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 Sujet du message: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Mar 10 Mar 2020 21:54 
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En février 2020, Jean-Bernard Lévy répond aux questions de Cyrille Pluyette, journaliste au Figaro.


Vous plaidez pour la construction de 6 nouveaux EPR, pour un coût d'environ 45 milliards d'euros. N'est-ce pas démesuré ?
Lévy : Dans le domaine de l'énergie, les coûts de l'investissements sont bien sûr très élevés. Mais il faut rappeler que ces investissement s'amortissent sur 60 ans. La technologie EPR fonctionne bien, comme le prouve la mise en service de deux réacteurs de ce type à Taishan, en Chine.
Attendre la fin du chantier de Flammanville pour décider de la construction de nouveaux EPR, c'est prendre le risque que dans quelques années, les filières nucléaires soient le monopole de la Russie et de la Chine. Mais cette décision n'appartient pas à EDF qui appliquera les décisions du gouvernement.


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Mar 10 Mar 2020 23:52 
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Pour compléter le propos de Jean-Bernard Lévy, je cite Olivier Babeau : « Au nom de l'exemplarité écologique, nous fermons nos centrales nucléaires et nous perdons un précieux savoir-faire technologique, alors que la Chine, toujours elle, fait fonctionner des EPR dernier cri. »


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Mer 11 Mar 2020 00:42 
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Arkoline a écrit:
Pour compléter le propos de Jean-Bernard Lévy, je cite Olivier Babeau : « Au nom de l'exemplarité écologique, nous fermons nos centrales nucléaires et nous perdons un précieux savoir-faire technologique, alors que la Chine, toujours elle, fait fonctionner des EPR dernier cri. »


C'est plus compliqué, parce que les EPR chinois sont le fruit d'une joint-venture où EDF est partie prenante. Donc, on a une partie du savoir-faire. Le tissu industriel c'est un peu dissous en France. C'est l'un des problèmes. L'autre problème, et Jean-Bernard Lévy ne communique pas trop là-dessus, c'est que derrière les problèmes de Flamanville, il y a un réel problème de gouvernance, comme cela a été démontré par l'audit mené par Jean-Martin Folz. Pour ce chantier qui engage en partie l'avenir de l'entreprise, le pilotage aurait du se faire au niveau de la direction nationale de la DPN (voire au niveau de la Direction du Groupe, EDF SA), pas à 2 échelons en-dessous.

Si on prend le problème des soudures. OK, le sous-traitant n'a pas fait des soudures conformes au cahier des charges. Si l'affaire avait été bien menée, EDF l'aurait détecté dans la semaine, voire le mois, et on aurait refait les soudures tout de suite. OK, la spécification demandée était peut-être trop élevée par rapport aux besoins réels (ce qu'EDF a essayé de démontrer par la suite). Puis si le sous-traitant n'avait pas les moyens de réaliser ce type de soudures, on peut lancer un appel d'offre international. A Flamanville, EDF a demandé à plusieurs reprises la venue d'experts chinois qui ont apporté leur expérience. Par exemple, quand on a construit les bâtiments réacteurs des REP 900 MW, qui sont eux-aussi doublés par une peau en métal, on a réalisé la peau, et ensuite on a coulé le béton autour. Une fois que l'espèce de réservoir que représentait la "peau" avait été totalement réalisé et vérifié. Les experts chinois ont dit qu'eux préféraient réaliser le tout ensemble. Donc, on assemble une certaine hauteur de peau, puis on réalise les contrôles des soudures. Ensuite, on coule le béton de la section concernée, et on se lance dans la réalisation de la section suivante.

Ensuite, il y a le problème de l'évolution de la règlementation. L'idée a été de monter d'un facteur 10 le niveau de sûreté par rapport aux centrales existantes. DU coup, la règlementation a évoluée pour prendre en compte cela. Mais, pendant qu'on concevait, et qu'on commençait à construire la centrale, les normes n'étaient pas encore écrites, approuvées et diffusées ... DU coup, il a fallu parfois reprendre certains éléments qui ne correspondaient plus à la règlementation.

PS : pour télécharger le rapport, c'est ici.

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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Sam 21 Mar 2020 22:01 
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Rejeter en bloc la filière nucléaire serait une absurdité, selon Bruno Alomar. Il faut au contraire soutenir notre savoir-faire reconnu dans un contexte où l'on doit conduire une transition énergétique sans détériorer notre compétitivité.


