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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Mar 25 Aoû 2015 12:16 
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Au risque de choquer, je pense que la menace en matière de sécurité de quelques milliers de djihadistes et autres candidats à la criminalité radicale, bref, les islamo-terroristes, est beaucoup moins importante et moins problématique à gérer que la menace que ferait peser une salafisation d'un nombre beaucoup plus important de personnes ayant la citoyenneté française ou résidant légalement en France.

La violence c'est gérable. Une organisation politique, reposant sur une conception de l'identité radicalement contraire à celle du reste de la population, c'est le germe de la guerre civile.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Mar 25 Aoû 2015 21:25 
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Caesar Scipio a écrit:
Au risque de choquer, je pense que la menace en matière de sécurité de quelques milliers de djihadistes et autres candidats à la criminalité radicale, bref, les islamo-terroristes, est beaucoup moins importante et moins problématique à gérer que la menace que ferait peser une salafisation d'un nombre beaucoup plus important de personnes ayant la citoyenneté française ou résidant légalement en France.

La violence c'est gérable. Une organisation politique, reposant sur une conception de l'identité radicalement contraire à celle du reste de la population, c'est le germe de la guerre civile.

Oui. Soit ça se dégonfle, comme le communisme en Occident, qui était beaucoup plus efficace, soit ça se finira en "guerres de religion" dans toute l'Europe occidentale, avec neutralisation politique et démographique de la minorité religieuse contestant la majorité politique.

Enfin, ça donne l'impression que l'Histoire repasse effectivement les mêmes plats.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Mer 26 Aoû 2015 11:08 
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J'aimerais partager votre point de vue sur le caractère plus efficace du communisme mais je n'y parviens pas.

Le communisme ce n'était qu'une idéologie matérialiste. On explique tout par les rapports de production et de domination et on promet de faire un paradis égalitariste et collectiviste sur terre. C'est très aventureux de promettre le paradis matérialiste sur terre, a fortioti quand on met en place un système intrinsèquement inefficace au plan économique.

L'Islam radical me paraît puiser à des racines beaucoup plus profondes et mobiliser des ressorts beaucoup plus forts et habiles : la transcendance et la promesse d'une récompense dans l'au delà. Et surtout, quoi qu'en disent les exégètes modernisateurs qui sont forcément génés aux entournures par l'évidence et la limpidité des préceptes les plus fondamentaux de l'Islam que n'importe quel lecteur littéraliste peut lire sans avoir besoin de contorsions, "Islam" veut dire soumission, le Prophète Mahomet n'était pas un simple prêtre ou fondateur religieux, c'était aussi un politique, guerrier, conquérant. L'Islam traditionnel n'est pas qu'une religion mais un cadre de référence entendant régir toute la vie individuelle et collective des fidèles, et ce faisant est un marqueur d'identité très fortement différenciée.

C'est le phénomène générationnel qui est très inquiétant. Les femmes que l'on voit voilées en noir de la tête aux pieds dans les centres commerciaux ou dans les transports en commun ce sont des jeunes qui ont au maximum un début de trentaine, bref des personnes qui pour la plupart sont nées et ont grandi en France, dites de la 2ème ou de la 3ème génération. On a vraisemblablement là le résultat de cette valorisation dramatique des origines différentes qui pousse non pas à un apartheid mais à un véritable séparatisme volontaire et à un rejet de greffes qui avaient autrefois pris.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Mer 26 Aoû 2015 11:24 
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Il me semble qu’il y a une différence fondamentale entre une idéologie issue d’une conception humaine éphémère comme le communisme et celle pérenne dictée par un hypothétique Dieu.
Les crimes ne sont pas perçus ni jugés de la même manière, ils peuvent être magnifiés de façon permanente quand il s’agit de ceux perpétrés au nom d’un Dieu, sauf si l'on s'accorde sur la non pérennité du Dieu en question qui serait une conception humaine.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Mer 26 Aoû 2015 18:10 
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Geopolis a écrit:
Oui. Soit ça se dégonfle, comme le communisme en Occident, qui était beaucoup plus efficace, soit ça se finira en "guerres de religion" dans toute l'Europe occidentale, avec neutralisation politique et démographique de la minorité religieuse contestant la majorité politique.



