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 Sujet du message: Djihadisme international
MessagePosté: Mar 15 Jan 2019 20:26 
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Après la guerre... Rencontres dans un camp de prisonnières d'extrême droite parties en Orient pour tuer du Syrien ou de l'Irakien.
Citation:
« Même s’il faut faire de la prison, je veux rentrer en France. » […] C’est Amandine Le Coz, 28 ans, originaire de Domont, dans le Val-d’Oise. Elle est détenue depuis huit mois dans un camp abritant des femmes accusées d’avoir rejoint l’État islamique. « J’ai besoin de parler », confie-t-elle. Depuis son arrivée ici, elle n’a jamais vu le moindre représentant français. Après s’être rendue aux forces kurdes, elle a échoué dans cet endroit appelé Roj, un camp de tentes grises plantées sur un immense terrain vague, non loin de puits de pétrole et d’une usine de production de goudron. Un lieu situé à deux pas de la frontière turque et à une heure et demie de Kamechliyé, la capitale du Kurdistan syrien. « Est-ce qu’on va nous rapatrier ? demande-t-elle maintenant. J’ai peur pour lui… Il vomit, il ne mange pas », poursuit-elle en berçant son enfant de 2 ans qui grimace sous la chaleur. Elle raconte son histoire : son échappée vers la Syrie il y a quatre ans avec un Marocain rencontré sur Internet, son installation plus tard à Raqqa, la capitale du « califat », son époux qui la frappe et qui meurt au combat, son second mariage avec un Algérien, les bombardements, son envie de fuir, sa peur d’être dénoncée aux hommes de Daech et aujourd’hui son désir de rentrer pour reprendre ses études d’infirmière… « Vous croyez que la France va nous laisser mourir ici ? » insiste-t-elle.

Les gardiens réapparaissent. Il faut s’esquiver. Les consignes adressées par Paris aux responsables du camp sont strictes : interdiction à toute personne extérieure de communiquer avec les Françaises. Les Kurdes les appliquent. « On ne veut pas d’ennuis », disent-ils. Les Françaises ? Elles sont ici une quinzaine, accompagnées de 35 enfants, sur plus d’un millier de femmes et 900 enfants issus de 46 nationalités. Toutes arrêtées à la suite de l’offensive lancée par les Kurdes et la coalition internationale contre Daech. Parmi elles, une figure du djihadisme français : Émilie König, 33 ans, native de Lorient, l’une des premières à rejoindre la Syrie, à l’automne 2012. Elle figure sur la liste noire des « combattants terroristes étrangers » dressée par la CIA. C’est une coriace. Surprise près d’Alep à s’entraîner au maniement d’un fusil, elle est réapparue sur les réseaux sociaux en train de recruter des kamikazes et à encourager des attentats dans l’Hexagone. […] Elle occupe désormais une tente avec son garçon et ses deux jumelles, à l’autre bout du camp. Pour l’heure, elle n’a aucune chance de revoir les quais de son port natal. Même après une peine de prison.

L’État français accepte le rapatriement des enfants avec le consentement des mères, mais s’oppose à celui des adultes. « S’il y a des institutions judiciaires, elles doivent être jugées là-bas », explique le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Seul problème : le Kurdistan syrien n’a aucune existence légale aux yeux de la communauté internationale. Quant aux relations diplomatiques avec Damas, elles sont rompues depuis 2011. […] Mais le gouvernement n’entend pas froisser une opinion publique hostile au retour des djihadistes. « Arrêtons de penser qu’il s’agit de brebis égarées contraintes par leurs maris de se rendre en Syrie, souligne un haut fonctionnaire chargé du dossier. À une ou deux exceptions près, ce sont toutes des militantes qui doivent rendre des comptes sur le lieu de leurs exactions. » Une position confortée par l’attitude des autres pays d’origine, tout aussi réticents à récupérer leurs ressortissantes, en dehors de la Russie, de l’Indonésie et du Soudan.

