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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Lun 19 Sep 2016 21:31 
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LordFoxhole a écrit:
D'abord, des bombardement de troupes " amies ", il y en a depuis que l'on a inventé les bombardements... Des accidents arrivent tous les jours, surtout quand c'est la guerre, et que - dans ce genre de conflit - on ne sait plus trop qui contrôle tel ou tel secteur. Quand on regarde une carte de syrie, actuellement, on se retrouve devant une mosaïque qui évolue de jour en jour, pour ne pas dire d'heure en heure...


D'abord je n'ai pas remis en cause le caractère accidentel du bombardement. Il est évident que ce type d'erreur arrive régulièrement, je voulais d'abord pointer le fait que le manque complet de coordination entre l'AAS et la coalition ne facilite pas vraiment le ciblage précis. Mosaïque peut-être, mais la colline où a lieu l'incident domine l'aéroport de Deir Ezzor, on est vraiment sur la ligne de front, pas dans un secteur de désert, la moindre des choses si on veut frapper à un tel endroit est de se coordonner avec une garnison qui subit les assauts réguliers de Daesh.
C'est donc bien l'échec du ni Daesh, ni Bashar. Les interventions non coordonnées ne pouvant aboutir qu'à ce type d'incidents (qu'on rencontre déjà quand il y a coordination...) Il faut aussi se rendre que la centaine de morts de ce bombardement c'est plus d'un tiers de ce que l'AAS a perdu en combattants pendant les batailles de Deir Ezzor en 2014-2016. Sur une garnison de 3000 hommes, c'est beaucoup.

LordFoxhole a écrit:
Ensuite, les militaires n'agissent qu'en fonction des ordres donnés par leurs supérieurs qui, eux, sont des politiques... Et là, en parlant d'alliés objectifs, rappelons l’ambiguïté de l'affaire : des Occidentaux interviennent militairement en faveur de Bashar al-Assad que nous vomissons - officiellement - depuis 2011.


On intervient en faveur de Bashar El-Assad? Ben non, en faveur des populations civiles menacées par une organisation qui organise des ventes d'esclaves, des tueries d'humains en abattoir pour fêter l'Eïd ou des attentats aveugles à deux pas de chez moi. On intervient aussi pour soutenir des rebelles qui n'hésitent jamais devant une décapitation, mais pas pour soutenir Bashar. Si nous voulions le soutenir, il suffirait de cesser d'armer les groupes rebelles, d'accepter de soutenir les négociations inter-syriennes.

LordFoxhole a écrit:
Personnellement, je ne pleurerai pas sur le sort de militaires syriens qui, depuis le début, se sont caractérisés par leur brutalité dans la répression contre les rebelles de tous bords, et par leur violence à l'égard des populations civiles...
Avant d'être un " échec " pour les Occidentaux, ce conflit est d'abord - fondamentalement - une guerre civile syrienne.


On n'a guère fait pour rendre l'AAS sympathique dans nos médias, mais les types qui se battent à Deir Ezzor sont encerclés depuis trois ans, si ils lâchent, ils seront tous égorgés et une partie de la population civile qu'ils protègent connaitra le même sort. Ils font face régulièrement à des attaques de Daesh, toujours précédées de kamikazes, ce sont des appelés, des milices des tribus locales, ils sont moins bien payés que les types d'en face.
Fondamentalement une guerre civile? Oui bien sûr mais je parle bien d'échec occidental car depuis le début nous avons tablé sur un renversement rapide du régime. Nous avons poussé les rebelles à refuser tout compromis avec le gouvernement. Nous l'affirmions sans cesse: Bashar doit partir, c'était (et c'est encore pour beaucoup) le préalable à toute discussion.
Nous avons vécu dans le déni de la situation locale: lorsqu'au début 2015, les rebelles ont lancés la grande offensive sur Idlib et "libéré" une large part du nord-ouest du pays, enregistrant une avance sans précédent, ils l'ont fait avec l'aide logistique de la Turquie, les armes est-européennes achetées par les Saoudiens et Qataris et les TOW US qui ont été déterminants sur ce terrain, sans compter les offensives de Daesh vers Palmyre et Deir Ezzor qui étaient quasi simultanées. Résultat: des milliers de réfugiés fuyants ces zones "libérées", des Turcs complètement saturés qui lâchent les vannes de leur propre échec et les routes d'Europe qui se trouvent encombrées de Syriens. Une fois de plus le gouvernement n'était pas tombé, les grandes villes étaient calmes malgré les pénuries et l'inflation, l'armée, majoritairement sunnite, avait souvent merdé (abandon de poste, retraite précipitée, il faut dire qu'il avait aussi vu les images de ce que les rebelles faisaient des prisonniers, Daesh un peu plus proprement que les autres), mais pas de ralliement, pas de révolte contre les officiers.
Mais bon c'est sans doute plus confortable de se dire que ce sont tous des salauds, que de toute manière ça ne pouvait pas tourner autrement parce que si, parce que ça, les tribus, les confessions, les Alaouites et les Sunnites. Tant mieux, le "peuple syrien" devient une chimère martyre avec l'EI, Bashar et sa méchante armée, avec les rebelles modérés qui ont tant souffert, qui ont été si courageux (derrière leurs boucliers humains), les attaques au gaz, un gaz surtout mortel pour l'esprit critique qu'il annihile littéralement sous la culpabilisation (quoi tu ne veux pas croire à ces milliers de morts dont on a vu les cadavres alignés?). Communions dans la bonne conscience d'être avec ces êtres mythiques que sont les rebelles modérés qui apporteront le pluralisme et la démocratie en Syrie. Rien ne nous relie heureusement à ces combattants de Deir Ezzor, ces pauvres bougres d'appelés qui pensent peut-être bêtement se battre pour leur pays ou leur famille, ils deviennent alors des avatars d'un monstre sanguinaire: Bashar El-Assad.