Qu'est-ce que vous entendez par "neutralisation" politique et démographique de la minorité religieuse? Vos propos sont assez graves là tout de même. Certaines personnes semblent fantasmer sur une improbable " guerre des religions" en Europe occidentale entre musulmans et non musulmans. Ce qui signifie qu'à cause d'une minorité d'intégristes musulmans, tous les autres musulmans seraient condamnés à subir cette "guerre des religions".

Pourtant il y'a des musulmans intégrés, qui font leur vie sans déranger personne: en somme dès que vous êtes musulman, vous êtes forcément devenu un ennemi à abattre.

_________________
''L'histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir, mais, associée à l'indépendance d'esprit, elle peut nous aider à mieux voir.'' Paul Valéry


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Mer 26 Aoû 2015 18:24 
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Pouvez-vous faire la différence entre d'une part une possibilité/éventualité qu'une personne pronostique et, d'autre part, ses propres opinions et intentions ?


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Jeu 27 Aoû 2015 03:33 
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Citation:
Le communisme ce n'était qu'une idéologie matérialiste. On explique tout par les rapports de production et de domination et on promet de faire un paradis égalitariste et collectiviste sur terre. C'est très aventureux de promettre le paradis matérialiste sur terre, a fortioti quand on met en place un système intrinsèquement inefficace au plan économique.


Hélas, l'humanité n'a jamais mis en place un seul système intrinsèquement efficace au plan économique. Non pas qu'il n'en n'existe aucun, mais l'histoire n'en connait pas un seul... Le libéralisme peut être jugé préférable au communisme, mais de là à le définir comme efficace, c'est typiquement de l'ethnocentrisme, demandez donc aux laissé pour compte. Là n'était peut-être pas vos propos, mais il me semblait important de le souligner, ne serait-ce que par rigueur intellectuelle.

Ceci dit, j'accepterais de facto toutes critiques sur le plan de la rigueur :)


Citation:
L'Islam radical me paraît puiser à des racines beaucoup plus profondes et mobiliser des ressorts beaucoup plus forts et habiles : la transcendance et la promesse d'une récompense dans l'au delà. Et surtout, quoi qu'en disent les exégètes modernisateurs qui sont forcément génés aux entournures par l'évidence et la limpidité des préceptes les plus fondamentaux de l'Islam que n'importe quel lecteur littéraliste peut lire sans avoir besoin de contorsions, "Islam" veut dire soumission, le Prophète Mahomet n'était pas un simple prêtre ou fondateur religieux, c'était aussi un politique, guerrier, conquérant. L'Islam traditionnel n'est pas qu'une religion mais un cadre de référence entendant régir toute la vie individuelle et collective des fidèles, et ce faisant est un marqueur d'identité très fortement différenciée.


Revenons d'abord sur ce concept de "marqueur d'identité très fortement différenciée". Précisons en premier lieu que si elle se différencie, c'est automatiquement par rapport à un autre marqueur d'identité, autrement, cela signifierait que l'islam défini un cadre de référence différenciant, voir excluant. Ceci semble contradictoire, pour être poli, avec sa dimension prosélyte, dimension partagée avec le christianisme, avec la même ampleur et la même intensité, j'en prend l'Histoire comme autant de preuve.

Ensuite, comme vous faisiez allusions aux "racines beaucoup plus profondes" de l'islam radical en début de paragraphe, j'en profite, de mon côté, pour continuer sur l'analyse de l'Histoire. Qu'est-ce qu'un Islam radical, sinon qu'un Islam guerrier et conquérant ? Prenons-le donc dans sa forme la plus colonisatrice que l'Histoire ait connu. Ainsi, au XIIème siècle, l'Islam vu naître un philosophe du nom d'Averroès, soit l'un des fondateurs du concept de laïcité. Donc lorsque vous vous égarez sur des jugements péremptoires, je cite " quoi qu'en disent les exégètes modernisateurs qui sont forcément gênés aux entournures par l'évidence et la limpidité des préceptes les plus fondamentaux de l'Islam", vous ne pouvez être pris au sérieux, pas lorsque vous manifestez une méconnaissance si évidente de l'Islam. Ainsi, autant le rappeler tout de suite, mais au Levant, le prophète générant le plus de conflit, n'est pas Mahomet, mais bien Abraham. Prophète tenu comme fondateur religieux pour les trois monothéismes, mais aussi symbole de conflit, tant son sacrifice est source de malentendu. Le Mont du temple à Jérusalem, que ce soit pour les manifestations ou pour les exégètes, continue de faire frontière, et ce jusqu'au sang.