[…] Les tentes s’alignent, numérotées le long de rues imaginaires : 356, 358, 360… Les gamins sont partout, gesticulant, braillant, avançant à quatre pattes sur le gravier. Des têtes blondes, des yeux clairs, des peaux blanches ou métissées, des petites filles voilées de noir et des exclamations qui jaillissent dans toutes les langues, en arabe, en russe, en suédois, en flamand… L’école, une succession de boîtes Algeco, accueille les classes dès l’âge de 3 ans. Un dessin de Tom et Jerry décore l’une d’elles. Le chahut règne. Trois petits Kirghizes slaloment dans la cour, poursuivis par le directeur kurde incapable de les ramener sur leurs bancs. Deux autres élèves, un Allemand et un Syrien, s’échangent leurs chaussures pendant le cours d’anglais. Un autre avale un paquet de chips devant son professeur de théâtre, qui peine à organiser une ronde, une clochette à la main. Seul le cours de musique rencontre un franc succès. Ça chante, ça danse et ça monte sur les tables. […] « C’était interdit chez Daech, au début ils ne voulaient pas y participer », raconte un enseignant. « Laïlaïlaïlala… Tu me manques, mon pays ! » entonne le groupe en arabe sur les notes de piano du Pr Moustapha, tandis qu’un garçon feint de jouer à la guitare. Puis vient un air en kurde. « Nous sommes les enfants de la paix, ne tuez pas les esclaves… »

Dans un coin, pourtant, une petite portant le voile reste silencieuse. « C’est la honte », dit-elle en regardant ses camarades. Elle se prénomme Emine et vient de Rouen. Elle est âgée de 8 ans et raconte être partie avec sa mère lorsqu’elle avait 5 ans. Son père, d’origine marocaine, vit toujours en Normandie. « J’ai fait beaucoup de villes, murmure-t-elle. Raqqa, c’est moins bien que Rouen parce qu’il y a des bombes. » Et la petite fille de glisser : « Je voudrais retourner en France. » Peu de mères décident d’envoyer leur progéniture à l’école. « Il y fait trop chaud », dit une Tunisienne. « Le niveau est très bas, ajoute Victoria, une Russe originaire de Bachkirie, je préfère leur enseigner moi-même les mathématiques. »

Un lieu, en revanche, attire les foules : la clinique, dépourvue de bloc opératoire et réservée aux premiers soins. Mais les patientes sont exigeantes. Pas question de se soumettre à l’examen des deux hommes médecins. « Il doit se retourner et je palpe le corps sans pouvoir ôter les vêtements, déclare l’infirmière Roukian Mihe. Je dis ce que je sens au médecin qui m’indique dans quelle direction déplacer ma main. [Elle soupire]. Quand je pense que chez les djihadistes elles se mariaient le soir et divorçaient le matin ! » C’est au tour de Feza, une Néerlandaise d’origine turque. Elle a fui Raqqa avec son mari lorsque Daech a voulu s’emparer de leur restaurant devenu prospère. « Mais on a bien vécu », assure-t-elle. Elle arrive avec sa fille de 9 mois. Devant le médecin, elle s’emporte aussitôt : « Elle a de la fièvre ! Elle est déshydratée ! » L’homme la calme et lui prodigue des conseils. Elle repart. « Elles se méfient toutes de nous », lâche le praticien en retirant son masque. Les moyens, il est vrai, manquent, à commencer par les médicaments. […] Pas d’épidémie, mais des morts, tout de même. Une dizaine depuis l’ouverture du camp, parfois dues à des tuberculoses mal soignées. Sans parler de l’accident dans lequel a péri le petit Ibrahim, le fils d’une Marseillaise, âgé de 18 mois. Il a été percuté par la Jeep d’un gardien voilà trois semaines.

[…] On se faufile entre les tentes en contournant des toilettes construites en brique et plutôt propres. Le son d’une lecture du Coran monte et couvre des toux d’enfants. Plus loin, une porte s’ouvre. Quatre Syriennes discutent à l’intérieur. Un climatiseur rafraîchit l’air. Une télévision équipée de chaînes satellites occupe un coin, un divertissement proposé par le camp moyennant 50 dollars. Assises sur un tapis, les femmes sont mariées à deux Tunisiens et deux Saoudiens, emprisonnés depuis un an et demi. « Pas des combattants », jurent-elles. « Un responsable de mosquée », « un vendeur de gaz », « un fonctionnaire » et « un handicapé », précise même la dernière. Leur angoisse ? Perdre la garde de leurs enfants. Car ceux-ci portent désormais la nationalité du père, conformément à la loi locale. « Ils vont partir avec eux dans leur pays ! » se lamentent-elles.