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Mar 20 Sep 2016 21:13 
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Inscription: Mar 8 Sep 2009 22:02
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Carlo,

un grand merci pour ce message convainquant.

Cordialement, Paul.


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Mer 21 Sep 2016 21:12 
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Inscription: Mer 9 Juin 2010 08:46
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Merci Paul, mais vous savez je ne suis pas toujours convaincu moi-même de la façon dont les choses se déroulent. C'est étrange, mais ce conflit incroyablement médiatisé dans l'image est terriblement difficile à suivre, qui ment, qui dit vrai? Un exemple récent illustre parfaitement cela, un convoi de l'ONU a été bombardé lundi, plusieurs morts civils, juste pour l'ouverture de la session de l'ONU avec un discours de Ban Ki-Moon qui pointe du doigt le gouvernement syrien comme le plus meurtrier dans ce conflit. Les premiers rapports parlent d'attaque aérienne, donc vraisemblablement russe ou syrienne. Les images font la une, au journal de la RTBF on penche plutôt pour la piste syrienne. Les Russes nient, les Américains disent que deux SukhoÏ russes volaient dans le secteur, puis un porte-parole de l'ONU rectifie le communiqué en disant qu'il ne peut affirmer qu'il s'agisse d'une frappe aérienne. L'analyse russe des images conclut qu'elles ne sont pas caractéristiques d'une attaque aérienne et au final on apprend que les principaux témoins de l'attaque et ceux qui on été les premiers à donner l'info sont les fameux "white helmets", des "humanitaires" rebelles à double casquette (une fois en armes, une fois en pompier, des types qui n'ont aucun problème à ramasser les corps des gens exécutés) qui sont avant tout un outil de propagande.
Voir ici pour un récit complet et d'une source sinon neutre en tout cas pas pro-russe:
http://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-syria-idUSKCN11Q1NR
Donc en fait, on ne sait pas grand chose sur ce qui s'est passé autour de ce convoi, sinon qu'à un moment il a brûlé et des gens sont morts. Mais entretemps toute une machine de propagande et de contre-propagande s'est mise en route et chacun à choisi la version qui lui convenait. Cela va être au tour des "experts" de se succéder, bien qu'en fait deux jours après, l'affaire est déjà presque morte. Le spectateur occidental aura eu droit aux certitudes de l'ONU (qui n'en était pas mais qu'importe) et le spectateur russe aux dénégations de son ministère de la défense (jamais en panne lorsqu'il s'agit de mentir)...


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Mer 21 Sep 2016 21:37 
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Carlo,

merci de nouveau pour cet article. J'ai sur un forum fermé un contributeur Nouveau Zealandais, qui était dans l'armée dans la Syrie dans le temps. Il donne de temps à autre un résumé de ce qu'il arrive en Syrie. Je suis curieux pour voir son commentaire maintenant.

Cordialement, Paul.