Citation:
Qu'est-ce que vous entendez par "neutralisation" politique et démographique de la minorité religieuse? Vos propos sont assez graves là tout de même. Certaines personnes semblent fantasmer sur une improbable " guerre des religions" en Europe occidentale entre musulmans et non musulmans. Ce qui signifie qu'à cause d'une minorité d'intégristes musulmans, tous les autres musulmans seraient condamnés à subir cette "guerre des religions".


Il suffisait simplement qu'une poignée d'illuminé dans le monde, relayés par des médias tout autant philosophe, fassent parler d'eux en critiquant l'occident, pour qu'une poignée d'occidentaux réagissent avec la même intelligence. Le résultat : deux camps qui veulent en découdre, quoi qu'il en coûte.
C'est évidemment aberrant, mais c'est bien réel...

Citation:
Pouvez-vous faire la différence entre d'une part une possibilité/éventualité qu'une personne pronostique et, d'autre part, ses propres opinions et intentions ?

J'appelle même ça, le plus souvent, du pessimisme. Mais tous les pessimistes ne souhaitent pas pour autant que leurs projections se produisent, surtout lorsque cela les concerne.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Jeu 27 Aoû 2015 08:08 
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Caesar Scipio a écrit:
J'aimerais partager votre point de vue sur le caractère plus efficace du communisme mais je n'y parviens pas.

J'entends qu'il est plus séduisant (plus généreux) et plus compatible avec des accomplissements scientifiques et technologiques (il ne s'encombre pas de superstitions mystiques).
Caesar Scipio a écrit:
L'Islam radical me paraît puiser à des racines beaucoup plus profondes et mobiliser des ressorts beaucoup plus forts et habiles : la transcendance et la promesse d'une récompense dans l'au delà.

Si c'était évident, l'humanité serait toute musulmane. Il faut croire à une possible divinité, croire qu'elle est Jéhovah (et seulement lui), croire qu'elle a contacté Mahomet, que sa volonté et ses énoncés furent compris et transmis sans corruption... Les religions reposent sur tant d'hypothèses qu'elles ne parviennent jamais à faire d'unanimité.
Caesar Scipio a écrit:
C'est le phénomène générationnel qui est très inquiétant. Les femmes que l'on voit voilées en noir de la tête aux pieds dans les centres commerciaux ou dans les transports en commun ce sont des jeunes qui ont au maximum un début de trentaine, bref des personnes qui pour la plupart sont nées et ont grandi en France, dites de la 2ème ou de la 3ème génération. On a vraisemblablement là le résultat de cette valorisation dramatique des origines différentes qui pousse non pas à un apartheid mais à un véritable séparatisme volontaire et à un rejet de greffes qui avaient autrefois pris.

Comme les protestants, qui se vêtaient différemment des catholiques. Les protestants étaient en France, comparativement aux musulmans d'aujourd'hui, bien plus puissants : proportionnellement plus nombreux, unis et recrutant parmi les élites sociales et économiques.

Si les intégristes musulmans semblent en essor :

1. les musulmans en France sont proportionnellement moins nombreux que les protestants à leur zénith, et encore leurs effectifs ne sont-ils souvent estimés que sur des hypothèses bancales (patronymes ou prénoms), de nombreux supposés musulmans étant en fait déistes, convertis à d'autres fois ou même athées, en tout cas leur conviction religieuse tiédit en décalage avec celle des autres croyants ;

2. davantage représentés dans les couches socio-économiques les moins puissantes (et quand ils comptent parmi les couches sociales dominantes, ils réprouvent l'intégrisme), sinon les plus asociales, quelles que soient leurs généalogie ;

3. les musulmans de France sont divisés en chapelles ethniques et culturelles incompatibles, même si leur extrême droite parvient à surmonter ces préjugés, ce qui constitue un de ses rares crédits ;

4. la pérennité de la mode djihadiste n'est pas acquise, ses réalisations contribuant d'entre autres raisons à écœurer les musulmans, même intégristes.
Artigas a écrit:
Qu'est-ce que vous entendez par "neutralisation" politique et démographique de la minorité religieuse?

Je répète encore : l'Histoire enregistre trois issues à la coexistence de communautés rivales sur un territoire, extermination, exil, assimilation.
Artigas a écrit:
Vos propos sont assez graves là tout de même.

