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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 06:52 
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Artigas a écrit:
Pourtant il y'a des musulmans intégrés, qui font leur vie sans déranger personne: en somme dès que vous êtes musulman, vous êtes forcément devenu un ennemi à abattre.

Je ne pense pas que ce soit exact.
La formulation suivante pourrait être plus conforme à la réalité :
Citation:
Pourtant il y'a des musulmans intégrés, qui font leur vie sans déranger personne: en somme dès que vous êtes musulman, vous êtes forcement un extrémiste potentiel sans pour cela en devenir un.

Sachant que :
- c’est une certaine interprétation des préceptes religieux qui conduit à l’extrémisme, qui peut prévoir ces interprétations ?
- cela peut se produire pour toutes les religions, ou même pour des athées, mais avec une probabilité plus ou moins forte.

Chaque individu sur terre peut devenir un meurtrier, nul n’est exclu, c’est une question de contexte et de probabilité.
Pour les meurtres on recherche toujours le mobile indépendamment des apparences de comportement.
Il faut éviter d'avoir un mobile qui peut déclencher le passage à l'acte.
Les guerres les plus meurtrières sont faites par un bon nombre d’individus qui ne tueraient pas une mouche.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 07:53 
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L’interprétation des préceptes religieux n’est peut être pas le point le plus délicat, c’est la perception des situations qui est plus difficile à cerner.
Comment faire la distinction entre un jihad défensif admis et un jihad offensif critiquable ?
Les dits extrémistes sont probablement convaincus de pratiquer un jihad défensif de paix sur le long terme ? (c'est ce que j'ai cru comprendre à la lecture de certaines discussions sur certains forum)
Objectivement, qui a raison ?


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 08:27 
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Tout le monde. Les djihadistes engagent une lutte armée pour dominer des non djihadistes, ces derniers résistent pour ne pas être dominés par les djihadistes. C'est comme lutter pour un pâturage ou une vendetta, chacun trouve des arguments pour combattre, faute de quoi les guerres cessent.

Disons que la résistance des populations agressées semble plus légitime que, d'une part, le projet totalitaire (salafisme) et, d'autre part, les accomplissements égoïstes ("je pille, je joue, je terrorise, je domine, j'accumule") des djihadistes.

Ces accomplissements égoïstes ayant sapé le communisme en dépit d'un projet totalitaire plus séduisant, je ne vois pas comment le djihadisme sunnite actuel peut s'en sortir. Le salafisme et ses adaptations partisanes (wahhabisme, Frères musulmans, talibans, Boko Haram...) ne seront pas seuls à en pâtir, c'est l'honorabilité même de l'islam qui est atteinte, dans et hors de cette religion, tout comme le communisme crapuleux a déshonoré le marxisme.

Je pense qu'à long terme croîtra en Orient des réformes ou un athéisme anti-musulmans comme crurent des réformes et un athéisme anti-catholique en Occident, en raison de formes totalitaires du catholicisme (croisades, et pas seulement celles d'Orient, inquisition, guerres de religions). Le sunnisme est en première ligne.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 11:37 
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Je n'y crois pas du tout avant un très très long terme qu'on n'aura hélas peut être jamais le temps d'atteindre.

Geopolis, vous avez selon moi une vision trop enrocentriste. Vous raisonnez comme si les cadres culturels et mentaux dans le monde arabo-musulman, ou dans le monde indien d'ailleurs (il ne s'agit pas d'une exclusivité du monde arabo-musulman) étaient les mêmes que ceux des européens occidentaux. Or ce n'est pas le cas. L'effondrement de la croyance et de la pratique religieuse est une spécificité européenne. Si en Europe la pensée dominante oppose modernité et croyance religieuse, cette opposition est au contraire inconcevable d'autres aires culturelles. Ce qu'on a quand même constaté ces dernières décennies, c'est le grand retour du religieux comme critère identitaire central dans un tas de régions du monde.

