de 10 % chez nous. Mais les syndicats, à l’instar des partis politiques, des universités ou des mutualités, sont divisés selon la ligne de fracture linguistique. Il y a ainsi deux partis socialistes, deux partis écologistes, deux partis libéraux…

« L’évolution sépare petit à petit le nord et le sud, explique Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles et directeur du Centre d’études de la vie politique belge (Cevipol). Quand je donne une conférence à des francophones, je dois souvent leur rappeler qu’il existe un Parlement fédéral, que des députés flamands y siègent, qu’ils y sont même majoritaires. Car dans leur tête, la Belgique se limite à l’espace francophone ! Chacun vit dans sa sphère communautaire. Même le dialogue devient difficile. » Ce dernier a souvent lieu en anglais à cause du peu d’appétence pour la langue de l’autre. Chaque problème pratique qui se pose prend une dimension linguistique. Le débat récurrent sur le bruit des avions aux alentours de l’aéroport de Bruxelles, par exemple, se focalise sur le point de savoir si ceux qui en souffrent le plus sont des habitants néerlandophones ou francophones.

La Belgique est une sorte d’Europe en miniature. Les transferts d’argent du nord vers le sud (entre 4 et 8 milliards d’euros par an, selon le mode de calcul) chagrinent la population du nord, riche, vieillissante et peu partageuse. En revanche dans le sud, plombé par le chômage, le clientélisme et l’assistanat, les partis de gauche font florès en pourfendant l’austérité prétendument installée par le nord du pays. Dans la réalité, « il y a trop de gens au chômage en Wallonie et pas assez de gens au travail en Flandre », annonce Bart Van Craeynest, le chef économiste de l’organisation patronale flamande Voka. Mais les vases communicants ne fonctionnent pas. Dans la région flamande de Courtrai, par exemple, des milliers de Français viennent travailler chaque jour ; ils y sont moins nombreux que les Wallons. Pourtant, la province wallonne du Hainaut toute proche souffre d’un chômage élevé. Mais ses habitants restent chez eux. « La mobilité entre régions linguistiques est très limitée », confirme Bart Van Craeynest. C’est la même chose pour les investissements flamands, très faibles en Wallonie. L’incommunicabilité est à l’échelle du pays.

L’absence de réformes est le revers de la médaille de la faiblesse gouvernementale. « Nous ne pouvons pas nous passer d’un gouvernement, souligne l’économiste. Le pays a besoin de réformes structurelles qui ont un impact à long terme, pour accompagner le vieillissement de la population. Seul un gouvernement doté d’un mandat fort peut réformer le marché de l’emploi, inciter les gens à se mettre au travail, mettre en place les formations adaptées. » Seulement 70 % des 20-64 ans travaillent en Belgique ; en Suède, c’est 82 %. « Dans ces conditions, il n’y a pas assez de personnes qui cotisent, il est normal que nous ayons des déficits », affirme Van Craeynest, qui souligne que la dette publique du pays dépasse les 100 % du produit intérieur brut.

En 2014, Charles Michel, libéral francophone de la jeune génération de politiciens belges, prenait la décision audacieuse de proposer une alliance à la N-VA flamande de Bart De Wever pour former un gouvernement réformateur, qui aura quand même tenu plus de quatre ans. Pour la première fois depuis trente ans, les socialistes étaient hors jeu. Avant qu’il n’explose en décembre 2018, ce cabinet de centre droit a allégé la fiscalité du travail, réduit le taux de l’impôt sur les sociétés de 40 à 25 %, simplifié la fiscalité des entreprises. L’âge de la retraite va être progressivement porté de 65 à 67 ans d’ici à 2030 – du moins, si la gauche ne revient pas au pouvoir lors du prochain scrutin, puisqu’elle entend annuler la réforme des pensions. […] Il n’en reste pas moins que ce gouvernement a conduit les réformes économiques les plus sérieuses que la Belgique ait connues depuis plusieurs décennies. Paradoxe : une majorité dominée par les indépendantistes a ainsi donné un puissant coup de jeune à un pays dont ils veulent la mort.

« Malgré les conflits qui traversent les élites, la Belgique tient parce que, globalement, la population veut la conserver. Les Belges y sont attachés, note Gérard Deprez. Nous n’avons pas, comme en Catalogne, des populations dressées les unes contre les autres, indépendantistes contre partisans du pouvoir central. En Flandre, les indépendantistes restent minoritaires. Tous les sondages le prouvent. » […]

Le secret de Polichinelle de la survie de la Belgique, c’est sa capitale. Bruxelles, enclave francophone en Flandre, est aussi la capitale de la Flandre, le siège de son gouvernement et de son Parlement ; mais ses habitants, lorsqu’ils sont belges (car il y a un tiers d’étrangers à Bruxelles, dont nombre de Français), sont dans neuf cas sur dix francophones. L’indépendance sans Bruxelles serait un déchirement impensable pour la Flandre. […] « Si Bruxelles n’existait pas, la scission de la Belgique aurait sans doute déjà eu lieu », remarque Ivan Van de Cloot, économiste du think tank proréformes Itinera.

[…] « Dans l’imaginaire, la monarchie est un élément de structuration du pays, avec la bière, les frites et l’équipe de football des Diables rouges, explique Pascal Delwit. Mais dans les faits, c’est futile. Aujourd’hui, le roi ne serait plus là que personne ne s’en rendrait compte. »

2019, Le Point 2422, 61-64


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 Sujet du message: Re: La Belgique entre Flamands et Wallons
MessagePosté: Sam 9 Fév 2019 16:04 
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Inscription: Jeu 12 Fév 2009 19:50
Messages: 442
Passionnant cet article. En particulier sur le rôle - un peu paradoxal - de Bruxelles.

Une petite histoire belge ? (Qui peut parfaitement être née en Belgique.)
Sur la Grand Place de Bruxelles des manifestants wallons et flamands s'affrontent dans une bagarre confuse. Un commissaire de police, exaspéré, s'écrie au mégaphone : bon, ça suffit ! Les Flamands à gauche, les Wallons à droite !
Restent au milieu 4 Juifs (nattes et kippas) et 4 arabes (en djellabas) qui s'écrient :"Bein... Et nous, les Belges, on va où ?"


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 Sujet du message: Re: La Belgique entre Flamands et Wallons
MessagePosté: Dim 10 Fév 2019 21:15 
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Inscription: Ven 27 Juin 2014 16:09
Messages: 320
Je subodore l'histoire française : un Bruxellois - même francophone - ne se considère jamais comme étant " Wallon "... Il est Bruxellois. :mrgreen:


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 Sujet du message: Re: La Belgique entre Flamands et Wallons
MessagePosté: Dim 10 Fév 2019 22:06 
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Inscription: Jeu 12 Fév 2009 19:50
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LordFoxhole a écrit:
Je subodore l'histoire française : un Bruxellois - même francophone - ne se considère jamais comme étant " Wallon "... Il est Bruxellois. :mrgreen:

:lol: :lol:


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