Je parle de géopolitique, section polémologie.
Artigas a écrit:
Certaines personnes semblent fantasmer sur une improbable " guerre des religions" en Europe occidentale entre musulmans et non musulmans. Ce qui signifie qu'à cause d'une minorité d'intégristes musulmans, tous les autres musulmans seraient condamnés à subir cette "guerre des religions".

J'ai lu vers 2000-2004 des contributeurs d'ouma/meljiss.com la souhaiter et s'y préparer, conformément aux projets des officines extrémistes orientales.

Il n'est pas certain que les provocations extrémistes sunnites y parviennent. Malgré 20 ans d'attentats anti-occidentaux revendiqués par les djihadistes, les Occidentaux réagissent avec un flegme rare alors que, dans la même situation, les Chinois répriment ethniquement leurs minorités musulmanes, les Indiens non musulmans et les Asiatiques du Sud-Est réagissent par des lynchages xénophobes et que les habitants du Moyen Orient pratiquent des massacres anti-communautaires.

Il me semble que c'est leur libéralisme qui tempère les Occidentaux. Ils distinguent les activistes qui les assassinent de leurs coreligionnaires libéraux, devançant en cela les incantations politiques libérales ("pas d'amalgame").

Néanmoins, il n'est pas certain que le libéralisme reste ancré dans le projet politique global des populations occidentales. Des tabous pacifistes légués par les deux guerres mondiales s'estompent. Pour moi, la question est de savoir si la réaction occidentale se limitera à ses ressortissants extrémistes sunnites (avec une participation active des musulmans anti-extrémistes, comme en Orient) ou si la mode djihadiste s'essoufflera avant de susciter cette réaction.

Je parierais que le djihadisme s'essoufflera, la tendance s'accélérant avec la réaction anti-djihadiste mondiale (et pas seulement occidentale), si j'en crois la célérité avec laquelle les intégristes en France écrasent leurs revendications dès qu'un projet de texte de loi est évoqué contre eux.

Avec plus de recul, la question djihadiste sunnite reste pour moi, toute originale qu'elle est, intégrée dans l'accomplissement de la révolution libérale en Orient (avec les deux bastions antilibéraux saoudien et pakistanais) et la restructuration frontalière, étatique, politique et sociale du monde musulman.

Une question plus importante, et historiquement inédite, est la gestion de la criminalité dans les démocraties libérales, accessoirement en Occident puisque j'y vis.

En cela aussi, le djihadisme sunnite est moins efficace que le communisme, qui menaçait autant l'existence des démocraties libérales (guerre froide) que la vie humaine sur Terre (arsenal nucléaire).
Artigas a écrit:
Pourtant il y'a des musulmans intégrés, qui font leur vie sans déranger personne: en somme dès que vous êtes musulman, vous êtes forcément devenu un ennemi à abattre.

Je pense, à votre instar peut-être, qu'une immense majorité d'Occidentaux refusent l'amalgame "étranger = danger", aussi méritent-ils d'éviter cet autre lieu commun "Occidental = xénophobe".

Je pense que les courants politiques rivaux d'Occident devraient, au lieu d'opposer - par amalgames donc - les étrangers aux xénophobes, surmonter leurs incohérences en dénonçant les criminels, que leurs intentions soient psychiatriques ou crapuleuses, car ils sont les véritables et derniers prédateurs des démocraties libérales.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Jeu 27 Aoû 2015 11:42 
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Citation:
Les protestants étaient en France, comparativement aux musulmans d'aujourd'hui, bien plus puissants : proportionnellement plus nombreux, unis et recrutant parmi les élites sociales et économiques.


Ne pourrait-on d'ailleurs pas dire que l’éthique protestante colle parfaitement avec l'esprit du capitalisme ? D'un point de vue sociologique j'entends, mais vous le savez certainement mieux que moi.


Citation:
En cela aussi, le djihadisme sunnite est moins efficace que le communisme, qui menaçait autant l'existence des démocraties libérales (guerre froide) que la vie humaine sur Terre (arsenal nucléaire).