Il y a bien sûr un phénomène de syncrétisme, l'identité religieuse acceptant progressivement des éléments de modernité. Cela passe aussi bien par le salon de la mode islamique, voire à la lingerie fine islamique avec des femmes toujours voilées de noir de la tête aux pieds mais équipées en dessous des tenues affriolantes que je laisse à chacun le soin d'imaginer, que par l'usage remarquablement professionnel des moyens modernes de communication par les djihadistes. Mais en même temps, cela n'empêche pas les violences, les pogroms et discriminations contre les minorités religieuses (que les musulmans sunnites soient les bourreaux dans le monde arabe ou qu'ils soient les victimes en Inde) ou contre les pas assez rigoristes.

Le djihadisme conduit par des sociopathes porte certes atteinte à l'image et à l'honorabilité de l'Islam, ... et encore, pas pour tout le monde puisqu'il suscite des soutiens et des adhésions. Mais le djihadisme partage les mêmes objectifs que les autorités pacifiques de l'Islam : le triomphe de l'Islam.

Quelle voix de poids, dans le monde musulman, prone vraiment le respect de la liberté de croire autrement avec toutes ses implications, le droit de ne pas croire, et plus osé encore, le droit de cesser de croire ou de changer de croyance (la fameuse aposthasie) ?

Personne de poids à ma connaissance. Personne n'ose relativiser la religion, admettre qu'il y a une liberté d'opinion religieuse. On en revient au problème du marqueur d'identité immense, fondamental, de l'Islam dans le monde arabo-musulman. Il y avait une identité persane avant l'Islam, suffisamment forte, et de suffisamment haute culture, pour qu'il en reste quelque chose de très fort et d'autonome capable d'offrir un levier à la société civile pour faire prévaloir un libéralisme qui y triomphera. Je suis très optimiste pour la société iranienne comme on peut globalement l'être pour les sociétés musulmanes d'Asie du sud-est.

En revanche, l'Islam arabe comme d'ailleurs l'Islam pakistanais a pris racine sur un terreau beaucoup moins favorable au libéralisme.

Je pense que s'agissant des arabes, le problème est que la notion même d'arabité, la conscience arabe, a été définie par l'Islam et lui est quasi-consubstantielle. En disant cela, je n'ignore évidemment pas qu'il y a des arabes chrétiens et qu'il y avait davantage d'arabes chrétiens avant l'Islam et aux premiers siècles de l'Islam. Mais la puissance intrinsèque de l'Islam me semble avoir plongé beaucoup plus profondément ses racines et ses prescriptions originelles dans ce qu'on appelle le monde arabe. C'est là que cela s'est produit. C'est là que des migrations importantes ont eu lieu. C'est là que le vernis de colonisation gréco-romaine a progressivement largement été dissout.

Vous espérez que la modernité et les aspirations individualistes rattraperont le monde arabo-musulman.

J'aimerais bien sûr que cela se produise. Mais pour cela, il faudrait que la situation économique du plus grand nombre s'y améliore. Or ce n'est pas le cas et cela ne risque pas d'être le cas à terme. Au final, ces pays n'ont pas trouvé de ressort pérenne de développement. Le jour où les puits de pétrole s'assécheront ou qu'on en aura moins besoin parce que la part des énergies alternatives croitra fortement, ce sera le chaos et une violence obscurantiste bien plus forts qu'aujourd'hui.

Et d'ores et déjà, c'est le choc avec la modernité qui suscite la violence par réaction. La modernité fait une armée de losers, ceux qui se rattachaient aux référents traditionnels, aux modes de fonctionnement traditionnels. Les garçons paresseux ou illetrés d'abord (doù la violence faite aux femmes, c'est le seul pouvoir qui leur reste). Les autorités religieuses aussi : elles ne veulent pas perdre le pouvoir qu'elles exercent sur leurs fidèles obligés, se retrouver dans la situation des ecclésiastiques ouest-européens avec des églises vides et des medias et des amuseurs enfants de Voltaire qui les moquent.

Et malheureusement,¨dans les pays d'Europe occidentale qui en théorie auraient pu et dû faire émerger un Islam des Lumières, les faiseurs d'opinion prèchent depuis des décennies le relativisme culturel, la haine de soi, l'acceptation des différences, bref, ont cassé la machine à assimiler qui faisait que les migrants de culture différentes acceptaient de s'assimiler ou bien repartaient.

