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 Sujet du message: Violences antimusulmanes en Birmanie
MessagePosté: Lun 27 Juil 2015 08:05 
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Illustration d'un extrémisme bouddhiste, employé comme cache-nez d'une xénophobie bien répandue dans le monde :
Citation:
Mais le gourou Wirathu est populaire non pas tant pour ses recettes de succès que pour ses diatribes racistes, violemment antimusulmanes. Alors que les musulmans ne représentent que 4 % de la population birmane (contre près de 90 % de bouddhistes), le moine est persuadé que l’identité du pays est menacée. « Cela a commencé avec le “786” que les commerçants musulmans ont affiché sur leurs échoppes pour se reconnaître entre eux, explique-t-il doctement. Or, si vous additionnez ces trois chiffres, cela fait 21. Qu’est-ce que cela signifie ? Que les musulmans comptent prendre le contrôle du pays au XXIe siècle. » En réaction, fidèle à la passion locale pour la numérologie, Wirathu a pris la tête du mouvement 969. Le premier 9 représente les vertus du Bouddha, le 6 ses enseignements et le second 9 symbolise sa communauté. En astrologie, le 969 est supposé être l’opposé du 786 des musulmans.

Incarcéré en 2003 pour incitation à la violence, condamné à vingt-cinq ans de prison, Wirathu a été libéré en 2010 à la faveur d’une amnistie générale. En 2013, il devient célèbre en faisant la couverture de Time, titrée « Le visage du terrorisme bouddhiste ». Cette médiatisation fait de lui le Birman le plus connu dans le monde derrière Aung San Suu Kyi. L’air narquois, il évoque les expressions « Hitler birman » ou « Ben Laden bouddhiste » qui ponctuent les articles qui lui sont consacrés. Il sait très bien que la presse étrangère ne s’intéresse qu’à ses excès, que les articles ne seront qu’à charge. Mais il est grisé par cette célébrité et décoche volontiers quelques piques outrancières pour alimenter la polémique : « Je conseillerais plutôt à quelqu’un de donner sa fille en mariage à un chien qu’à un musulman », lâche-t-il. Wirathu vit de provocations. Il ne nous laissera pas partir sans nous montrer, sur son ordinateur, le film d’une manifestation, au Trocadéro. Des militants scandent : « Génocide en Birmanie ! » « Ils brandissent mon portrait ! Et là, on voit la tour Eiffel… »

Sa haine des musulmans passe par plusieurs vecteurs. Il y a d’abord sa page Facebook et ses 60 000 amis, son blog qui revendique un million et demi de visiteurs. Et puis, il y a son « bureau des plaintes ». Il reçoit dans son monastère tous ceux qui souhaitent son assistance dans une affaire les opposant à des musulmans. Ici, un musulman accusé d’avoir corrompu un policier après un accident de la route. Là, une histoire d’inceste ou une accusation de viol. Et aussi, à la pelle, des histoires de conversions forcées. Le moine se plaît à compiler ces plaintes et à les diffuser pour propager l’image de musulmans vicieux, voleurs, sournois et pervers. Et, surtout, pour développer l’idée d’une immigration massive qui risquerait de provoquer le remplacement de la population birmane.

Wirathu rumine son projet politique. Pour désigner son mouvement, il préfère désormais l’appellation les Patriotes plutôt que 969. Et il compte bien influencer le Parlement de Nay Pyi Taw : « Notre programme de défense nationale repose sur quatre lois que nous voulons faire adopter : loi sur le mariage, loi pour interdire les conversions, loi pour limiter les naissances et loi sur la polygamie. » Fin mai, la première d’entre elles a été ratifiée : les Birmanes sont désormais tenues d’espacer leurs maternités de trois ans au minimum. Une mesure supposée lutter contre la surnatalité prêtée aux musulmans.

La Birmanie a un lourd passé de violences intercommunautaires. Il y a, bien sûr, les rébellions karen, shan et kachin, héritages de la décolonisation et de la guerre froide, mais il y a surtout des scènes de pillage et de ratonnades qui ont principalement visé les communautés musulmanes, et pas seulement les Rohingyas de la côte. Au printemps 2013, une dispute à Meiktila (centre) entre un marchand d’or musulman et des clients bouddhistes a dégénéré et conduit à de véritables pogroms, provoquant 200 morts, principalement musulmans. 12 000 musulmans ont dû fuir la ville. Un an plus tard, à Mandalay, la rumeur s’est propagée sur le Net qu’une femme bouddhiste avait été violée par deux musulmans. Immédiatement, la ville s’est enflammée, notamment par le biais de Facebook sur téléphone mobile, que les Birmans utilisent frénétiquement. Des commerces ont été pillés, des maisons brûlées. Ce n’est qu’après le retour au calme que la prétendue victime a admis avoir reçu 1 000 dollars pour porter ses accusations.