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Dim 25 Sep 2016 11:42 
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Un article du Monde qui explique que la stratégie de Poutine en Syrie se situe dans une perspective stratégique bien plus large que la simple alliance avec le clan Assad

http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/09/25 ... -en-syrie/

Critique implicite aussi de la prudence d'Obama. On verra ce qui se passe avec le prochain président us.


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Lun 26 Sep 2016 18:04 
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marc30 a écrit:
Un article du Monde qui explique que la stratégie de Poutine en Syrie se situe dans une perspective stratégique bien plus large que la simple alliance avec le clan Assad

http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/09/25 ... -en-syrie/

Critique implicite aussi de la prudence d'Obama. On verra ce qui se passe avec le prochain président us.


Article de Jean-Pierre Filiu dans le blog du Monde. Filiu a eu depuis le début une position en pointe pour la rebellion en Syrie, et ses prédictions (Assad va tomber, les djihadistes sont une minorité...) se sont la plupart du temps avérées à côté. Désolé de répondre en vitesse, j'aurai voulu passer plus de temps à la relecture...

J-P Filiu a écrit:
La Russie soutient-elle le régime Assad ou bien mène-t-elle sa propre guerre en Syrie ?


Un peu des deux sans doute, qui est jamais parti en guerre par pur altruisme?.

J-P Filiu a écrit:
Il apparaît de plus en plus que le Kremlin poursuit ses propres objectifs de guerre en Syrie, qui vont bien au-delà du simple soutien au régime Assad. Cette nouvelle réalité doit être impérativement prise en compte pour sortir de l’impasse totale qui prévaut à l’ONU. La vision actuelle du conflit syrien repose sur l’hypothèse, à mon avis dépassée, que la Russie apporterait un soutien, certes inconditionnel, mais un soutien au régime Assad. Or il semble de plus en plus évident que le despote syrien n’est plus maître des opérations menées en son nom sur le territoire qu’il prétend gouverner. Ce sont les militaires russes, en coordination avec les « conseillers » iraniens, qui décident en premier chef.


Pourtant sur le terrain, on sent encore bien que les opérations gouvernementales sont loin d'être maîtrisées. L'intervention russe se greffe sur une intervention iranienne à mon avis beaucoup plus "encombrante" que l'alliance russe. L'appui aérien russe a changé la face de la guerre, comme l'appui logistique et probablement d'artillerie de la Turquie avait permis les grandes offensives djihadistes dans la région d'Idlib en 2015. Il est évident par contre qu'au niveau diplomatique la Russie mène le jeu et impose ses choix à Assad, par exemple les cessez-le-feu en accord avec les Américains. Cessez-le-feu qui sont un jeu de dupes puisque si les Russes arrivent à les imposer au gouvernement syrien, les Américains n'arrivent pas à les imposer aux rebelles comme on l'a encore vu lors du dernier en date.

J-P Filiu a écrit:
L’ENJEU D’ALEP

Le bombardement aérien d’un convoi humanitaire de l’ONU et de la Croix Rouge internationale, durant la nuit du 19 septembre 2016, au nord d’Alep, porte toutes les marques d’une initiative du Kremlin. Il s’est poursuivi durant deux longues heures, alors même que le régime Assad avait donné son accord à l’acheminement de cette aide. Une partie des vingt civils tués sont des volontaires du Croissant rouge syrien, dont le président, Abderrahmane Attar, est un proche de Bachar al-Assad. La photo ci-dessus émane de la Défense civile syrienne à Alep.

Rappelons enfin que l’opposition et les jihadistes n’ont aucune force aérienne, tandis que l’aviation pro-Assad n’a aucun moyen de bombardement nocturne. Le raid du 19 septembre a d’ailleurs été prolongé, durant la nuit suivante, par de nouveaux bombardements aériens d’installations médicales, cette fois au sud d’Alep. J’avais décrit sur ce blog, en avril dernier, le caractère systématique de la destruction de toute infrastructure de santé dans les zones tenues par l’insurrection à Alep. Il s’agit de briser les derniers ressorts d’une population civile, privée de soins comme de nourriture, afin de contraindre la résistance locale à la capitulation.