Un désarroi également vécu par les Françaises. Mais pour des raisons différentes. Le 21 octobre, elles ont enfin rencontré des émissaires du Quai d’Orsay. Lors d’un entretien individuel de trente minutes, elles apprennent que leurs enfants pourront être rapatriés, confiés à des familles d’accueil. « Et nous ? » demandent-elles alors. « On se soucie de votre sort », répondent laconiquement les agents français. Traduction : notre mission ne concerne que les enfants. Depuis, elles multiplient les messages sur WhatsApp. « C’est hors de question, ils restent avec moi », dit Margaux Dubreuil, 28 ans, originaire de Nantes et mère de trois enfants. « J’accepte, car je veux qu’ils sortent de cet enfer au plus vite », écrit une autre, ancienne employée de maison de retraite, également sur place avec ses trois enfants de 8 ans, 5 ans et 2 ans et demi. « Chez Daech, j’ai réussi à les protéger du monde extérieur, mais ils retrouvent ici d’autres enfants traumatisés qui égorgent les chats et jouent à la guerre, poursuit-elle dans le même message, avant de demander : que va-t-il se passer après ? Qui va me juger ? Mon angoisse, c’est d’être envoyée et condamnée en Iraq, car je sais que je ne les reverrai plus jamais. »

Direction la « zone commerciale » du camp. Quatre boutiques avec sur leurs présentoirs quelques yaourts, des œufs, des cornets de glace, une ou deux pastèques… Des victuailles destinées à compléter les rations de riz, de lentilles et de petits pois distribuées gratuitement. Sauf qu’il faut payer. Abela, une Tunisienne, demande à peser une poule. Trop lourde, trop chère. Elle se rabat sur deux oignons. « Pour donner du goût aux lentilles », précise-t-elle. Son pécule, elle le collecte en lavant les vêtements et la vaisselle de ses voisines. « On a besoin de 70 dollars par mois pour vivre normalement », affirme-t-elle. Une somme dont peu de prisonnières disposent. Alors c’est le règne de la débrouille, et les communications Internet octroyées à chacune d’entre elles ne servent qu’à une chose : récupérer des habits et de l’argent auprès des proches. Comment ? En recourant aux transferts d’argent en ligne, proposés par la Turquie mais fortement taxés, ou en sollicitant les gens de passage. Il n’empêche, la tension monte. Hier, les femmes ont renversé au sol leurs sacs de lentilles en signe de ras-le-bol. « On les comprend, à leur place on ferait pareil, admet une gardienne. On n’a rien d’autre à leur donner. » Une situation de pénurie qui désespère les autorités kurdes. « Les pays d’origine de ces femmes manquent à leur devoir, ils nous laissent tout gérer, peste Mizgin Ahmed, la chef du camp. Vous croyez vraiment que les associations caritatives se bousculeront pour nourrir les femmes de Daech ? »

Il est 13 heures et le soleil cogne. Des mères houspillent leurs enfants pour les mettre à l’abri. L’une d’elles avance une vieille poussette. Et soudain, au détour d’un chemin, un visage connu : celui d’Emilie König, la tête recouverte d’une capuche, ses deux filles à la main. On l’interpelle. Elle tourne les talons et s’éloigne. « Elle est fière, confie une voisine, avant elle nous menaçait mais maintenant, elle veut rentrer en France. » « Elle est dans le repentir, affirme depuis Paris son avocat, Bruno Vinay, qui ne l’a jamais rencontrée. Elle me dit qu’elle en a marre des Arabes et fait même des projets. » […] En août, une prénommée Saïda, originaire de Lunel, dans l’Hérault, et mère de deux enfants, a été agressée à coups de pierre. « Je suis l’une des seules à refuser de porter le voile, alors une Française et une Allemande ont voulu me lyncher dans la tente en criant “Allah Akbar”, raconte-t-elle. Je les ai chassées en les menaçant avec un couteau. » Elle s’en est tirée avec cinq points de suture au front, mais elle craint de nouvelles attaques. « Je ne dors plus la nuit », dit-elle. « Il suffit de mâcher du chewing-gum pour se faire traiter de mécréante par les plus radicales, confie une autre prisonnière. Elles viennent ensuite vous voler votre argent ou vos couvertures dans la tente. »

De fait, la plupart de ces femmes vivent encore dans la nostalgie de Daech. « Elles se chamaillent entre elles en se vantant d’avoir les maris qui ont tué le plus grand nombre d’ennemis », relate Mizgin Ahmed. Et certaines font du zèle. « Il faut comprendre tous les aspects, argumente une Égyptienne rencontrée devant un étal de légumes. Lorsque vous découvrez les corps de 200 civils bombardés par votre aviation [occidentale, NDLR], je ne suis pas sûre que le bien soit de votre côté. »

