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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Lun 16 Jan 2017 21:22 
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Il est évident depuis fort longtemps que Trump est tout sauf un idiot.

C'est quelqu'un d'extrêmement habile, lucide, et qui voit loin.

Il l'avait déjà démontré dans le milieu des affaires où il a su échapper à la faillite où ses investissements pharaoniques auraient dû le faire tomber. Il a su nouer des contacts politiques avec les deux camps, oscillant tantôt du côté des républicains (Reagan dans les années 1980 puis de nouveau à partir de l'élection d'Obama et de l'affaire du certificat de naissance), les démocrates entre les deux.

Il l'a montré pendant sa campagne présidentielle en écartant la stratégie perdante de la segmentation communautariste de l'électorat en jouant le peuple contre les élites globalisées et la mondialisation sans frontières.

Si on recherche ses déclarations publiques en matière de politique étrangère et de défense, on en retrouve une 1ère très significative, qui remonte à ... 1987, et qui est très cohérente avec le discours qu'on l'a vu tenir depuis sa campagne électorale de 2016. Il y était partisan d'une politique de désarmement nucléaire (non pas supprimer mais réduire drastiquement les arsenaux nucléaires) et de coopération avec l'URSS de Gorbatchev.

Il faut donc distinguer la forme du fond.

Sur la forme, Trump est un provocateur qui joue le briseur de tabous : l'américain franc du collier qui dit crûment les choses qu'il pense. Pas besoin de décrypter ses propos. Ils sont faits pour être compris sans l'ombre d'un doute, pour mettre la pression sur ses interlocuteurs afin de les placer sous l'observation des opinions publiques, lesquelles ne peuvent être mises efficacement de son côté que si elles comprennent clairement les enjeux (certes formulés par Trump, selon sa vision des intérêts de son pays et des intérêts de ceux avec lesquels il veut conclure des accords).

Sur le fond, Trump veut rompre avec l'agenda impérial et globaliste dans lequel Bush senior avait engagé les USA et auquel les Clintons s'étaient ralliés dès 1993. Non pas que Trump soit pacifiste et isolationniste. Trump incarne le retour d'un nationalisme populaire (ou populiste si l'on veut), par opposition à un impérialisme élitiste et transnational. Il est la figure de proue des personnes qui, aux USA, pensent que leur pays a pris un mauvais tournant à la fin de la guerre froide. Ils pensent que l'évolution de leur pays depuis Bush senior est mauvaise pour l'intérêt national et/ou pour leur intérêt économique et social (encore que le choix de délocaliser les usines américaines à l'étranger pour qu'elles puissent réexporter leurs produits vers les USA avec une plus forte marge ait été initié sous Reagan).

Sur l'aspect stratégie internationale, ces gens et toute une partie de l'appareil d'Etat US pensent que la stratégie de la guerre perpétuelle et tous azimuts, y compris contre des grandes puissances nucléaires, est une impasse. Une impasse qui au mieux achèverait de ruiner les USA et qui au pire conduirait à une défaite cinglante voire à une apocalypse nucléaire. Leur but est donc de revenir à une diplomatie plus réaliste dans lequel les USA se contenteraient d'œuvre à maintenir ou à établir un équilibre des puissances qui leur reste très favorable (après tout, ils ne pèsent que 4,5% de la population mondiale).
Leur but, à moyen terme, est aussi d'enrayer une dynamique qui leur est actuellement tes défavorable : je fais référence à la construction d'un axe eurasien, provoquée par les excès des poussées impérialistes des USA, qui ramènerait les USA à un isolement sur leur continent périphérique au plan géographique comme au plan démographique (les Amériques ne pèsent même pas un septième de la population mondiale).

Le but de Trump et de ceux qui partagent cette stratégie est de réintégrer la Russie dans la communauté des puissances occidentales en cessant d'encercler la Russie, en cessant de tenter de la déstabiliser et d'en détacher les marges, afin d'éloigner la Russie de la Chine (en jouant sur la crainte évidente des russes à l'égard des appétits chinois pour l'Extrême-Orient russe, très riche en matières premières et très peu peuplé) et de contenir ainsi la montée en puissance de la Chine.