Et quand la situation économique est mauvaise, que c'est parti pour durer et même pour empirer, alors il y a peu de chances que les gens évoluent vers plus de libéralisme sociétal et culturel.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 11:47 
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Citation:
Attention, j'entends par capitalisme toute tentative de concentrer des capitaux et des moyens de production pour diminuer les coûts marginaux de production, ce en quoi Henri le Navigateur ou Staline étaient capitalistes.

Vous faites bien de préciser votre définition du capitalisme. Pour en déduire :
Citation:
Alors, le communisme est 1) capitaliste comme concentrant les capitaux et moyens de productions, 2) rejetant le capitalisme privé et 3) antilibéral. Son unique avantage idéologique me paraît basé sur l'héritage égalitariste, progressiste et utopiste du christianisme, et encore n'est-ce un avantage que dans un monde chrétien, à la rigueur dans un cadre taoïste spécifique à l'Histoire des Han (Mao) avec toutes les adaptations culturelles requises, ou par opportunisme politique dans le cadre de guerres d'indépendance et d'émancipation communautaires (anticolonialisme, anti-américanisme, baasisme, panarabisme, OLP, rébellions marxistes-léninistes ou marxisantes, etc.).

L'avantage du communisme est de permettre aux masses prolétaires d'envisager d'accéder au confort bourgeois, son incohérence restant de le leur interdire par tous les moyens possibles et imaginés (tandis que le libéralisme le leur a conféré sans le leur promettre).


Mais avec une définition aussi restreinte du communisme j'ai peur que vous perdiez en analyse. Disons que le communisme (soviétique par exemple) est au marxisme ce que le salafisme est à l'Islam : une interprétation, un prétexte, etc... ne pas confondre la partie pour le tout, jusque là, je pense que vous serez d'accord.
Ensuite, en déduire que le communisme n'est qu'un capitalisme antilibéral et nationalisé, c'est manquer quelques préceptes marxiste. D'autant que vous n'y voyait plus qu'un avantage promis aux classes prolétaire concernant des conditions matérielles.
Et c'est bien là l'erreur, puisque l'égalité entre hommes n'est pas une valeur sur laquelle se fonde le marxisme en premier lieu. Autrement dit, l'égalité n'est pas la condition morale à partir de laquelle découle toute la théorie marxiste.
L'égalité est, dans la conception marxiste, une valeur qui apparaît en bout de raisonnement, pour sceller les rapports de forces. Car toute l'analyse marxiste repose sur le constat théorisé du capitalisme qui, en décrivant les moyens de productions comme concentré entre les mains d'un entrepreneur, peut se permettre d’enrôler des forces de productions. Ce rapport de force asymétrique permet, selon la théorie, une aliénation du prolétariat. C'est donc en vue de rétablir le rapport de force que le principe égalitaire est revendiqué. Ensuite bien sûr, le marxiste recommande de redistribuer les cartes des outils de production. Et c'est bien sûr la seule condition qui tienne pour les communismes réalisés qui ont sapés les principes premiers au dernier degré.

Je maintiens donc toujours que l'avantage idéologique du communisme provenait aussi de son rejet naturel du capitalisme. Puis préciser : puisque qu'il en fait la critique des rapports de forces.

Citation:
Non, la faiblesse relative de l'islam par rapport au communisme est d'annoncer une inégalité sociale entre les hommes

Du coup cette vue ne tient plus à partir du moment où bon nombre d’exégèses marquent un point d'honneur à faire remarquer que l'autorité première découle d'Allah, en dessous duquel tous les hommes peuvent apparaître égaux. Mais là encore, il faut repréciser qu'Islam n'est pas salafisme, tout comme communisme n'est pas marxisme. Et je ne connais pas l'ensemble de toutes les exégèses de l'Islam pour pouvoir affirmer si oui ou non il existe des courants mettant en avant ce principe d'égalité. Mais rien ne l'en empêche.

Citation:
sans compter que, dans les faits, les communautés musulmanes demeurent passablement claniques et ont historiquement ajouté d'autres inégalités fondées sur les généalogies paternelles directes car le communisme accompagnait de manière incohérente mais effective des inégalités généalogiques - dynasties, népotisme -, partisanes ou communautaires

Ces institutions sociales sont assez intéressante à l'analyse. J'attends par ailleurs avec impatience la parution du tome 2 d'Emmanuel Todd pour venir rafraîchir la pensé sur ce sujet.