La comparaison entre le communisme et le djihadisme est plutôt bien vue. Je prendrais l'Etat islamique pour approfondir un peu le point de vue. L'avantage idéologique énorme du communisme provenait aussi de son rejet naturel du capitalisme. Par définition, le communisme projetait un monde aux lois économiques antagoniques au capitalisme là où l'Etat islamique n'a planché sur aucune théorie économique contradictoire. Bien au contraire, sa force financière provient des infrastructures préexistantes. D'autant que la "logique islamique", pour peu qu'il y en ait une, s'oppose naturellement au communisme, comme l'histoire afghane en témoigne.


Citation:
l'Histoire enregistre trois issues à la coexistence de communautés rivales sur un territoire, extermination, exil, assimilation.


Citation:
Une question plus importante, et historiquement inédite, est la gestion de la criminalité dans les démocraties libérales, accessoirement en Occident puisque j'y vis.


Je rapproche ces deux citations pour émettre une petite parenthèse au sujet du topic, mais la remarque me parait intéressante. Je ne suis pas certain du caractère inédit de la gestion de la criminalité. Du moins, à une échelle moindre, le phénomène me parait plus ancien.

Les Etats-Unis offre un cadre d'étude sociologique unique concernant les processus de criminalisation. Le début du 20éme siècle marque le pays de vagues d'immigrations chinoises, dont l'intégration sur le marché du travail entraîna une suite de conséquence désastreuse.
Première lecture sociologique : Les chinois travaillent, tandis que les "blancs" peinent à trouver un emploi (pour diverses raisons). Les "blancs" en déduisent que les chinois sont responsables du chômage. Ils se mettent à voir d'un mauvais œil tout ce qui à trait à la culture chinoise, et notamment l'opium, introduite sur le territoire par les chinois. S'ensuit donc une pénalisation de l'opium, qui a pour conséquence l'incarcération de plusieurs milliers de chinois.
Le phénomène de ciblage d'une population jusqu'à son incarcération se reproduit plusieurs fois, avec les mexicains par exemple, jusqu'aux afro-américains qui consommaient le crack. Ici, la pénalisation du crack atteint son paroxysme, avec des peines 30 fois supérieurs à celles de la cocaïne, dont il n'est qu'un dérivé. En fait je crois que c'est monté à un rapport de 33. En gros, pour un gramme de crack, la peine était identique à celle qu'on délivrait pour 33 grammes de cocaïne.

La conséquence fut l'explosion du système carcéral aux Etats-Unis qui ont aujourd'hui, la plus forte proportion de population derrière les barreaux, devant la Chine, loin devant la Russie.

Deuxième lecture sociologique : La pénalisation de la drogue ne touche finalement pas les vagues d'immigrations, mais plutôt, les populations des dernières strates sociales, les plus démunies, et donc par définition, les plus prompts à s'engouffrer dans le commerce parallèle.
C'est là qu'intervient le système juridique, qui agit in fine comme sorte de "voiture-balai" du marché du travail. Ce phénomène s'explique facilement s'y l'on prend en considération les discours politiques qui tendent à faire passer le traitement des inégalités d'une question sociale et éducatrice à une question judiciaire et pénale. Les sociétés observent alors une disparition progressive de leur appareil providentiel incarné par les allocations et les infrastructures scolaire, comme avec la suppression des postes de professeur, disparition qui fait naître un dispositif policier renforcé (lois sur le renseignement, police de proximité), un système judiciaire endurci (bien que contestable depuis la suppression des peines plancher) et agrandissement de l'infrastructure pénitentiaire. Le tout bien sûr, agrémenté de travail le dimanche et autres précarisations de l'emploi.
S'installe un climat d'insécurité sociale défendu comme bénéfique, puisque les individus seraient alors menés à tirer le meilleur d'eux-même afin de conserver leur emploi. Avec les suicides des télécoms, difficile de généraliser la vertu.

Cette analyse est bien sûr contestable à partir du moment ou elle tente de tenir d'une seule main tous les mouvements de société. Néanmoins, elle n'y réussie pas trop mal, et j'indique ici le nom de Loïc Waquant dont les travaux anthropologiques sont à l'origine de l'analyse. J'ai par ailleurs tenté d'en garder les termes exact pour en dénaturer le moins possible le sens premier.


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 Sujet du message: Re: Que peut changer l'istauration d'un califat ?
MessagePosté: Jeu 27 Aoû 2015 23:31 
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liop a écrit:
Ne pourrait-on d'ailleurs pas dire que l’éthique protestante colle parfaitement avec l'esprit du capitalisme ? D'un point de vue sociologique j'entends, mais vous le savez certainement mieux que moi.