Continuer à vouloir affaiblir la Russie un quart de siècle après la fin de la guerre froide n'est pas absurde dans l'absolu. Il est logique qu'un hegemon veuille diviser toujours plus pour régner toujours plus, notamment quand la cible dispose de richesses incomparables en matières premières. Mais c'est dans le cas d'espèce absurde et suicidaire parce que le vrai rival, à terme très supérieur aux USA, c'est la Chine, 4 fois et demi plus peuplée que les USA et déjà devenue l'usine du monde. Et surtout, si la Russie (qui ne compte que 145 millions d'habitants surtout concentrés dans la partie ouest de son gigantesque territoire) s'effondrait, qui serait le mieux placé pour récupérer la mise ? Il suffit de regarder une carte ou une mappemonde pour que la réponse univoque s'impose : pas les USA mais la Chine. Voire et dans une moindre mesure, pour la partie ouest de la Russie, une MittelEuropa sous hégémonie allemande.

Lisez certains sites russes publiant en anglais et vous y trouverez certaines voix exprimant les inquiétudes des russes vis-à-vis de la Chine.

Et pour ceux qui auraient des doutes, les dernières déclarations fracassantes de Trump sur l'Allemagne et l'UE devraient balayer ces doutes définitivement.

La pensée stratégique de Trump et de ceux qui le conseillent est limpide.

Ils ne veulent ni hégémonie chinoise sur l'Asie. Et sur ce plan il y aura continuité avec la politique engagée depuis les années 2000 visant à essayer de former un partenariat stratégique avec l'Inde (qui se trouve avoir de nombreuses coopérations avec la Russie) pour l'embrigadèrent dans une coalition visant à encercler la Chine (Inde, Japon et Russie). C'est là qu'est le vrai et majeur risque de conflit.

Et accessoirement ils ne veulent pas d'hégémonie allemande sur l'Europe continentale parce qu'ils connaissent très bien les allemands qui jouent le même jeu qu'eux : le jeu des cartels à intégration verticale pour verrouiller l'accès à des marchés rendus captifs selon les bonnes vieilles approches mercantilistes. Depuis 15 ans, les industriels allemands détruisent méthodiquement leurs grands concurrents européens.

Il y a juste un point incohérent dans la stratégie affichée par Trump : c'est la position dure envers l'Iran.
Jamais la Russie ne conclura un accord qui comporterait un lâchage de l'Iran. Je suppose que cette position de Trump est liée autant à une nécessité de politique intérieure (se concilier le lobby israélien) que de politique étrangère (donner malgré tout des gages aux pétromonarchies sunnites du golfe). Mais j'estime à ce stade qu'il va hiérarchiser et qu'il voudra un deal avec la Russie.

Sur le plan économique, je ne développe pas autant. Trump et ceux qui le conseillent pensent que les fondements d'une très grande puissance sont économiques. Il faut une base productive très puissante et diversifiée sur le territoire national. Or la globalisation des grandes entreprises américaines et des sources d'approvisionnement du pays a terriblement affaibli la base productive nationale. Non seulement elle a miné les fondements de la puissance américaine mais elle a en outre rendu le pays très vulnérable car dépendant de sources d'approvisionnement distantes et excessivement localisés ... en Chine !

Il se trouve par ailleurs et enfin que cet intérêt stratégique fondamental rencontre les préoccupations d'emploi des classes populaires et moyennes américaines. On ne peut pas durablement faire tenir une économie de superpuissance sur d'un côté une micro-élite d'ingénieurs, de cadres supérieurs d'entreprises globalisées et de financiers construisant des châteaux sur des nuages, et de l'autre côté une masse de jobs sous-qualifiés et sous payés dans les services.

En résumé, Trump veut davantage défendre les intérêts de son pays que celui des élites impériales américaines qui ont dépassé le cadre national pour promouvoir une vision et des intérêts globalisés auxquels ils sont peers à sacrifier les intérêts des USA.


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Lun 16 Jan 2017 23:27 
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Merci pour votre exposé si complet qu'il faudra que je relise, car l'âge aidant mon Q.I. n'augmente pas :roll: . Mais "ces intérêts globalisés" dont vous parlez, ce sont les banques de Wall Street pour faire simple ? Mais justement Trump est lui même un milliardaire et a avec lui des gens de Goldman Sachs. Alors, y a-t-il une césure entre les banquiers américains pour leur vision de la politique nationale et mondiale :?:

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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Mar 17 Jan 2017 08:03 
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Je pense que c'est moins tranché que cela pour la finance et même que c'est mouvant.

Les méga-banques commerciales (telles Bank of America et JP Morgan Chase) et les grosses compagnies d'assurance restent foncièrement très dépendantes du marché américain (où elles font l'essentiel de leur activité) et de la garantie du trésor américain. En revanche, côté banques d'affaires en fonds d'investissement, l'activité est beaucoup plus globalisée. Ces conditions déterminent assez largement les engagements politiques et les éventuels revirements politiques.