Citation:
L'avenir de la France passe par l'atome
Par Bruno Alomar
Publié le 25 avr. 2016

Restructuration d'Areva, délais dans le contrat de la centrale britannique d'Hinkley Point, démission du directeur financier d'EDF, tous ces éléments sont inlassablement repris par les tenants de la sortie du nucléaire pour mettre en avant une prétendue mauvaise passe de la filière française. Ceux réclamant à cor et à cri la fin d'un des secteurs d'excellence de notre pays se rendent-ils compte de l'impasse idéologique dans laquelle ils s'enferrent depuis des années ? Probablement pas.
Certes, les péripéties autour de l'évolution d'Areva semblent obérer la compétitivité de notre filière sur la scène internationale, avec des retards en France et en Finlande. Toutefois, il apparaît que l'on n'a jamais eu autant besoin du nucléaire, tant au niveau national qu'au niveau mondial. La COP21, plus aboutie que les conférences l'ayant précédée mais limitée dans ses objectifs, a au moins eu le mérite d'aboutir à un accord où les participants se sont engagés, sur la base de la volonté nationale, à modifier leur secteur énergétique. Avec un objectif extrêmement ambitieux de limitation à 1,5 °C de la hausse des températures à la surface du globe, seules des unités de production électrique de forte puissance avec des émissions de gaz à effet de serre très limitées pourront apporter une réelle solution.
Les énergies renouvelables, dont l'apport est indéniable, ne peuvent s'envisager sur un plan massif, en substitution des énergies fossiles, que dans des pays ayant des systèmes économiques et sociaux très matures. En effet, le déploiement à grande échelle des renouvelables n'est viable que combiné à des solutions dites d'« efficacité énergétique » comme les réseaux électriques intelligents, les « smart grids », ou le stockage d'énergie. Si la France, l'Allemagne ou le Japon peuvent envisager de telles solutions - à moyen terme vu la maturité de certaines technologies - cela est bien plus complexe pour des pays en pleine évolution de leur mode de vie. La Chine, l'Inde, la Turquie ou l'Egypte sont ainsi loin d'être en mesure d'envisager un mix électrique 100 % renouvelable.
Il est nécessaire d'affirmer une fois encore que la solution n'est pas dans telle ou telle énergie, mais bien dans l'équilibrage des mix et l'adaptation à chaque situation, sans être aveuglé par une idéologie quelconque. C'était là le message essentiel porté par Loyola de Palacio, commissaire européen à l'Energie, en 2000, dans le livre vert « Vers une stratégie européenne de sécurité d'approvisionnement énergétique ». Ainsi, le nucléaire qui bénéficie de coûts économiques prévisibles et d'une empreinte carbone très limitée (environ 200 fois moindre que le charbon sur l'ensemble du cycle de vie de la centrale), est l'une des solutions qui doit être privilégiée selon les situations. Pour des pays recherchant des unités de production de forte puissance, capables de produire en continu pour alimenter des populations de plus en plus nombreuses et des industries en développement, le nucléaire s'impose comme une des énergies les plus intéressantes. Les gouvernements de nombreux pays ne s'y sont pas trompés. La Chine, l'Inde, la Turquie, la Jordanie, l'Egypte, le Vietnam, etc. : tous ont lancé ou relancé des programmes nucléaires avec à la clef la construction de centrales de dernière génération.
Dans ce contexte, comment positionner la filière française ? Les déboires d'Areva depuis quelques années, avec les retards de développement de l'EPR, ont limité la part de la France dans cette nouvelle vague de construction de centrales. La réorganisation de la filière, demandée depuis des années par les professionnels du secteur, est enfin en train d'avoir lieu, sous la houlette d'EDF. Celle-ci permettrait à la France de se positionner de manière crédible et unifiée face à des adversaires redoutables. Américains, Canadiens, Japonais, Russes, Sud-Coréens et bientôt Chinois, les concurrents sont nombreux et puissants.
Toutefois, notre pays dispose d'atouts importants. L'excellence du savoir-faire français dans de nombreux domaines, à commencer par celui de la sûreté, n'est plus à démontrer. Contrairement aux Etats-Unis, au Japon ou à la Russie, la France n'a jamais connu d'incident majeur, pour une bonne partie grâce à son système de contrôle étatique du réseau de centrales nucléaires. La France est un pays leader dans les développements technologiques concernant les centrales de quatrième génération avec le projet Astrid du CEA, mais aussi avec le projet Iter de fusion nucléaire, installé sur notre territoire. Enfin, la France est le pays disposant des meilleures technologies de retraitement des déchets, les grands compétiteurs étrangers venant d'ailleurs rechercher le partenariat des entreprises françaises en ce domaine.
La France dispose donc d'atouts importants dans la compétition internationale aussi bien que dans la performance environnementale de son mix énergétique. Abandonner le nucléaire, serait gâcher une filière d'excellence construite sur des décennies et casser la compétitivité nationale; pas sûr que ce soit le meilleur choix au vu de la situation économique.