D’autres fomentent des projets d’évasion. C’est le cas d’une Marocaine dont le mari, toujours en liberté, a monté une opération depuis la Turquie. C’était il y a deux mois. Le djihadiste a réuni 400 000 dollars pour soudoyer des hommes de main et des gardiens du camp. « On était au courant, raconte un membre du personnel. Le jour où elle a voulu s’échapper, on a arrêté tout le monde. Elle est maintenant dans une cellule. » Une issue qui ne décourage pas les plus déterminées. Face à leur sort précaire, certaines préfèrent courir le risque. […] Il se murmure que l’organisation d’une évasion coûterait entre 7 000 et 13 000 euros. Et puis le camp ne ressemble en rien à une forteresse. Certes, des projecteurs sont braqués la nuit et des miradors ceinturent le lieu, mais la clôture s’apparente davantage à un grillage. Il existe aussi une autre façon de se faire la belle : se porter candidat à un échange de prisonniers ; 70 femmes auraient déjà refait leur paquetage à destination de Daech pour obtenir la libération de combattants kurdes. Ces derniers jours, une nouvelle liste circulerait, réservée aux femmes syriennes et russes.

Depuis le départ de leur fille en Syrie, les parents d’Amandine Le Coz ont quitté Domont pour s’installer en Bretagne dans un pavillon jouxtant un champ de choux. Ils veulent croire à son retour. « Regardez, avec son fils, elle aura le 1er étage pour elle toute seule, s’exclament-ils. Ils auront même leur salle de bains ! » Les voilà à présent qui feuillettent le book d’Amandine, réalisé lorsque celle-ci rêvait de devenir mannequin. […] « Après on n’a pas compris, avoue la mère, Joséphine, en refermant l’album. Les jupes de plus en plus longues, les cris quand elle découvrait du porc dans le frigo… » Son mari poursuit : « Et puis, à notre retour de vacances aux Baléares, la préfecture de Pontoise m’appelle pour me dire qu’elle est partie en Syrie. » « Au téléphone, c’était plus la même, reprend son épouse, elle nous traitait de “kouffar” [« infidèles »] et me disait “maman, viens me rejoindre, tu vas être heureuse ici.” » La mère allume son portable. Elle écoute un nouveau message vocal d’Amandine envoyé depuis le camp. Elle est ravie d’avoir reçu des chaussures neuves pour son garçon. (2018, Le Point 2410, 44-50)

Emilie König a quitté Lorient pour la Syrie en 2012. Celle qui appelait à des attentats en France serait dans le repentir, dit son avocat. (2018, Le Point 2410, 46)


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 Sujet du message: Re: Djihadisme international
MessagePosté: Mar 15 Jan 2019 23:59 
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Inscription: Sam 13 Mai 2006 23:36
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Certes, ici la réflexion doit primer sur le réflexe et sur l’émotion.

Néanmoins, je ne peux m’empêcher de me souvenir qu’il y a eu, notamment en France, de nombreuses femmes et enfants parmi les victimes de Daech, et que celui-ci a pieusement et religieusement justifié le fait de tuer des femmes et des enfants dans sa lutte contre les mécréants.

Les femmes qui sont parties là-bas savaient ce qu’elles faisaient, et si elles ne le savaient pas, elles auraient dû. Leur chagrin et leurs angoisses ont du mal à m'émouvoir.

Le fait d’accepter le retour des enfants mais pas celui des femmes me semble de bonne politique.
A part les enfants, les plus à plaindre sont probablement les Kurdes qui se retrouvent avec ce fardeau à gérer, sachant qu’il ne manquera pas de bonnes âmes pour leur reprocher tout manquement à l’état de droit.


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 Sujet du message: Re: Djihadisme international
MessagePosté: Mer 16 Jan 2019 00:09 
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Inscription: Jeu 12 Fév 2009 19:50
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je me demande si les soldats irakiens n'ont pas été plus expéditifs.

En tous cas je n'ai pas eu d'écho du même type sur les femmes de Daesh emprisonnées à Bagdad. (mais je ne prétends pas tout savoir non plus)

Une chose est sûre, apparemment on ne croule pas sous les maris prisonniers.


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