En revanche, le secteur de la technologie est très nettement engagé en faveur des démocrates, d'une approche globaliste post-nationale. Même chose pour Hollywood dont la clientèle c'est la planète entière.

Le complexe militaro-industriel est aussi massivement engagé en faveur d'une approche impériale et, pour des raisons évidentes, belliciste.

Pour le secteur de l'énergie, c'est contrasté. Les USA sont un très grand producteur d'énergie. Ils ont certes des géants de l'extraction et de la distribution qui opèrent sur toute la planète et notamment dans le golfe. Mais ces géants font des stratégies d'investissement sur une génération (vu le poids énorme des investissements dans leur activité) et préparent donc aussi l'après-pétrole.

Bref, les financeurs et les puissances d'influence ont certes a priori des idées mais ils ont aussi des intérêts économiques. Et il leur arrive de concilier l'un avec l'autre, et d'ajuster les unes en fonction des autres.


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Mar 17 Jan 2017 20:08 
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Caesar Scipio a écrit:
Le but de Trump et de ceux qui partagent cette stratégie est de réintégrer la Russie dans la communauté des puissances occidentales en cessant d'encercler la Russie, en cessant de tenter de la déstabiliser et d'en détacher les marges, afin d'éloigner la Russie de la Chine (en jouant sur la crainte évidente des russes à l'égard des appétits chinois pour l'Extrême-Orient russe, très riche en matières premières et très peu peuplé) et de contenir ainsi la montée en puissance de la Chine.

Continuer à vouloir affaiblir la Russie un quart de siècle après la fin de la guerre froide n'est pas absurde dans l'absolu. Il est logique qu'un hegemon veuille diviser toujours plus pour régner toujours plus, notamment quand la cible dispose de richesses incomparables en matières premières. Mais c'est dans le cas d'espèce absurde et suicidaire parce que le vrai rival, à terme très supérieur aux USA, c'est la Chine, 4 fois et demi plus peuplée que les USA et déjà devenue l'usine du monde. Et surtout, si la Russie (qui ne compte que 145 millions d'habitants surtout concentrés dans la partie ouest de son gigantesque territoire) s'effondrait, qui serait le mieux placé pour récupérer la mise ? Il suffit de regarder une carte ou une mappemonde pour que la réponse univoque s'impose : pas les USA mais la Chine. Voire et dans une moindre mesure, pour la partie ouest de la Russie, une MittelEuropa sous hégémonie allemande.
(...)
Ils ne veulent ni hégémonie chinoise sur l'Asie. Et sur ce plan il y aura continuité avec la politique engagée depuis les années 2000 visant à essayer de former un partenariat stratégique avec l'Inde (qui se trouve avoir de nombreuses coopérations avec la Russie) pour l'embrigadèrent dans une coalition visant à encercler la Chine (Inde, Japon et Russie). C'est là qu'est le vrai et majeur risque de conflit.

Et accessoirement ils ne veulent pas d'hégémonie allemande sur l'Europe continentale parce qu'ils connaissent très bien les allemands qui jouent le même jeu qu'eux : le jeu des cartels à intégration verticale pour verrouiller l'accès à des marchés rendus captifs selon les bonnes vieilles approches mercantilistes. Depuis 15 ans, les industriels allemands détruisent méthodiquement leurs grands concurrents européens.

Militairement parlant, pour les États-Unis, l'Europe est un allié aux petits bras. Économiquement parlant, c'est plus un concurrent qu'un partenaire.
En se tournant vers la Chine et la Russie, il y aurait effectivement là une certaine logique qui a manqué aux États-Unis au cours des dernières 25 années...
Les États-Unis sont une puissance maritime, qui a globalement repris le rôle joué jadis par la Grande Bretagne. Mais, les temps ont bien changé : en cas de gros coup dur, une vraie guerre contre la Russie ou la Chine est perdue d'avance... A moins de commencer à jouer avec des bombes nucléaires ou autres armements diaboliques qui ne feraient que mener le monde à la catastrophe finale.
Donc, oui, il y a une certaine logique à vouloir ménager la Russie et la Chine, même si - fondamentalement - on les aime pas trop...

Quant à en faire des partenaires... Je suis bien persuadé depuis longtemps que les Américains sont fatigués du fardeau que représente le Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien, les guerres civiles (Irak, Syrie, Afghanistan...) et autres casse-têtes insolubles. C'est un boulet qu'ils voudraient bien refiler aux Européens mais, comme je l'ai déjà expliqué souvent, les Européens sont déjà à peine capables de se défendre tous seuls et de sortir d'une crise économique qu'ils entretiennent depuis des années... Imaginer qu'ils se lanceraient demain dans un vaste projet ruineux pour faire le ménage au Moyen-Orient, ça relève du domaine de la chimère.
On refilera donc la patate chaude aux Russes et aux puissances locales comme la Turquie et l'Iran.


