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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Jeu 2 Juin 2016 17:43 
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Caesar Scipio a écrit:
Je vous invite à prendre connaissance de cette excellente enquête sociologique réalisée par l'IFOP. Il n'y manque que la donnée salariés du secteur public et salariés du secteur privé.

http://www.atlantico.fr/rdv/politico-sc ... 18723.html

Ne vous arrêtez pas au titre attrape l'oeil qui n'a quasiment rien à voir avec le fond de l'article.

Cet article explique que la gauche toute entière, du centre-gauche aux partis communistes dans toutes leurs diverses tendances, n'est plus le parti des classes populaires. Le FN à lui tout seul rassemble plus d'électeurs des classes populaires que l'ensemble des partis de gauche, et évidemment encore plus que la droite non-FN qui arrive 3ème dans cette catégorie.

Grosso modo, le FN domine dans le périurbain et le rural, dans les classes populaires et chez les actifs jeunes et dans la force de l'âge du secteur privé.


J'ai lu l'enquête de l'Ifop (et d'autres) et c'est pas tout à fait comme cela. Les ouvriers qui habitent les quartiers populaires "mélangés" et il y en a encore quelques uns votent plus à gauche que les ouvriers qui ont fait le choix d'aller vivre en périurbain, ou de devenir des "rurbains". Les ouvriers quine vivent plus au centre-ville se sentent piégés dans un choix de société et votent de plus en plus FN. Alors que les centres des villages sont plus traditionalistes dans leurs choix.

J'ai lu une étude sociologique qui expliquait cela. Les gens qui ont fait le choix de retourner vivre "à la campagne" alors qu'ils travaillent en ville ou en périphérie des villes, ont un choix de société qui se retrouve en porte-à-faux par rapport à presque tous les défis à venir de nos sociétés. Ils sont astreints à faire des kilomètres en voiture, alors que l'on prône les transports en communs. Quand ils prennent les transports en communs (trains, métros, ...) ceux-ci se trouvent souvent à quelques kilomètres de leurs maisons => voiture. Ils ne peuvent pas déménager à cause de l'investissement fait pour l'achat de leur maison. De plus, comme ils ont souvent rogné sur les dépenses, leurs maisons ne sont pas si bien isolées et le chauffage leur coûte un bras. Donc leur choix de vie les contraints à passer de nombreuses heures dans leur voiture et/ou dans les transports en communs. Ce qui se fait au détriment de la vie de famille qu'ils voulaient privilégier en allant vivre en périphérie. Souvent, pour payer les prêts, leurs épouses ont du reprendre un travail, donc, il faut confier les enfants à des nounous => dépenses supplémentaires. Bref, leur qualité de vie se détériore et ils ont l'impression qu'on investit surtout pour les "autres" et pas pour eux. Petit à petit, ils dérivent vers un vote protestataire et c'est souvent le fN qui est choisi.

Cerise sur le gâteau, c'est que les analyses montrent que ce schéma fonctionne aussi avec les travailleurs issus de l'émigration qui ont fait ce choix de vie...

_________________
Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Jeu 2 Juin 2016 18:52 
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Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de classes populaires votant à gauche. Il y en a encore beaucoup mais moins que pour le FN qui a lui tout seul arrive en tête dans cette catégorie.

L'étalement urbain vers le peri-urbain et vers le rural a certes des inconvénients. Mais il offre aussi bien des avantages qu'il est tout à fait logique de rechercher. Le logement est très cher dans les centres urbains, y compris dans les quartiers dits populaires proches des métropoles centres, et pour un niveau de "qualité" de vie que précisément beaucoup de ces catégories populaires et professions intermédiaires préfèrent éviter.

Quant au vote FN, ce serait certes mieux si ce n'était qu'un vote de protestation mais cela fait un bout de temps que les enquêtes d'opinion montrent que ce n'est largement plus le cas. C'est de plus en plus un vote d'adhésion vu comme un vote positif par ceux qui y recourent.

Le fait que les gens qui ont moins que d'autres matière à protester ne votent pas FN ne signifie pas que ceux qui ont matière à protester ne déterminent leur côté que par protestation. Au delà de la colère contre une situation jugée mauvaise, il y a adhésion à telle ou telle ligne politique, à telle ou telle mesure proposée par tel ou tel parti. C'est tout particulièrement valable pour les partis qui ont des positions très tranchées sur un sujet donné, que ce soit les écologistes, le FN, le PCF, le PG/FG, où les divers partis trotskistes.