Wirathu hausse les épaules quand on lui parle de ces fakes. « Bien sûr qu’il y en a. Mais ce sont toujours des musulmans qui en font. » Et les violences ? « Le bouddhisme est pacifique. Ce sont toujours les musulmans qui commencent. » Wirathu, pourtant, n’est sans doute que l’arbre qui cache la forêt de la haine bouddhiste. À Rangoun, l’ancienne capitale, Per Mauk Kha dirige le monastère de Ma Gway. Lorsque nous arrivons, il est occupé dans ses cuisines. Des volontaires s’affairent sur de gigantesques gamelles posées sur des feux de bois. Aujourd’hui, il tient meeting et va nourrir l’auditoire. Mille repas. Au menu ? « Du cochon, bien sûr, parce que tout le monde aime ça ! » Per Mauk Kha est lui aussi un relais du mouvement 969. Mais son discours est encore plus radical que celui de Wirathu. Il serait capable de regretter qu’il n’y ait pas davantage de musulmans dans le quartier (il finit par admettre qu’il n’y en a pas), pour pouvoir se plaindre de leur présence !

« La menace des musulmans est absolument terrifiante, bien plus grande encore que celle du nucléaire nord-coréen, annonce-t-il en crachant sa chique de bétel. Regardez l’Indonésie : en moins de deux siècles, ce pays à majorité bouddhiste est devenu un pays musulman. Si l’on n’y prend pas garde, demain la Birmanie sera aussi musulmane. C’est déjà ce qui est en train de se passer dans l’État d’Arakan [d’où sont originaires les Rohingyas, NDLR], on a déjà 1 600 mosquées. Il y a des villes dont la population est à 90 % musulmane, où les habitants ne connaissent même pas l’hymne national et où l’on ne salue plus le drapeau dans les écoles ! Imaginez qu’ils vont jusqu’à brûler leur propre maison, qui de toute façon ne vaut pas grand-chose, pour pouvoir ensuite accuser les bouddhistes d’avoir commis des violences à leur encontre. Ensuite, ils vont se plaindre aux médias internationaux et à l’Onu, qui leur donnent raison et nous accusent, nous. » Comme de nombreux moines, Par Mauk Kha n’utilise pas le mot « musulman », mais préfère celui de kalar, un terme birman injurieux pour désigner les étrangers.

Parmi les bénévoles qui préparent le repas, une jeune femme dit être traumatisée depuis que sa sœur a épousé un musulman. Elle a vu une vidéo du moine sur Facebook, qui l’a convaincue de rejoindre le mouvement. Indépendamment de sa présence sur les réseaux sociaux, Wirathu peut aussi compter sur une école et une clinique, rattachées à son monastère et gratuites, pour promouvoir ses idées.

Tous ces moines ont la tâche facile, tant le rejet de l’islam semble faire consensus en Birmanie. Au point qu’il est pratiquement impossible de trouver quelqu’un pour prendre la défense des Rohingyas, musulmans de la côte, considérés par l’Onu comme l’un des peuples les plus persécutés au monde. « On ne trouve nulle part cette ethnie dans l’histoire de notre pays. Ces gens dont on parle viennent du Bangladesh. Ils ont créé le nom “Rohingya” pour se faire passer pour des indigènes et politiser le problème. »

Ce jugement n’est pas celui d’un moine radical, mais de Ko Ko Gyi, l’une des personnalités politiques les plus respectées de Birmanie, proche d’Aung San Suu Kyi, ex-prisonnier politique et membre de la commission d’enquête créée après les violences dans l’Etat Rakhine. Ce qui l’effraie, c’est à la fois la pauvreté de cette population et la pression démographique. « Dans les régions proches de la frontière, 95 ou 97 % de la population est bangladaise. Le Bangladesh a un quart de la superficie du Myanmar, mais avec une population trois fois supérieure. » Et de conclure : « Si le monde prend le parti des Rohingyas, il s’attirera sans doute la sympathie de 1 million de Birmans musulmans, mais il se heurtera aux 50 millions restants. Nous avons besoin de la compréhension de la communauté internationale. Les Birmans sont en colère contre le monde et ses médias. »