Il n'est pas impossible, puisque l'ONU lui-même ne la qualifie plus ainsi faute d'éléments probants, que cette attaque ne soit pas une attaque aérienne. Les principaux témoins étant cette défense civile syrienne, qui n'a de civile que le nom. Voici une photo d'un des principaux témoins "white helmet", avant, pendant:
Image
Les choses deviennent plus simple alors: une des nombreuses provocations des rebelles toujours à l'affut d'un bon buzz surtout en cette période de session à l'ONU...
Bon ce n'est qu'une hypothèse, mais quand on voit les romans que sort Filiu de ses hypothèses (initiative russe, Assad pas content etc.), y'a pas trop à se sentir gêné.

J-P Filiu a écrit:
C’est ce scénario implacable qui a déjà conduit, à une échelle plus restreinte, à l’évacuation des combattants, mais aussi de la population civile du bastion révolutionnaire de Daraya, à proximité de Damas, le 26 août 2016. C’est bien cette alternative entre la reddition et la mort que la Russie entend imposer dans toute sa brutalité aux habitants des secteurs rebelles d’Alep. Le Kremlin a en effet ressenti comme une humiliation la rupture du siège des quartiers insurgés d’Alep, au milieu de l’été, et a tout fait pour rétablir un blocus impitoyable, au début de septembre.


Le gouvernement avait déjà proposé une reddition à Daraya il y a deux ans refusée par les maximalistes. Aujourd'hui l'enclave de Daraya a été évacuée dans les conditions suivantes: les combattants partent dans une autre enclave rebelle avec armes et bagages et les civils pro-rebelles (à peine 300) sont relogés en zone gouvernementale. oui vraiment un scénario "implacable"... Les médias ultras pro-régime reprochent d'ailleurs cette générosité en comparant les logements des civils déplacés et la cambuse de la famille d'un "martyr" (soldat tombé en luttant pour le gvt):
Image

J-P Filiu a écrit:
La carte ci-dessous des bombardements russes sur le Nord de la Syrie, du 20 au 22 septembre, établie par l’Institute for the Study of War, prouve que les zones tenues par Daech (en gris) sont épargnées, alors que les frappes se concentrent sur le territoire tenu par l’opposition (en jaune).


Toujours la même chanson, en fait ce sont les zones où l'armée n'est pas attaquée qui sont "épargnées".

J-P Filiu a écrit:
LES BUTS DE GUERRE DE MOSCOU

On ne crédite pas assez Vladimir Poutine d’une vision mondialisée de son engagement en Syrie. Le président russe a parfaitement compris que le retrait ostensible des Etats-Unis hors du Moyen-Orient lui offrait le privilège de restaurer, à partir de cette région, un statut de superpuissance disparu avec l’URSS. Les intérêts anciens de Moscou en Syrie et les affinités multiples entre Poutine et Assad pèsent dès lors moins que ce grand dessein russe qui se développe depuis le Moyen-Orient vers le reste du monde.


Et le vision de l'Arabie Saoudite? Du Qatar? Plutôt qu'un statut de superpuissance, je vois une initiative locale et proche de ses frontières. Quand la France soutient le Mali ou bombarde la Libye, elle cherche à reprendre un statut de superpuissance? Et pourtant ces deux pays sont plus éloignés de la France que la Syrie ne l'est de la Russie et la Syrie abrite une des dernières bases russes hors de l'ex-URSS. Franchement comme projection de puissance on a déjà vu plus affolant. Pourquoi la Russie voisine du Proche-Orient devrait avoir la même attitude que les USA qui se trouvent sur un autre continent?

J-P Filiu a écrit:
L’intervention militaire russe en Syrie, directe et massive depuis septembre 2015, se fonde sur un discours-programme prononcé quelques jours auparavant par Poutine à la tribune de l’ONU. Le président russe s’y pose en farouche défenseur de la souveraineté des « Etats », en fait des régimes en place, contre les aspirations des peuples. Il lance ainsi une campagne idéologique qui ne peut se comparer qu’à la « guerre globale contre la terreur » de George W. Bush, elle aussi conceptualisée à la tribune de l’ONU, en 2002.