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Dim 22 Mar 2020 09:59 
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Une question pour vous cher Narduccio puisque vous semblez vous y connaître : Qui a bien pu décider de multiplier par 10 les exigences de sécurité ? Pourquoi pas par 5 ou par 20 ?Spontanément j'y vois la main, soit d'ingénieurs perfectionnistes (il y en a beaucoup), soit de crypto écologistes qui veulent augmenter les coûts pour faire perdre à la filière son avantage financier ...

Anecdote personnelle : j'ai rencontré il y a peu un militant écologiste qui a reconnu que le nucléaire était tolérable au moins à titre de solution de transition en attendant les énergies nouvelles.

Pour ma part, je crois que si le climat est vraiment notre priorité, l'électro nucléaire semble alors être la solution la plus crédible. Et certainement bien préférable au charbon.


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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Dim 22 Mar 2020 15:39 
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Aigle a écrit:
Qui a bien pu décider de multiplier par 10 les exigences de sécurité ?


La réponse est relativement simple. Il faut se rappeler que l'EPR est un programme européen, ou plutôt franco-allemand, à la base. Donc, les industriels, Areva et Siemens, ainsi que leurs principaux clients potentiels, sous l’œil des autorités de sûreté françaises et allemandes et de leurs supports, l'IRSN, pour la France, et j'ignore qui pour l'Allemagne, et sous le regard des politiques des pays concernés, ont défini le cahier des charges pour l'EPR. On a tiré les enseignements de de Tchernobyl, et des déplacés, et de l'acceptation du public pour de nouvelles centrales...

Bref, de tout cela est ressorti un postulat fort. Pour la génération précédente, on "acceptait" qu'en cas d'accident grave on confine la population aux alentours le temps de relâcher des gaz radioactifs. Implicitement, on acceptait donc à ce qu'une certaine zone soit éventuellement contaminée et interdite par la suite. Là, on est monté d'un niveau, on ne veut pas de déplacés dans le cas d'un accident hypothétique. Il faut savoir que pour les générations futures, on envisage pas de rejets en dehors des zones préalablement confinées. Donc, même pour l'accident le plus grave, on ne contaminerait même pas le site. Mais, on n'en est pas encore là, car cela soulève quelques problèmes technique.

Une fois ce principe posé, il a fallu le traduire en prescriptions techniques. Déjà dans le Parc actuel, on a des tronçons dont la rupture est "hors dimensionnement", donc non prise en compte dans les scénarios. Ces tronçons d'environ 3 mètres sont renforcés et contrôlés régulièrement. Il n'est pas prévus dans nos scénarios accidentels les plus graves qu'ils soient fissurés. Dans le cas de l'EPR, on a décidé que sur ces tronçons-là, les soudures devaient être d'une qualité supérieure à celles acceptées pour le Parc actuel. Qui "on" ? Je ne sais pas. Donc, cela a été intégré au cahier des charges soumis à l'ASN.

Il faut comprendre que pour les nouveaux réacteurs, le Code de l'Environnement prescrit des principes généraux, par exemple, il ne doit pas y avoir des conséquences inacceptables lors d'un accident. L'ASN décline ensuite ce qui découle des principes de la loi. Les industriels présentent un cahier des charges qui se doit de répondre aux attendus du Code de l'Environnement. Et l'ASN demande à son appui technique et scientifique, l'IRSN son avis sur le respect du cahier des charges vis-à-vis des principes du Code de l'Environnement. Quand le cahier des charges est accepté, l'industriel doit se conformer à celui-ci pour obtenir l'autorisation de fonctionnement, qui est valable 10 ans, mais qui peut être suspendue à tout moment si l'ASN constate que la sûreté nucléaire est menacée.

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 Sujet du message: Re: Quel avenir pour le nucléaire ?
MessagePosté: Dim 22 Mar 2020 16:02 
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Merci de cette explication qui met en son centre un détail absurde : Tchernobyl ...qui était un réacteur dont la conception et la gestion n'avait aucun lien avec ce qu'on trouve dans les pays capitalistes.... Faire un lien entre Tchernobyl et nos centrales revient en fait à discréditer toute notre filière électro nucléaire .

Vous soulignez à juste titre l'impact de Siemens. Il est clair que vouloir faire du nucléaire avec un pays voué au culte du dieu charbon depuis 175 ans était pour le moins hasardeux .... :?

Quand on pense que la route tue 3500 personnes par ans .... :roll:


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