Attention, j'entends par capitalisme toute tentative de concentrer des capitaux et des moyens de production pour diminuer les coûts marginaux de production, ce en quoi Henri le Navigateur ou Staline étaient capitalistes.

L'essor du protestantisme recouvre et accompagne parfaitement celui du libéralisme, pour des opportunités économiques, sociales, intellectuelles et morales historiques, en réaction à l’Église catholique et contre la souveraineté des princes qui s'en réclamaient.
liop a écrit:
L'avantage idéologique énorme du communisme provenait aussi de son rejet naturel du capitalisme.

Alors, le communisme est 1) capitaliste comme concentrant les capitaux et moyens de productions, 2) rejetant le capitalisme privé et 3) antilibéral. Son unique avantage idéologique me paraît basé sur l'héritage égalitariste, progressiste et utopiste du christianisme, et encore n'est-ce un avantage que dans un monde chrétien, à la rigueur dans un cadre taoïste spécifique à l'Histoire des Han (Mao) avec toutes les adaptations culturelles requises, ou par opportunisme politique dans le cadre de guerres d'indépendance et d'émancipation communautaires (anticolonialisme, anti-américanisme, baasisme, panarabisme, OLP, rébellions marxistes-léninistes ou marxisantes, etc.).

L'avantage du communisme est de permettre aux masses prolétaires d'envisager d'accéder au confort bourgeois, son incohérence restant de le leur interdire par tous les moyens possibles et imaginés (tandis que le libéralisme le leur a conféré sans le leur promettre).
liop a écrit:
Par définition, le communisme projetait un monde aux lois économiques antagoniques au capitalisme là où l'Etat islamique n'a planché sur aucune théorie économique contradictoire. Bien au contraire, sa force financière provient des infrastructures préexistantes.

Non, la faiblesse relative de l'islam par rapport au communisme est d'annoncer une inégalité sociale entre les hommes en fonction de leurs mœurs et croyances ou de leur sexe [sans compter que, dans les faits, les communautés musulmanes demeurent passablement claniques et ont historiquement ajouté d'autres inégalités fondées sur les généalogies paternelles directes car le communisme accompagnait de manière incohérente mais effective des inégalités généalogiques - dynasties, népotisme -, partisanes ou communautaires].
liop a écrit:
D'autant que la "logique islamique", pour peu qu'il y en ait une, s'oppose naturellement au communisme, comme l'histoire afghane en témoigne.

Uniquement à cause du matérialisme athée communiste, l'Afghanistan y ajoutant une réaction aux renversements des féodalités patriarcales, phallocrates et tribales.
liop a écrit:
Première lecture sociologique : [...]

Je ne parle pas de rejet répressif de conduites socio-culturelles, qui peuvent recouper, comme vous en donnez l'exemple, des rivalités entre soi-disant communautés généalogiques, mais de répression de conduites universellement asociales comme les braquages et les agressions physiques.
liop a écrit:
Cette analyse est bien sûr contestable à partir du moment ou elle tente de tenir d'une seule main tous les mouvements de société. Néanmoins, elle n'y réussie pas trop mal, et j'indique ici le nom de Loïc Waquant dont les travaux anthropologiques sont à l'origine de l'analyse. J'ai par ailleurs tenté d'en garder les termes exact pour en dénaturer le moins possible le sens premier.

Je ne sais si nos sociétés modernes génèrent plus de violences interpersonnelles que celles des cueilleurs-chasseurs, des cavaliers nomades ou des agriculteurs blottis dans leurs villages plus ou moins fortifiés.

Ce que je voulais dire est que l'Occident se rengorge de "droits" dont il a oublié l'essence. Les droits sont des permissions, d'autant plus remarquables qu'elles ne vont pas toujours de soi dans l'Histoire et la géographie. Les Occidentaux confondent les droits avec des dus, des protections. Réclamer des "droits des animaux" n'a aucun sens. Des protections, pourquoi pas, mais pas des droits = permissions = autorisations = licences. Réclamer des "droits" pour ceux qui les transgressent se défend, mais la légitimité de ces derniers droits peut également être contestée.

À l'origine des droits libéraux, la question était réglée par le maintien de sanctions antérieures, mais les droits conférés aux criminels sont utilisés par ces derniers comme autant de protections, la question inédite étant de trancher si ces protections sont légitimes, ou non.


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