Citation:
Uniquement à cause du matérialisme athée communiste, l'Afghanistan y ajoutant une réaction aux renversements des féodalités patriarcales, phallocrates et tribales.

Pas uniquement non, une vue du terroir préexiste dans l'Islam afghan, incompatible avec le productivisme communiste. La paysannerie afghane induit bien sûr beaucoup d'autres concepts expliquant ce refus du communisme, mais en faire la liste exhaustive ne me parait pas nécessaire (et j'en serait parfaitement incapable).

Citation:
Je ne sais si nos sociétés modernes génèrent plus de violences interpersonnelles que celles des cueilleurs-chasseurs, des cavaliers nomades ou des agriculteurs blottis dans leurs villages plus ou moins fortifiés.

C'est bien pour cela que je précisais en tout début que je me situais à une petite échelle, de temps bien sûr.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 12:04 
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Inscription: Ven 17 Aoû 2012 04:37
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Citation:
Cela passe aussi bien par le salon de la mode islamique, voire à la lingerie fine islamique avec des femmes toujours voilées de noir de la tête aux pieds mais équipées en dessous des tenues affriolantes que je laisse à chacun le soin d'imaginer

Citation:
Le jour où les puits de pétrole s'assécheront ou qu'on en aura moins besoin parce que la part des énergies alternatives croitra fortement, ce sera le chaos et une violence obscurantiste bien plus forts qu'aujourd'hui.

Citation:
Et d'ores et déjà, c'est le choc avec la modernité qui suscite la violence par réaction. La modernité fait une armée de losers, ceux qui se rattachaient aux référents traditionnels, aux modes de fonctionnement traditionnels.


...on dirait un mélange de Finkielkraut, Malthus et Huntington.

Citation:
Geopolis, vous avez selon moi une vision trop enrocentriste

Mais alors taxer Geopolis d'eurocentriste après ça, c'est le pompon !


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 13:54 
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Le terme "eurocentriste" n'a rien de péjoratif. Je voulais dire par là penser selon les schémas européens des processus sociaux et culturels propre à des populations ayant en partie des schémas, des valeurs et des référents différents.

Et je trouve particulièrement flatteurs, et même trop flatteurs, les 3 noms que vous mentionnez. Je n'ai pas une telle prétention.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 17:42 
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Caesar Scipio a écrit:
Mais le djihadisme partage les mêmes objectifs que les autorités pacifiques de l'Islam : le triomphe de l'Islam.

Peut être si il y a un toilettage très sérieux des préceptes religieux avec l’abandon de la notion de supériorité d’une religion, une croyance particulière ne peut pas conférer un statut divin d’être supérieur.
On ne peut pas triompher en passant son temps à prier, à observer des règles de vie arbitraire en comptant sur le travail des autres.
Il ne suffit pas de prétendre que l’on appartient à une confession supérieure pour triompher.
Le temps de l’esclavage ancestral est révolu, il est peu probable que de nouveaux peuples de dhimmi se soumettent et travaillent comme ils l’ont fait dans le passé.
Pour triompher il faut beaucoup travailler et le faire intelligemment, inventer, innover et ne pas être obsédé par la soumission des autres par la force et la contrainte.
Pourquoi pas la croyance en un Dieu, mais une croyance intelligente, humaine et saine, toutes religions confondues.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Ven 28 Aoû 2015 19:42 
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liop a écrit:
Du coup cette vue ne tient plus à partir du moment où bon nombre d’exégèses marquent un point d'honneur à faire remarquer que l'autorité première découle d'Allah, en dessous duquel tous les hommes peuvent apparaître égaux.

La pratique musulmane décréterait une inégalité sociale entre croyants et incroyants, femmes et hommes, maîtres et esclaves.
Caesar Scipio a écrit:
Je n'y crois pas du tout avant un très très long terme qu'on n'aura hélas peut être jamais le temps d'atteindre.