Intervention massive? En fait il y a beaucoup moins d'appareils engagés que pour la coalition contre Daesh, par contre beaucoup de sorties et des appareils très disponibles (les Américains sont d'ailleurs surpris). Contre les aspirations des peuples? D'abord qui sait vraiment ce à quoi aspire le peuple syrien? Filiu? Mais ce à quoi s'oppose Poutine est bien en l'occurence le droit d'ingérence unilatéral (il a fait plusieurs fois allusion à la Libye), qui fait qu'on décide d'intervenir en faveur d'un camp jusqu'au renversement de l'autre (Assad doit partir). Campagne idéologique? Oui, certainement mais peut-on vraiment faire plus hypocrite qu'un ministre des AE qui déclare que Nusra (Al Qaeda en Syrie, allié à cette époque à ISIS) fait du bon boulot et ne devrait pas être considéré comme terroriste!
Pour les aspiration des Syriens un sondage fait au Liban parmi des réfugiés:
Image
Pour l'article complet: https://www.foreignaffairs.com/articles/syria/2016-09-14/what-syrians-want
Le panel n'est pas exactement représentatif: il y a environ 90% de sunnites (plutôt autour de 70% en Syrie) et le niveau d'éducation des sondés est un peu inférieur à la moyenne syrienne. Remarquons que si le gvt est en première place (mais pas majoritaire) en seconde place on trouve l'ASL, c'est à dire les rebelles modérés et laïques que les sondeurs appelent nationalistes (et qui aujourd'hui sur le terrain est devenue marginale). Remarquons aussi que si les sondés pro-gouvernement sont généralement moins pratiquants que les autres, il n'y a pas de différences particulières dans l'attitude religieuse entre les autres groupes. Les pro-gouvernementaux sont ceux qui affichent le meilleur niveau d'étude.

J-P Filiu a écrit:
De même que la vision des néo-conservateurs américains rejetait dans l’enfer de la « terreur » toute forme d’opposition, dès lors associée à Al-Qaida, la propagande pro-Poutine stigmatise comme « terrorisme » toute contestation organisée du statu quo, aussitôt assimilée à Daech. Mais, de même que « W » s’est heurté à la réalité de l’Irak et a embourbé ses troupes dans ce pays « libéré », Poutine fait désormais l’expérience de l’incapacité d’Assad à rétablir sa position autrement que sur des champs de ruines.


Je ne vois pas en quoi c'est tellement plus manichéen que l'antienne "Assad qui massacre son peuple", alors qu'il fait face à une opposition armée retranchée dans des zones habitées d'où elle lance des offensives. Contestation organisée du statu quo quand des VBIED, véhicules suicides se font exploser sur des postes gouvernementaux avant toute offensive rebelle? Contestation aussi les hell canons qui bombardent sans intérêt tactique (trop peu précis) les zones gouvernementales? Contestation les décapitations de prisonniers? Les exécutions publiques? Mais là pas de problème ce sont les bons.
Embourbement en Syrie? On en parle depuis le jour 1, mais en un an la situation s'est plutôt améliorée pour le régime. Les rebelles se sont-ils installés sur autres choses que des ruines? En fait aucune grande ville n'est tombée d'elle-même aux mains des rebelles. Pas de soulèvement à Damas, ni à Alep où la partie gouvernementale est presque 5x plus peuplée que la partie rebelle. Franchement on parle de quoi comme succès de la "révolution syrienne"? Je veux dire autres que des opérations armées.


J-P Filiu a écrit:
MILICIENS PRO-IRANIENS ET IRREGULIERS SYRIENS

La contre-insurrection en milieu urbain, que la dictature Assad a été incapable de mener, a été assumée à partir de 2013 par les milices pro-iraniennes, d’abord le Hezbollah libanais, puis différents groupes irakiens et afghans. Les Gardiens de la Révolution, venus d’Iran, ont donné sa cohérence opérationnelle à ce dispositif disparate. C’est d’ailleurs le général Qassem Soleimani, le chef des troupes de choc des Gardiens de la Révolution, qui s’est rendu à Moscou en juillet 2015 pour alerter ses alliés russes sur les défaillances du régime Assad, alors en recul sur tous les fronts.


Incapables de mener la contre-insurrection en milieu urbain? C'est évidemment le terrain le plus facile. En recul grâce à des offensives de grandes envergures soutenues par la Turquie et la Jordanie (plus mollement d'ailleurs les avancées au sud sont sans commune mesure avec celles de la frontière turque). En vérité la Russie a mis fin à la no-fly zone de fait à la frontière turco-syrienne.

J-P Filiu a écrit:
L’intervention russe en Syrie, en septembre 2015, a beau avoir été « cadrée » à l’ONU par Poutine, elle est donc motivée également par les faiblesses intrinsèques au régime Assad. L’armée gouvernementale, épuisée par l’hémorragie des désertions et par cinq années de conflit, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les troupes combattantes dignes de ce nom sont réservées à la protection du régime lui-même. La seule unité reconfigurée pour l’offensive est commandée par Suhail al-Hassan, général des services de renseignement de l’Armée de l’Air, les plus puissants de tous les « services » en Syrie. Hassan est surnommé « le Tigre » (pour mémoire, Assad signifie « lion » en arabe).