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mar 7 Juin 2016 02:31 
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Todd évoque ici https://histoireetsociete.wordpress.com/2016/06/02/emmanuel-todd-si-je-fais-la-somme-de-ce-que-les-socialistes-ont-fait-le-bon-concept-est-violent-et-doux-a-la-fois-il-sagit-du-fascisme-rose/ le durcissement du débat politique en France, puis secondairement en Allemagne. Extraits :

Citation:
Le Bloc MAZ, constitué des classes moyennes, des personnes âgées, très importantes, et des ex- catholiques, donnaient une sorte de base électorale à une forme de conservatisme politique qui permettait à l’oligarchie supérieure, aux 0.1%, de faire ce qu’ils voulaient. Le résultat est une société bloquée, une belle au bois dormant qui laisse pourrir sa jeunesse. Un système social immobile, qui condamne les jeunes et le monde ouvrier à la destruction sociale. Il est donc normal d’assister à la montée d’une certaine violence.

(...)
Il s’agit d’un univers de fous où la violence verbale venait de gens qui se pensent être les défenseurs raisonnables d’un système démocratique. Ils étaient forcés de reconnaître un petit problème au départ ; que le parti socialiste n’avait pas été élu pour casser le code du travail. Mais ce qui est frappant, c’est qu’ils ne voyaient pas l’énormité que cela représente pour la science politique. Parce qu’en fait, nous traversons une rupture systémique. Parmi les instruments du droit constitutionnel, on avait la distinction entre le mandat impératif et le mandat représentatif. Tout le monde est aujourd’hui d’accord sur le fait que seul le mandat représentatif permet un fonctionnement normal des démocraties libérales, avec des citoyens qui votent, qui élisent des représentants qui prennent des décisions librement à l’intérieur des lignes générales préférées par les électeurs. Or, les intervenants ne semblaient pas se rendre compte que le comportement actuel de François Hollande et du PS suggère l »existence d’un troisième mandat ; le mandat « jemenfoutiste« . Ici, l’élection devient parodique, les électeurs votent, mais il est entendu dans l’esprit du grand parti politique de gauche que ce que dit l’électeur n’a aucune importance, et qu’il a donc le droit de faire exactement le contraire.

(...)

Je suis un anti-communiste radical. Donc, si je dis du bien de la CGT, cela ne doit pas être mal compris. C’est la CGT dans sa fonction actuelle de force, nouvelle et inattendue, qui, par effet de vide et de positionnement aléatoire, se trouve défendre la démocratie libérale en France.

Nous devons deux choses à la CGT. D’une, plus personne ne nous parle de l’Islam. C’est le transfert du mot radical de l’islamisme vers le militantisme ouvrier. Tous ceux qui croyaient qu’on pouvait faire n’importe quoi en désignant un bouc émissaire sont tout d’un coup, par volatilité, passés au radicalisme de la lutte des classes. La CGT a fait sortir la France de ce tunnel ethnicisant dans lequel le drame des attentats l’avait mise.

(...)

Mais le tunnel ethnique emmenait la France beaucoup plus surement vers les problèmes que l’affrontement actuel sur le code du travail. La deuxième chose est que la CGT et l’hostilité de la population face à la loi El khomri ont mis le Front national totalement en porte à faux. Depuis le début de cette crise, le FN vasouille. Si le parti socialiste pense que ses électeurs doivent lui obéir, alors on comprend leur concept de pédagogie ; c’est la stratégie du maître qui doit faire comprendre aux enfants, par l’obéissance. Le même problème de crise de représentation se pose à propos du FN. Parce que les cadres du parti sont des gens d’extrême droite, et on l’a senti au moment de la crise. Ils voulaient de l’ordre. Face à un évènement réel, les cadres du FN sont justes des gens très à droite, et ils se foutent de leurs électeurs ouvriers. Le PS méprise son électorat, mais le FN aussi. Même si Florian Philippot a fait du rétropédalage, il était déjà trop tard.

(...)

Le PS est probablement plus dangereux pour la liberté d’expression que la droite. Ce n’est pas l’intolérance des gens d’extrême gauche, qui n’en auraient pas les moyens. Les socialistes sont beaucoup plus intolérants, en fait, que les gens de droite. Ce n’est pas un hasard. Si je fais la somme de ce que les socialistes ont fait, en termes de contrôle de la presse, d’inversion des valeurs de la gauche sans tenir compte de leur électorat, le bon concept est un concept violent et doux à la fois ; il s’agit du fascisme rose, le mot rose évoquant la douceur du processus.