Ça peut se compter en siècles, comme en Europe, ou en décennies, avec la contagion des exemples voisins.
Caesar Scipio a écrit:
Geopolis, vous avez selon moi une vision trop enrocentriste. Vous raisonnez comme si les cadres culturels et mentaux dans le monde arabo-musulman, ou dans le monde indien d'ailleurs (il ne s'agit pas d'une exclusivité du monde arabo-musulman) étaient les mêmes que ceux des européens occidentaux. Or ce n'est pas le cas. L'effondrement de la croyance et de la pratique religieuse est une spécificité européenne. Si en Europe la pensée dominante oppose modernité et croyance religieuse, cette opposition est au contraire inconcevable d'autres aires culturelles. Ce qu'on a quand même constaté ces dernières décennies, c'est le grand retour du religieux comme critère identitaire central dans un tas de régions du monde.

À mon avis, ces retours du religieux ne sont que des soubresauts conservateurs. Parfois, il s'agit de nouvelles expérimentations de religions exotiques, répondant au déficit spirituel des démocraties libéralisées. Mais enfin, dans un monde de plus en plus instruit, et en l'absence de coercitions antilibérales politico-religieuses, je doute de la pérennité de la crédibilité de l'existence des dieux et autres entités mystiques où que ce soit dans le monde.
Caesar Scipio a écrit:
Il y a bien sûr un phénomène de syncrétisme, l'identité religieuse acceptant progressivement des éléments de modernité. Cela passe aussi bien par le salon de la mode islamique, voire à la lingerie fine islamique avec des femmes toujours voilées de noir de la tête aux pieds mais équipées en dessous des tenues affriolantes que je laisse à chacun le soin d'imaginer, que par l'usage remarquablement professionnel des moyens modernes de communication par les djihadistes. Mais en même temps, cela n'empêche pas les violences, les pogroms et discriminations contre les minorités religieuses (que les musulmans sunnites soient les bourreaux dans le monde arabe ou qu'ils soient les victimes en Inde) ou contre les pas assez rigoristes.

Réactions contre un monde qui change, contre les anciens dominants, contre l'émancipation des dominés. Depuis les Lumières, les temps changent salement pour les suzerainetés illégitimes. Les sunnites tuent ici pour dominer, là pour ne plus être dominés ; les hindous vengent d'anciennes terreurs.
Caesar Scipio a écrit:
Quelle voix de poids, dans le monde musulman, prone vraiment le respect de la liberté de croire autrement avec toutes ses implications, le droit de ne pas croire, et plus osé encore, le droit de cesser de croire ou de changer de croyance (la fameuse aposthasie) ?

La télévision des démocraties libérales. C'est le troc fatal : l'islam déclassé contre le libéralisme confortable. En RDA, en dépit des professions de foi, ils ont troqué. Ça se voyait dans leurs yeux, quand ils contemplaient les berlines occidentales, avant la chute du mur, le "à quoi bon ?" Les sunnites en arrivent là.
Caesar Scipio a écrit:
On en revient au problème du marqueur d'identité immense, fondamental, de l'Islam dans le monde arabo-musulman.

L'islam est l'enfant prodige de la culture bédouine, il l'a porté au-devant de ses frontières et de l'Histoire, au devant des empires égyptien, romain ou perse. Il est normal que les descendants de convertis y soient attachés, en ce que l'islam a conféré à leurs familles des avantages sociaux comparatifs. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, aujourd'hui est l'avènement du troc : continuer ou changer.
Caesar Scipio a écrit:
Je pense que s'agissant des arabes, le problème est que la notion même d'arabité, la conscience arabe, a été définie par l'Islam et lui est quasi-consubstantielle.

Non, la conscience bédouine a été honorée et magnifiée par l'islam. L'arabité, qui s'en réclame culturellement et généalogiquement, est une possible nation en construction, et qui n'est pas uniquement associée à l'islam, ni aux bédouins ; ce n'est que depuis un ou deux siècles que des Berbères, les Égyptiens ou les Syriens se sentent arabes.
Caesar Scipio a écrit:
Vous espérez que la modernité et les aspirations individualistes rattraperont le monde arabo-musulman.

J'aimerais bien sûr que cela se produise.

Pourquoi ?
Caesar Scipio a écrit:
Mais pour cela, il faudrait que la situation économique du plus grand nombre s'y améliore. Or ce n'est pas le cas et cela ne risque pas d'être le cas à terme.

Ah ? Les voitures, les ordinateurs, les télécommunications, la médecine ? Comparez les photos avec les années 1960, 1920, 1880.
Caesar Scipio a écrit:
Au final, ces pays n'ont pas trouvé de ressort pérenne de développement.