Il y a d'autres unités opérationnelles que la Tiger force en Syrie, la carrière de Al-Hassan prouve surtout que ce n'est pas d'hier, ni même de 2011, que date la lutte de la Syrie contre Al Qaeda. Mais effectivement, il n'y a plus vraiment d'armée mais des petits groupes professionnalisés qui font les pompiers sur les différents fronts. Le Hezbollah a la même fonction de pompier, tandis que les autres milices sont plutôt utilisées en défensive et comme chair à canon dans les grandes offensives.

J-P Filiu a écrit:
Cette contraction du périmètre d’action de l’armée loyaliste a amené l’émergence d’un vaste éventail de milices, aux titres d’autant plus ronflants que leur valeur militaire est discutable. Les militaires russes engagés sur le terrain, depuis plus d’un an, ont dû, après les « conseillers » iraniens, se frayer un chemin dans le maquis des groupes armés pro-Assad. Rien ne permet d’affirmer, contrairement aux allégations de certaines sources, que des soldats russes auraient combattu aux côtés d’irréguliers syriens.


On pourra dire ce qu'on veut, la diversité des milices pro Assad ne sera jamais que le pâle reflet de l'invraisemblable boxon des milices rebelles.

J-P Filiu a écrit:
Il est en revanche certain que le Kremlin a pris la mesure, avec un déplaisir à chaque fois croissant, du degré de corruption et d’indiscipline prévalant dans les rangs des pro-Assad. C’est pourquoi le président syrien a été convoqué à Moscou, en octobre 2015, dans un avion militaire russe. Ce déplacement est le seul de Bachar al-Assad à l’étranger depuis le début de la révolution syrienne en 2011 et il n’a été annoncé qu’après le retour du dictateur à Damas. Poutine a jugé nécessaire de préciser qu’il était lui-même à l’initiative de ce sommet russo-syrien. De manière plus générale, les officiers russes en Syrie ont pris directement en mains la conduite des opérations, notamment lors de l’expulsion de Daech hors de l’oasis de Palmyre. Cet interventionnisme russe de plus en plus pesant amène à s’interroger sur l’insistance mise par le Kremlin à un maintien d’Assad au pouvoir : il est désormais possible que le dictateur syrien, pieds et poings liés par Moscou, soit le seul dirigeant capable d’accepter un tel degré d’ingérence multiforme de la part de son « protecteur » russe.


Je ne pense pas que cette corruption ait été une surprise, les Russes connaissent très bien la Syrie, leur intervention en Syrie me paraît autrement plus réfléchie que la nôtre. Le problème de l'armée d'Assad est celle d'une armée d'appelés plongée dans une guerre civile. Beaucoup de soldats ont eu l'opportunité de déserter, opportunité facilitée par l'accueil des pays voisins. Dans les zones rebelles, sans travail, une des solutions est d'entrer dans une milice, les salaires payés avec l'argent du Golfe sont supérieurs à ce qu'on peut trouver dans l'armée. Captagon et récitation du Coran semblent efficaces pour créer une certaine cohésion dans les rangs rebelles, cela manque sans doute dans l'armée syrienne pour renforcer la "discipline". Mais on peut s'interroger sur qui sont les plus déçus: les instructeurs russes ou les instructeurs US (lorsque leurs recrues ne sont pas Kurdes)? Parce que tous les groupes que nous avons soutenus se sont révélés décevants, sauf les Kurdes et certains djihadistes.

J-P Filiu a écrit:
NEGOCIER A ALEP PLUTOT QU’A NEW YORK

En tout état de cause, le destin de la Syrie et de son président importe moins pour Poutine que la montée en puissance mondiale de la Russie, gagée sur le succès de l’aventure syrienne. Il est dans ces conditions vain d’espérer régler entre Washington et Moscou le sort de la Syrie, puisque, dans ce jeu à somme nulle, la Russie ne peut accepter qu’une victoire totale. La séquence récente à l’ONU le démontre d’autant plus crûment qu’elle a été suivie, depuis le 23 septembre 2016, d’un déluge de bombes russes sur Alep, avec destruction ciblée de trois des quatre centres de la Défense civile.