(...)

Le PS est un parti d’un genre nouveau, organisé comme l’église catholique ancienne. Avec des électeurs qui votent, des députés qui se foutent de ce que votent les électeurs, où les cadres supérieurs du PS se foutent de savoir ce que pensent les députés, et le Président et ceux qui l’entourent se foutent de ce que pense le reste du PS

(...)

L’Allemagne, malgré sa rationalité, est tombée dans le piège du court-termisme économique. Elle est le vrai pays d’immigration en Europe, obsédée par son problème de main d’œuvre. Les destructions opérées par l’austérité dans l’Europe du sud, sont, de ce point de vue-là, fonctionnelles pour l’Allemagne, qui cherche à récupérer la main d’œuvre qualifiée des économies en décomposition. En Allemagne, il manque pratiquement un tiers d’enfants chaque année. Mais là, avec cette immigration massive en provenance de Syrie, d’Irak, et d’Afghanistan, de systèmes patrilinéaires avec des niveaux élevés d’endogamie de départ, cela ne sera pas gérable pour l’Allemagne. Cela va produire des phénomènes de ségrégation, de stratification, de violence. Mais il ne faut pas sous-estimer le pragmatisme allemand. La société allemande pourra s’organiser mais le prix à payer sera l’émergence d’une société de castes, avec un système politique et policier extrêmement dur.


Naturellement, je souscris à tout ce que j'ai rapporté ici. Narduccio faisait récemment allusion à cette "politique raisonnable" (ou un concept approchant) qui est précisément celle que j'ai graissée dans la citation. C'est la politique défendue par une France insérée, qui se sait en voie de rabougrissement à tous égards (le déclin économique affecte la classe moyenne qui n'est pas la plus fertile, ), qui sent son monde et ses avantages se volatiliser, qui voudrait maintenir coûte que coûte une organisation qui sert ses intérêts - peu importent les conséquences pour les générations futures. C'est une France qui est obsédée par les problèmes identitaires et qui n'a que faire des problèmes sociaux, qui élude complètement la lutte des classes, dans la mesure où ses éléments sont (provisoirement) du bon côté de la barrière. L'ordre républicain ici défendu n'est rien d'autre qu'une cécité court-termiste à des problèmes grandissants. Bref, le problème avec le refus de l'alternative, c'est qu'il ne peut conduire qu'à la radicalisation comme le signale Todd. À la radicalisation des classes populaires succède celle du pouvoir, de plus en plus contesté à mesure que ses solutions "raisonnables" échouent.


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mar 7 Juin 2016 18:55 
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Merci Zadrobilek de ce message fascinant sur l'analyse d'Emmanuel Todd.
:mrgreen:

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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mar 7 Juin 2016 19:40 
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Citation:
C’est la CGT dans sa fonction actuelle de force, nouvelle et inattendue, qui, par effet de vide et de positionnement aléatoire, se trouve défendre la démocratie libérale en France.

C'est inexact : la position de la CGT, maintenant comme auparavant, est foncièrement antilibérale (dans le cas présent, par corporatisme, auparavant, par communisme).
Citation:
Nous devons deux choses à la CGT. D’une, plus personne ne nous parle de l’Islam.

Bonne remarque. D'ailleurs, les revendications de l'extrême droite sunnite s'écrasent spontanément devant les conflits politiques civiles français. C'est comme une conscience de son insignifiance, que je trouve par ailleurs salutaire et fort raisonnable pour elle.
Citation:
Depuis le début de cette crise, le FN vasouille.

À l'actif de tous les partis politiques qui se taisent, ils bénéficieront de l'effondrement des deux camps politiques en conflit, le PS et l'extrême gauche. De toute manière, la France s'était gauchisée depuis 1936 ou 1944 et se droitise depuis les années 1990. Je ne sais si c'est une conséquence des délinquances et des revendications de l'extrême droite sunnite, mais le retour de balancier est concommittent et les Français se droitisant dénoncent les deux phénomènes.
Citation:
Le PS est probablement plus dangereux pour la liberté d’expression que la droite.