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Mer 18 Jan 2017 11:41 
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L'Europe n'est pas seulement un concurrent comme un autre pour les USA. Elle est aussi et surtout, parce qu'elle est composée de nations parlant des langues différentes, le principal soutien des groupes mondialisés américains. Il n'y a pas de Google européen, d'Amazon européen, d'Apple européen, ... etc. C'est le fait que l'UE soit un terrain de chasse libre pour les grandes multinationales américaines des nouvelles technologies et du cinéma qui donne une réalité concrète, sur le plan économique, à la notion d'un occident dont la tête se trouve aux USA.

C'est essentiellement l'Europe, chasse gardée de nombreuses multinationales américaines, qui permet aux USA de faire le poids face aux géants démographiques que sont la Chine et l'Inde. L'Amérique anglo-saxonne (les USA et l'annexe du Canada), pèse seulement 360 millions d'habitants (soit 5% de la population mondiale. Ajoutez-y l'UE (qui n'est pas tout à fait la totalité de l'Europe) et vous tangentez les 900 millions d'habitants qui sont des consommateurs dont le niveau de vie moyen reste nettement plus élevé que celui des 1,35 milliard de chinois et des 1,25 milliard d'indiens. Alors bien sûr, il n'y a pas que l'Europe qui est actuellement dans l'orbite économique et politique américaine. Une part importante de l'Afrique et de l'Asie du sud-est est dans une certaine mesure dans l'orbite américaine, mais dans cette arrière-cour là, la Chine trouve une place grandissante avec ses divers outils de soft power (notamment la BAD). Ca tangue sérieusement du côté des Philippines et du Vietnam.

En résumé, les USA auraient grand tort de se couper de l'Europe et de traiter les européens comme de simples rivaux commerciaux parce que c'est principalement le fait que l'Europe ait été le terrain de chasse privilégié des grandes multinationales américaines qui a permis à ces dernières de fixer les standards dominant encore largement l'économie mondiale. Et une part considérable de la valeur ajoutée réside dans la capacité à définir et à imposer ses propres standards. Si on divise par 2 le nombre de consommateurs payant les diverses droits de péage aux multinationales américaines, c'est la fin des haricots pour des pans entiers de l'économie américaine.


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Mer 18 Jan 2017 22:06 
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S'il abandonne le concept de la Chine Unique, il aura du mal à devenir l'alliée de la Chine ...

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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Mer 18 Jan 2017 22:27 
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Trump ne veut pas devenir l'allié de la Chine.

Il veut contenir la Chine dont il estime qu'on lui a fait des conditions trop favorables et qu'elle a trop exclusivement profité de la globalisation.

Sur ce plan, Trump est dans la continuité du tournant amorcé sous Bush junior et amplifié par le duo Obama-Clinton avec son pivot vers l'Asie qui vise à encercler la Chine et éviter que les pays d'Asie de l'est et du sud-est basculent trop dans l'orbite économique chinoise (d'où la tentative du TPP).

En gros, Trump incarne l'école réaliste dure. Sa stratégie diplomatique c'est du Kissinger sans le raffinement. Dans les années 1970, les USA ont joué le partenariat avec la Chine pour mieux contenir et affaiblir l'URSS. Maintenant, changement de pied : construire un partenariat avec notamment l'Inde, le Japon et la Russie pour contenir la Chine.

C'est plutôt Brzezinski, resté bloqué dans les années 1990, qui continue de penser qu'il faut maintenir le duopole sino-américain. Trump est la figure de proue qui pensent que le duopole USA-Chine est devenu un jeu perdant-gagnant, le perdant étant les USA.


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Sam 21 Jan 2017 15:11 
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votre raisonnement se tient... Les USA auront du mal à s'opposer durablement à la fois à la Russie et à la Chine, et il n'est pas choquant de penser que l'adversaire le plus dangereux est la Chine.

Reste à voir si le gouvernement des mimils (milliardaires - militaires) va effectivement mettre en oeuvre cette stratégie. Il semble que les déclarations au Sénat de Mattis et Tillerson étaient assez peu pro-russes, mais c'est peut-être un simple affichage de circonstance.