Et pour cause, s'il s'agit du libéralisme.
Caesar Scipio a écrit:
Le jour où les puits de pétrole s'assécheront ou qu'on en aura moins besoin parce que la part des énergies alternatives croitra fortement, ce sera le chaos et une violence obscurantiste bien plus forts qu'aujourd'hui.

Je peux vous assurer que si "des énergies alternatives" ne l'ont pas remplacé, on connaîtra des restructurations sociales très étonnantes dans le reste du monde...
Caesar Scipio a écrit:
Et d'ores et déjà, c'est le choc avec la modernité qui suscite la violence par réaction. La modernité fait une armée de losers, ceux qui se rattachaient aux référents traditionnels, aux modes de fonctionnement traditionnels. Les garçons paresseux ou illetrés d'abord (doù la violence faite aux femmes, c'est le seul pouvoir qui leur reste). Les autorités religieuses aussi : elles ne veulent pas perdre le pouvoir qu'elles exercent sur leurs fidèles obligés, se retrouver dans la situation des ecclésiastiques ouest-européens avec des églises vides et des medias et des amuseurs enfants de Voltaire qui les moquent.

Je partage cette analyse. C'est l'heure du troc, changer de cadre culturel (l'islam) pour un autre conférant des avantages comparatifs supérieurs.

Le djihadisme accélère la dégénération du sunnisme de la manière suivante : il pose très rationnellement la pertinence du Coran. Si le Coran, comme verbe du seul dieu existant, est pertinent à la lettre, les djihadistes l'emportent. Si les djihadistes échouent, c'est une démonstration empirique de l'inadaptation du Coran, avec tous ses corollaires possibles (corruption spirituelle, inexistence ou malveillance de Jéhovah, etc.).

Empiriquement, un historien sait déjà à quoi s'en tenir quant à la pertinence du Coran pour conférer des avantages sociaux comparatifs, une fois que de nouveaux systèmes socio-économiques plus performants sont apparus, vers la fin du Moyen Âge ou au début de la Renaissance ; d'autant que ces systèmes-là ont eux-mêmes fini améliorés, balayés ou troqués pour de meilleurs encore.

À la fin, les sociétés convergent vers une société libéralisée. C'est comme la révolution néolithique, qui a marginalisé et déclassé les chasseurs-cueilleurs.

Ce n'est pas facile de troquer des mœurs et des valeurs, surtout quand elles ont été portées aux nues et données en exemple par des parents qu'on adore. C'est d'autant plus difficile d'abandonner des chaînes quand on a payé cher pour les conserver. Mais vient l'heure du troc. Ceux qui changent intègrent un nouveau monde, parfois avec plus de succès que des premiers venus. Ceux qui ne changent pas risquent un déclassement tel qu'il met en danger la descendance dans un monde aux ressources finies.

Socialement, l'évolution des hommes est lamarckiste (une sorte de darwinisme orienté par la conscience et le choix). L'Orient, comme l'Occident depuis quatre siècles, est atteint par la conscience d'autres possibilités et du choix de poursuivre ou changer. C'est l'heure du troc et ce troc, qui se conclut toujours dans le même sens, c'est la révolution libérale.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Jeu 10 Sep 2015 10:49 
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Kurnos a écrit:
Chaque individu sur terre peut devenir un meurtrier, nul n’est exclu, c’est une question de contexte et de probabilité.
Oh! Que non, que non...
Le meurtre est dicté soit par une forme de folie, soit par l'intéressement. C'est un acte éminemment égoïste.
Donc, non, tout le monde n'est pas un meurtrier en puissance.
Si je puis tuer, c'est pour protéger : mon conjoint, mon enfant, ma famille, mes amis, une juste cause ou une communauté.
Et cela n'est pas du meurtre.

Jouer sur cette définition majeure, c'est faire le lit des manipulateurs de tous bords. Ceux qui vont vous convaincre que se faire sauter dans un bus ou mitrailler une foule n'est pas un meurtre (justement) mais un acte de foi (!).
Il faut donc absolument éviter de mélanger tout, et surtout ce qui justifie que l'on tue un semblable : l'appât du (d'un) gain (ou du pouvoir) n'est pas une bonne raison.


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