Ça, c'est passager, c'est de la moraline (certes appuyée par le pouvoir judiciaire) et, donc, une mode éphémère, de quelques décennies au plus.
Citation:
Elle est le vrai pays d’immigration en Europe, obsédée par son problème de main d’œuvre.

Cette adulation des politiques pour la croissance démographique...
Citation:
La société allemande pourra s’organiser mais le prix à payer sera l’émergence d’une société de castes, avec un système politique et policier extrêmement dur.

J'en doute, c'est une vision optimiste et pacifique d'une juxtaposition ethnique en Europe. On oublie toujours que les Européens ne sont pacifiques que depuis 1945-1962, ce qui constitue une mémoire bien courte dans leur longue histoire, et sûrement pas irréversible. Un jour, en cas de besoin, ils se souviendront des leçons de Nelson, de Bonaparte, de Bismark, de la Prusse, etc.

Compte tenu de leurs performances techniques et économiques, je recommanderais à tous leurs antagonistes de ne pas les provoquer, et surtout pas à domicile.
Citation:
À la radicalisation des classes populaires succède celle du pouvoir, de plus en plus contesté à mesure que les solutions "raisonnables" échouent.

Quand les oligarchies trahissent le peuple, celui-ci favorise les césars. C'est Caïus Julius et Octave Auguste, les monarchies absolues, le bonapartisme, le franquisme, etc.


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mar 7 Juin 2016 20:58 
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Le problème avec Emmanuel Todd, c'est que c'est un type qui a eu un coup de génie voici maintenant 40 ans, avec son 1er ouvrage La Chute finale, et qui, depuis, se fonde sur le prestige que lui a conféré ce travail visionnaire pour assèner des leçons de morale, des platitudes, et parfois des énormités comme par exemple des syllogismes qui sont une insulte à la logique et à la réalité.

Qualifier le PS de fasciste, c'est ... absurde (pour rester poli). Le prisme idéologique, la "volonté transformatrice" propre à de nombreuses idéologies de gauche, un certain déni voire une certaine condamnation de la réalité ne sont pas du fascisme.

Son qui est Charlie est un tissu de bêtises marqué au sceau du charlatanisme scientifique. L'idée que chaque région se caractériserait par des modèles familiaux immuables qui eux-mêmes détermineraient des orientations politiques immuables est doublement absurde.

Il y a eu de tels brassages et mouvements de population entre régions françaises, en particulier avec l'urbanisation considérable et le développement des transports rapides tout au long du 20ème siècle, de telles évolutions sociétales, culturelles et économiques, que son modèle est largement inopérant. La famille bretonne, normande, francilienne, ou rhodanienne actuelle n'est plus structurée comme son homologue d'il y a 100 ans.

La fracture politique ne sépare pas seulement les classes populaires aux classes mieux "insérées" (pour ne pas dire privilégiées qui est un mot dont l'usage est dévoyé puisque souvent utilisé pour désigner les gens ayant une situation confortable alors que cela devrait définir les gens bénéficiant d'avantages particuliers non fondés sur leurs mérites et contraires au principe d'égalité en droit).

Elle sépare de manière tout aussi criante d'un côté les jeunes et les gens qui sont dans la force de l'âge, et de l'autre côté les séniors. Pour le coup, Todd a très bien vu et décrit cette énorme fracture générationnelle.

Autrement dit d'un côté les actifs et ceux qui aspirent à le devenir pour construire leur vie de jeunes adultes, et qui sont tous priés de financer les inactifs.

Et de l'autre côté ceux qui sont retraités et vivent de rentes ou sont proches de devenir retraités. Ce 2ème groupe détient l'essentiel du patrimoine.

Ce n'est pas un hasard si les partis radicaux et extrémistes de droite comme de gauche surperforment électoralement dans le 1er groupe et sous-performent dans le second groupe.
Ce n'est pas davantage un hasard si les partis modérés, de centre-droit et de centre-gauche, à l'inverse, surperforment électoralement dans le second groupe et sous-performent dans le 1er groupe.

Les critères économiques comptent certes fortement mais ne sont pas le seul déterminant. Il y a aussi des facteurs culturels. La fracture identitaire de plus en plus prégnante n'est pas une simple conséquence de la stagnation économique. Et ce n'est pas qu'une question de modèles familiaux patrilinéaires puisqu'il y a un phénomène de re appropriation caricaturale d'un passé qui n'était pas celui des parents voire des grand-parents chez des enfants de la 2ème voire la 3ème génération.