Résultat : alors que la communauté internationale, et même le dalaï-lama (qui a très peu d’influence en Birmanie), presse Aung San Suu Kyi de prendre position sur la question, même ses plus fervents partisans louent son retrait, comme Win Htein, 73 ans, l’un de ses plus proches compagnons de route : « Si elle se positionne en faveur des Rohingyas, les habitants de Rakhine vont se soulever. Si elle se dresse contre eux, ce sont les musulmans et l’opinion internationale qui vont se soulever. Donc, pourquoi prendre le risque de prendre position ? Rester sur la réserve est bien plus sage. C’est de la politique banale. Cela n’a rien à voir avec un manque de courage. »

« Tous ces pays qui critiquent la Birmanie sur sa politique avec les musulmans, qu’ils les accueillent ! Qu’ils les prennent chez eux… Les droits de l’homme ne peuvent outrepasser la souveraineté d’un pays. Notre pays est pauvre et sous-développé, nous devons prendre garde aux immigrants », s’agace quant à lui Khin Maung Swe, président de la National Democratic Force, un autre parti d’opposition. À l’instar de beaucoup de Birmans, il nie la nationalité des Rohingyas et considère qu’ils sont des migrants venus du Bangladesh. « Nous sommes d’accord pour fournir une assistance humanitaire ponctuelle mais, à la fin, il faut qu’ils rentrent chez eux. » Parmi les déclarations politiques fracassantes, on note aussi celle de Nay Myo Wai, président du Parti pour la paix et la diversité – sic ! –, qui appelait à « leur tirer dessus et à les tuer en mer ».

Pour trouver des opposants à ce racisme érigé en quasi-religion d’État, il faut se rendre aux marges. Par exemple, le groupe de punk No U Turn. Trois garçons qui répètent dans une maison capitonnée. Tatouages, blousons noirs, coiffure en pétard et piercings, Ye Ngwe Soe est l’un de ces rebelles qui osent une critique radicale de la société birmane. « J’ai étudié longtemps le bouddhisme et je me suis rendu compte que le Bouddha était finalement assez punk. En tout cas, il n’est pas birman. Il n’y a aucune raison qu’il soit l’otage des ultranationalistes ! » Sans doute Ye Ngwe Soe est-il assez marginal pour pouvoir se permettre ce genre de déclaration, parce que des propos semblables, prononcés par Htin Lin Oo, écrivain et éditorialiste, membre du bureau de la Ligue nationale pour la démocratie, ont été considérés comme une insulte à la religion. Arrêté pour blasphème, il a supplié Aung San Suu Kyi, présidente de son parti, de prendre ses responsabilités dans le débat. La réponse a été cinglante, puisqu’il a été relevé de ses fonctions au sein du parti, avant d’être condamné à deux ans de travaux forcés.

2015, Le Point 2232, 61-64


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 Sujet du message: Re: Violences antimusulmanes en Birmanie
MessagePosté: Lun 2 Jan 2017 18:59 
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La xénophobie n’est pas une spécialité des mécréants.
Bouddha n’est pas très bienvenu en terre d’Islam.
Voir l’interdiction de la vente des statues de Bouddha.
L’un des deux bouddhas géants de Bamiyan a été détruit.
L’information circule, l’histoire des conquêtes est à la portée de tous les lecteurs, tous les peuples ne sont pas masochistes.
Le respect des traditions et des anciens n’est pas une spécificité musulmane.

J’ai participé par hasard aux festivités d’un nouvel an bouddhiste au bois de Vincennes, j’étais à deux mètres du Bouddha mêlé à la foule des fidèles qui priaient et chantaient avec des offrandes, je n’ai vraiment pas eu l’impression d’être un intrus, j’étais pourtant très reconnaissable au faciès.
Bouddha m’a semblé très accueillant et sympathique, je ne suis pas certain de pouvoir en faire autant dans des « festivités musulmanes ».
Les Dieux n’ont pas tous la même approche avec les étrangers à leur religion.


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 Sujet du message: Re: Violences antimusulmanes en Birmanie
MessagePosté: Lun 2 Jan 2017 19:11 
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sans tomber dans le simplisme, il ne faut jamais exclure que des motivations religieuses ne servent à camoufler d'autres considérations (ethniques ou sociales ...)....


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 Sujet du message: Re: Violences antimusulmanes en Birmanie
MessagePosté: Lun 2 Jan 2017 19:58 
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Localisation: Capicursinu-Sophia
Oui, bien sur mais le “786” est bien une volonté de s'affirmer religieusement, la volonté de combat religieux est bien présente.


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