Oui contrairement à ce qui était sous entendu au paragraphe précédent, Assad et Poutine ne sont pas mariés et la politique russe restera marquée par l'opportunisme et le réalisme. Elle n'a pas les moyens d'être une "superpuissance globale", mais cherche plus simplement à ne pas être prise pour part négligeable (comme en Ukraine ou dans l'affaire libyenne) et se laisser marcher sur les pieds.
Destructions de centres de la défense civile? On a vu plus haut que la kalash n'était jamais très loin du casque de pompier. Et MSF l'a admis, ils sont en contact avec des volontaires qui leur disent que les bombardements ont touché des structures de secours (pompeusement appelées hôpitaux), ils n'ont aucun moyen de contrôler les dires des "témoins" et bien sûr il n'y a aucune cartographie de ces centres. Donc depuis quelques mois les bombes ne tombent plus que sur des "hôpitaux", jamais sur un QG, jamais sur un dépôt d'armes, non c'est toujours un "hôpital". A ce niveau d'imbécillité propagandiste, on se dirait que personne ne tombe dans le panneau. Et bien non ça marche et chaque fois que je fais la remarque, je ne m'attire que des commentaires désapprobateurs.

J-P Filiu a écrit:
Pour sortir d’une impasse aussi désastreuse pour le système international, il est urgent de s’atteler enfin à un cessez-le-feu entre belligérants syriens à Alep. Cette approche « locale », que je prône depuis janvier 2014, à rebours des grands-messes diplomatiques sur les bords du Lac Léman, passe par la neutralisation de toutes les forces étrangères, qu’elles soient russes, pro-iraniennes ou jihadistes. Elle a l’immense avantage de ne pas poser la question du pouvoir à Damas et de contourner ainsi un blocage assuré au Conseil de sécurité de l’ONU.


C'est quand même fort: la Russie participe activement au processus de réconciliation entamé par le gouvernement, processus basé sur des intiatives locales comme celle de Darayya. Filiu nous a dit tout le mal qu'il pensait de Daraya, ce "bastion de la Révolution" (voir un article de juillet où il n'a, une fois de plus, rien vu venir) où il défend en fait la position des jusqu'au-boutistes.

J-P Filiu a écrit:
Que Staffan di Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie depuis 2014, cesse de se lamenter dans les couloirs de New York ou de Genève. Qu’il se rende sur-le-champ à Alep pour travailler à cette « paix des braves » entre Syriens de l’Est et de l’Ouest de la ville. Le défi est immense, mais si, comme l’affirme Ban Ki-moon, le destin de l’ONU est en jeu, alors cette voie doit être explorée jusqu’au bout. La Russie est en guerre en Syrie, il est temps d’en tirer toutes les conséquences, au moins diplomatiques.


Paix des braves? Que signifie ici l'expression? C'est terriblement vague, d'autant que Filiu semble encore refuser tout réglement diplomatique incluant Assad (je ne sais trop si sa position a évolué sur le sujet). Et la dernière phrase est stupéfiante: "La Russie est en guerre en Syrie, il est temps d’en tirer toutes les conséquences, au moins diplomatiques.", la Russie en guerre c'est quelque chose de différent de n'importe quel autre pays en guerre? En quoi les conséquences à tirer devraient-elles être tellement différentes? D'autant plus que vu le contingent russe (4000 personnels), on peut même difficilement parler d'intervention de grande envergure.
Au Conseil de Sécurité, S. Powers (qui avait fait le forcing pour la géniale intervention en Libye) nous parle de barbarie, pourtant, il n'y a pas dix ans les Américains prenaient la ville de Falloujah dans des circonstances assez proches (bombardements massifs, utilisation d'armes dangereuses (bombes au phosphore, uranium appauvri)...), de qui se moque-t-on?


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Lun 26 Sep 2016 20:30 
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Inscription: Jeu 18 Mar 2004 00:16
Messages: 737
Filiu est tellement soit incompétent, soit militant engagé, que même la rédaction du Monde a décidé de lui fermer ses colonnes et de le cantonner dans la rubrique blogs n'engageant pas la rédaction.

Il faut savoir que Filiu est un des inspirateurs de la politique pro-wahabbites pro frères musulmans de Fabius quand celui-ci sévissait au quai d'Orsay.

Donc Filiu répète les mensonges des propagandistes néoconservateurs et faucons libéraux qui mènent la danse à Washington.