On oublie donc les facteurs personnels, l'exercice du libre-arbitre par chacun, dans un contexte où la puissance publique s'est beaucoup retirée par rapport à ses modes d'intervention passés par lesquels elle visait bien davantage à façonner la collectivité dans un sens d'unification politique et culturelle.

C'est sur cela qu'est la fracture. Même si chaque groupe n'est pas unanime et comporte une minorité opposée aux vues de la majorité du groupe, il y a ceux pour lesquels l'évolution est positive ou à tout le moins ne les dérange pas. Et ceux pour qui l'évolution est négative.


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mer 8 Juin 2016 05:18 
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Oui le terme de "fascisme" est galvaudé (au même titre que "privilège" ; Caesar Scipio, seriez-vous par hasard tombé sur des hurluberlus maniant le concept de "privilège blanc" ?), c'est une manière maladroite de désigner une réalité tangible : le raidissement autoritaire qui conduit à un cycle de contestation-répression amorcé par les "raisonnables", et plus précisément le PS français, qu'on peut qualifier de particulièrement zélé dans tous les aspects du phénomène. Au passage, Todd disait voilà quatre ans qu'à la fin de son mandat, en fonction de différents paramètres (attitude face à l'Allemagne, élaboration de modèles politique et économique alternatifs, en un mot de ce qui fonde une singularité et l'ébauche d'une puissance), Hollande serait soit un nain, soit un géant. Les circonstances ne pouvaient pas engendrer un quinquennat tiède typique du chiraquisme. Je crois qu'une année supplémentaire est inutile pour trancher la question...

Pour compléter ce que vous dites, Caesar Scipio, je crois utile d'apporter des données démographiques au sujet des téléspectateurs du PAF.

http://www.huffingtonpost.fr/2013/01/14/television-telespectateurs-tf1-m6-canal-plus-audience-age_n_2472000.html

J'ai pu trouver d'autres articles et tous concordent : l'âge moyen d'un téléspectateur avoisine les 50 ans, excédant ainsi de dix ans l'âge moyen de la population française.

En matière politique, voilà des années que chacun peut observer dans le PAF un conformisme tantôt lénifiant, tantôt irritant, un discours "raisonnable" porté par des débatteurs à peu près unanimes sur les grandes lignes et qu'on qualifiait dans les 90s de "pensée unique". L'incarnation absolue de cette "expertise" est celle présentée par Yves Calvi (C dans l'air). L'âge moyen de ses téléspectateurs est de 68 ans : http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/People/n/Contenus/Articles/2016/04/21/Ces-emissions-au-public-plus-age-qu-on-le-penserait-2691502

La presse écrite est bien entendu concernée par ce phénomène. J'ai ainsi pu exhumer un article du Monde révélant en 2013 les difficultés du Figaro à rajeunir son lectorat, dont l'âge moyen était estimé à 55 ans.

Ces deux exemples illustrent à mon sens le degré de défiance absolu à l'égard des médias français dans la jeunesse politisée, laquelle sait pertinemment qui en sont les propriétaires, de quelle classe sociale ils sont issus, et quels intérêts ils poursuivent par ce biais. Ce discrédit explique le succès des Soral, Chouard, Dieudonné, Jorion, Sapir, ou encore de Sautarel (Fdesouche), des médias communautaires comme Oumma.com, l'émergence de youtubeurs comme Usul et quelques autres, autant d'individus utilisant Internet comme medium de diffusion. Il y a tout lieu de penser que le phénomène s'amplifiera, avec une fracture générationnelle très marquée : d'un côté le groupe des "vieux", qui allume son poste pour entendre très exactement ce qui sert ses intérêts ; de l'autre le premier groupe, plus jeune, en butte à des problèmes structurels, qui décrit une réalité déplaisante pour le camp des "raisonnables", et qui élabore quantité des projets hétéroclites de transformation radicale.


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mer 8 Juin 2016 06:55 
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Merci Zadroblike et Scipio de vos contributions très pertinentes.

Je voudrais compléter vos propos avec Un concept intéressant qui ne me semble plus assez employé : celui de "prescripteur d'opinion".