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Ven 27 Jan 2017 14:46 
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Une très bonne analyse de la vacuité des opposants à Trump. En mettant au premier rang les problèmes existentiels des bobos urbains des deux côtes, on passe à côté du cœur du message de Trump. "It's the economy, stupid"

" Mais dans ces rassemblements on aurait attendu des banderoles contre les orientations Goldman-Sachs-friendly de l'équipe Trump. On n'en a pas vu. En revanche, on a vu (à Washington, Los Angeles, Montréal, Londres, Paris, Berlin, Sydney...) des pancartes ainsi libellées : "My voice, my story, my body !". "Ma voix", "mon histoire", "mon corps" ? quel rapport avec le politique ?

Tout est centré désormais sur le sexuel et le subjectif. Si l'on doit combattre le nouveau gouvernement américain, c'est pour une seule raison : il sera "anti-femmes et anti-LGBT"... Qu'est-ce qui permet de le prédire ? Rien. Mais la gauche occidentale s'est recroquevillée sur les questions de moeurs, après avoir déserté le politique et l'économique en se ralliant au néolibéralisme.

Le "grand mouvement anti-Trump" dont se gargarisent les médias n'est donc pas un mouvement de contestation politique : c'est un mouvement "d'émotions". La mobilisation s'est faite sur Twitter, comme le vote Trump s'était catalysé sur Twitter ; et le vote Trump non plus n'a pas été un vote "politique" mais, comme le note le conservateur Scruton, un vote d'humeurs et d'émotions : humeurs et émotions inverses - donc symétriques - de celles des bobos qui soutenaient Mme Clinton.

Les électeurs de Trump vont se rendre compte qu'ils ont été fucked, comme dirait leur héros. Le grandiose avènement du Populisme "pour le millénaire à venir" (sic) dissimulait le triomphe de Wall Street ; l'establishment financier restait gagnant quel que soit l'élu. Ces électeurs se rendront-ils compte que leurs émotions en 140 signes - sur lesquelles tweeting Donald a surfé - n'étaient qu'une réaction [*] aux émotions en 140 signes du camp d'en face : ces libéraux urbains qu'ils détestent ? Le "Great Again" des électeurs de l'Amérique profonde n'a pas plus de substance politique que l'arc-en-ciel coiffé d'un pussy hat.

Revenons au mouvement Nasty Women qui électrise nos chaînes d'info. Pour cerner sa nature et comprendre la dégénérescence finale des idéaux de gauche en sexomanie queer, prenez le dernier Michéa (Notre ennemi le capital, Climats) page 225 :

<< Si le prolétariat indigène ou la paysannerie locale en venaient à décevoir les espérances intellectuelles qui s'étaient portées sur eux, un autre groupe élu ne manquerait pas de prendre aussitôt la relève, qu'il s'agisse des immigrés, de la jeunesse, des femmes, du lumpenproletariat ou même, comme chez Judith Butler, des drag-queens. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tant d'intellectuels de gauche en concluent si allègrement, aujourd'hui, que "le peuple n'existe pas"... Entendons par là que seuls importent à leurs yeux la Théorie juste et ses gardiens autoproclamés. >>

http://plunkett.hautetfort.com/archive/ ... .html#more


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 Sujet du message: Re: TRUMP : que fera-t-il ?
MessagePosté: Ven 27 Jan 2017 15:06 
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2 millions "d'émotifs" dans la rue, .... désolé, mais cela devient un fait politique. Il est facile de nier, dénigrer, réduire la portée de l'évènement, mais aucun président n'a été autant contesté à sa prise de pouvoir. C'est un fait, et il pèsera sur la vie politique des USA.

On peut faire un parallèle pour comprendre pourquoi cela aura un impact. Quand Sarkozy a été élu, en 2007, il a culminé dans les sondages. Sans vérifier, il me semble qu'il a même atteint et dépassé les 70%. Dans son camp, et même au-delà, tout le monde était sarkosiste. Puis, petit à petit, sa côte de popularité a baissée, et certains de ses très grands amis ont sembler se souvenir qu'ils n'avaient pas toujours été en accord avec ses propositions... C'est la dure loi du microcosme. C'est ce qui attend Trump. Pour l'instant de nombreuses personnes ont avalé le fait qu'il a été élu, dont des gens qui sont censé être du même bord politique. Tout le personnel politique des républicains et affiliés semble unit derrière sa bannière. Cela va durer combien de temps ?

Il ne faut pas oublier que si le système américain donne de nombreux pouvoirs au Président, il n'a pas le droit de légiférer et qu'il doit rendre des comptes au Sénat et à la chambre des représentants. Cela fait au moins 4 ans qu'il y avait une forte opposition entre l’exécutif et le législatif. Ce qui a bloqué pas mal de choses. Selon les courbes des sondages, ce blocage peut perdurer ou n'être levé que durant une très courte période

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