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Lun 26 Sep 2016 22:03 
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Paul Ryckier a écrit:
Carlo,

merci de nouveau pour cet article. J'ai sur un forum fermé un contributeur Nouveau Zealandais, qui était dans l'armée dans la Syrie dans le temps. Il donne de temps à autre un résumé de ce qu'il arrive en Syrie. Je suis curieux pour voir son commentaire maintenant.

Cordialement, Paul.


J'ai eu maintenant un "update" du contributeur mentioné. Le but est de prendre Aleppo. Il n'est pas grande différence entre les rebelles soutenus par les Américains et un el Nusra, même un ISIS (Daech?). Et ils sont cachés parmi la population. Faut être un civil Syrien "normal" parmi l'hecatombe d'Aleppo...
Et parmi la presse occidentale les Russes sont les mauvais et les Américains sont les bons. A ma première vue les atrocités sont les mêmes des deux cotés...

Cordialement, Paul.


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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Mar 27 Sep 2016 09:20 
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@Carlo68

Encore une fois, chapeau bas pour vos interventions qui sont des plus instructives.

Pouvez-vous en dire plus sur ce que Filiu n’a rien vu venir à Daraya et en quoi il défend la position jusqu’au-boutiste ? Sinon quel rôle estimez-vous que Bachar doit jouer dans le règlement diplomatique (par rapport au reproche que vous faites à Filiu) ?
Dernièrement est-ce réellement manichéen de dire que « Bachar massacre son peuple » ? Il semble que cela soit la triste réalité et surtout cela ne suppose pas pour autant que l’on fasse preuve d’angélisme avec les camps d'en face.

@Ceasar Scipio

Etes-vous bien sûr que Le Monde a fermé « ses colonnes » à Jean-Pierre FIliu ? Ils ont publié une de ses tribunes il y a encore quelques mois….
D’autant que même si l’on estime que Jean-Pierre FIliu est une propagandiste il semble que cela soit surtout la couleur de la propagande qui vous déplaise… Ainsi vous n’hésitez pas à qualifier Alexandre Del Valle de brillant alors qu’en terme de manipulations il a fait ses preuves ;o)
Sinon Fabius était tellement pro-Frères musulmans qu’il s’est abstenu de condamner clairement le coup d’Etat contre Morsi…

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 Sujet du message: Re: Etat islamique et conflit en Syrie
MessagePosté: Mar 27 Sep 2016 19:37 
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Inscription: Jeu 18 Mar 2004 00:16
Messages: 737
Paul Ryckier a écrit:
Paul Ryckier a écrit:
Carlo,

merci de nouveau pour cet article. J'ai sur un forum fermé un contributeur Nouveau Zealandais, qui était dans l'armée dans la Syrie dans le temps. Il donne de temps à autre un résumé de ce qu'il arrive en Syrie. Je suis curieux pour voir son commentaire maintenant.

Cordialement, Paul.


J'ai eu maintenant un "update" du contributeur mentioné. Le but est de prendre Aleppo. Il n'est pas grande différence entre les rebelles soutenus par les Américains et un el Nusra, même un ISIS (Daech?). Et ils sont cachés parmi la population. Faut être un civil Syrien "normal" parmi l'hecatombe d'Aleppo...
Et parmi la presse occidentale les Russes sont les mauvais et les Américains sont les bons. A ma première vue les atrocités sont les mêmes des deux cotés...

Cordialement, Paul.


Eh oui, fort curieusement, nos medias vendus aux neocons et aux faucons libéraux américains, ainsi qu'aux petromonarques sunnites ne nous parlent que des bombardements russo-syriens en omettant soigneusement le martyr que les djihadistes barricadés dans Alep infligent à la population.

Aucun d'eux ne décrit les faits tels qu'ils sont pourtant :
- l'US Air Force assure l'approvisionnement en armes des djihadistes de la mouvance Al Qaïda et tente même de leur assurer un soutien aérien,
- et la même US Air Force, tout en bombardant avec une remarquable inefficacité l'Etat islamique, assure parfois son soutien aérien comme dans l'affaire de Deir Ezzor où ils ont coordonné l'attaque aérienne de l'une avec l'attaque au sol de l'autre.

Le Pentagone est même entré en rebellion contre l'autorité politique en sabotant ouvertement la trêve négociée par Kerry sous l'autorité d'Obama et en l'assumant publiquement.


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