Une définition : "Individu qui exerce une influence sur son réseau, qu’il soit familial, amical, professionnel ou encore associatif. Il a la possibilité de diffuser une information et surtout de renforcer son crédit.
Il s’agit par exemple de chefs de famille à l’échelle du foyer, de responsables associatifs à celle du quartier, de personnalités locales à l’échelon de la ville, de célébrités au niveau national ou de blogueurs sur Internet." http://www.campagnes-electorales.fr/for ... inion.html

Cette définition est insuffisante à mes yeux : j'avais entendu jadis ce terme employé pour désigner ceux qui proposent des décisions aux décideurs. Les archétypes en étaient sous la Ve République dans sa version "classique" (1958-1993) sont les médias, les intellectuels et la haute fonction publique. De sorte que la sphère du pouvoir est triangulaire si j'ose dire : les lecteurs qui votent de temps à autre, les gouvernants qui gèrent chaque jours, les "prescripteurs" qui donnent leur avis tous les jours et cherchent à influencer les deux autres groupes.

Depuis 20 ans plusieurs évolutions sont intervenues.par exemple de nouveaux prescripteurs sont apparus, comme les lobbies, jadis discrets et relativement marginaux ils sont aujourd hui plus visibles (le dîner annuel du CRIF, le rachat du Monde par P Bergé, du Figaro par Dassault) et cherchent moins à agir sur l'electeur que sur les Gouvernants. Et ils défendent souvent des principes éthiques tout à fait recevables et moins de simples intérêts particuliers. c'est l'element qui manque à Todd pour comprendre le fonctionnement de nos institutions.

Un gouvernant aujourd hui fait campagne tous les 5 ans et entre deux campagnes et soumis aux pressions quotidiennes des groupes de pression. celles ci peuvent avoir des formes agréables (dîners, voyages, ...) et mettre en avant des grands principes : la défense de la démocratie chez BHL, l'antisémitisme pour le CRIF, l'égalité par les partisans du mariage pour tous, l'emploi pour le MEDEF ou les marchands d'armes, ..on peut y ajouter le féminisme, la promotion de la diversité ethnique, etc ...

Le point central est que le Français moyen est peu intéressé par ces sujets (il peut même y être très hostile ) qui influent guère sur son vote. Mais en revanche les gouvernants sont tenus de s'y intéresser faute de quoi, les groupes de pression peuvent leur compliquer la vie (campagne de presse négative, etc ...).

C'est pourquoi nous vivons cet écart pénible entre les campagnes électorales qui pour en strictes raisons marketing correspondent à peu près aux préoccupations des Français (chômage à gauche, insécurité à droite grosso modo) et le gouvernement effectif de la France qui lui répond plus aux demandes pressantes et quotidiennes des groupes de pression.

La montée du FN peut aussi être l'UE comme un refus d'obéir aux prescripteurs d'opinion et comme une tentative (tentation archaïque de retour aux années 1960?) de de faire de l'axe électeurs/gouvernants l'axe central de la vie politique alors qu'on peut penser que pour LR et le PS (progressivement et inconsciemment) la relations prescripteur/élus est devenue essentielle.

Je souligne aussi que parmi les prescripteurs, les intellectuels et la haute fonction publique se sont affaissés...et que l'irruption d'Internet déstabilise complètement ces prescripteurs traditionnelle qu..étaient à gauche Le Monde, le nouvel Obs, etc ....

Je souligne aussi que les groupes de pression utilisent des arguments simplistes proches du slogan publicitaire. En gros critiquer les marchés financiers c'est du marxisme. Être contre le mariage pour tous c'est de l'homophobie, etc ....ces slogans ont un côté moralisateur d'ailleurs résumé à l'ennemi c'est le mal (fréquente réductio Ad Hitlerum)

Donc conclusion : pas de fascisme rose contrairement à ce que dit TODD mais un nouveau mode de gouvernance que Hollande maîtrise parfaitement dans lequel les prescripteurs et en particulier les groupes d'influence jouent un rôle clef. Et une très grande simplification des débats en termes binaires avec des références éthiques qui rendent de facto impossible tout débat ...d'où le sentiment de censure.


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Mer 8 Juin 2016 20:34 
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Wouaouh le niveau monte

Bravo à tous

Mais il vaudrait mieux avoir ce débat dans le fil sur qui gouverne la France


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 Sujet du message: Re: vers un durcissement du débat politique en Europe ?
MessagePosté: Jeu 9 Juin 2016 16:23 
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Inscription: Jeu 12 Nov 2009 22:24
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À gauche de la gauche il y a un vrai problème à admettre la différence d'opinion


http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/ ... vance.html


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