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 Sujet du message: Re: Les motivations des islamistes
MessagePosté: Mer 17 Avr 2024 11:45 
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Je poursuis. C'est l'honneur d'un journaliste du Moyen-Orient et d'une chaîne saoudienne de montrer l'ignominie de Daech et de ses partisans et avocats.

Du Moyen-Orient, du Caucase, du Maghreb et d'Europe, des ultra-réactionnaires sunnites, hommes et femmes, sont accourus en Syrie et en Irak pour buter du Syrien et de l'Irakien, et violer leurs femmes et leurs filles. Certains sont rentrés, certains sont cachés en Europe ou dans des camps sous protection turque (!).

Comme l'écho des génocides turco-ottomans et du massacre du Hamas du 7 octobre 2023, l'infamie se prolonge dans le silence des opinions soi-disant sunnites du monde entier, et pseudo-féministes en Europe occidentale.

Voici trois articles glaçants.

Le premier est l'interview du courageux journaliste.

Le deuxième prolonge celui que j'avais posté dans mon précédent message (relatant le premier documentaire sur l'épouse d'al-Baghdadi) et mentionne l'interview de sa fille Oumima (deuxième documentaire) et un premier témoignage d'une esclave sexuelle yézidie (troisième documentaire).

Le troisième parle du troisième documentaire. Plongez en enfer...
Citation:
Enlevé par Al-Qaïda en 2005 après un entretien avec le porte-parole de l'armée américaine, le journaliste Majid Hamid, directeur du bureau de la chaîne Al-Arabiya à Bagdad, est le réalisateur de cet incroyable documentaire diffusé en mars 2024. Dans un entretien exclusif avec Le Point, il raconte l'histoire de ce film, la souffrance et la peur éprouvées par ces femmes depuis le tournage. Il témoigne également de ce que signifie être un journaliste opposé aux islamistes dans un pays comme l'Irak, où Daech dispose toujours d'agents très présents et très influents.

[…] En janvier dernier, j'ai interviewé Asma Mohammed, la veuve d'Abou Bakr al-Baghdadi, l'ancien chef de Daech. Elle a raconté sa vie sous Daech. Al-Baghdadi avait quatre femmes considérées comme ses épouses et plusieurs autres comme sabaya (esclave sexuelle). Asma a tenté de se justifier, mais elle n'a pas pris la défense de son ex-mari. Elle a admis qu'il détenait neuf captives yézidies, affirmant qu'elle les traitait avec gentillesse. Certaines d'entre elles étaient comme ses propres filles. Elle a mentionné plusieurs prénoms, comme Riham et Raha, âgées de 8 et 10 ans au moment de leur enlèvement, en 2014. Ces prénoms ont été confirmés par sa fille, Oumima, que j'ai également interviewée.

Où les avez-vous vues ?

Nous nous sommes rendus dans la région de Sinjar, une zone kurde dans le nord de l'Irak, pour rencontrer les familles de Riham et Raha. Nous avons rencontré plusieurs de leurs proches qui avaient également été enlevés par l'État islamique à la même période. Ils ignoraient que leurs filles avaient été capturées par Abou Bakr al-Baghdadi lui-même, jusqu'à la diffusion de l'interview d'Asma. Au départ, ils ont refusé d'enregistrer l'entretien par crainte de représailles de la part de Daech. Certains ont finalement accepté, à condition que leur visage soit masqué. Nous avons donc commencé le tournage avec Ashwak, la sœur de Riham. Elle avait réussi à s'échapper trois mois après avoir été capturée, mais, malgré ses recherches, elle n'a jamais retrouvé sa sœur. En 2017, Ashwak a reconnu son violeur, Abou Houmam, un leader de Daech, par hasard à Berlin. Elle a alerté la police allemande, qui a renvoyé Abou Houmam en Irak.

Vous avez également rencontré Souad, l'une des sœurs de Raha…

Oui. Elle a été retenue captive par Daech pendant quatre ans, entre 2014 et 2018, et a été déplacée constamment entre l'Irak et la Syrie. Pendant cette période, elle a été violée par plusieurs chefs de Daech. Comme Ashwak, elle a accusé l'épouse d'Al-Baghdadi de mentir dans le documentaire, affirmant qu'elle était complice de son mari dans le commerce des filles au « souk de sabaya » (« marché aux esclaves »), où les Yézidies ont été vendues à plusieurs reprises par les dirigeants de l'organisation. Souad nous a raconté que Raha l'avait contactée via un compte Facebook, il y a un an, et l'avait suppliée de travailler à sa libération. Depuis, le compte a été fermé, et il n'y a plus de nouvelles d'elle. Nous avons également parlé à Chirine, qui a été kidnappée et qui a toujours deux filles chez Daech, et à Rosita, une jeune femme qui a passé toute son enfance et son adolescence comme esclave sexuelle pour l'organisation.

Quels sont les moments qui vous ont le plus bouleversé pendant le tournage ?

Le tournage a duré trois jours, pendant lesquels nous avons écouté leurs histoires très dures et très tristes. Je sais qu'il y a encore beaucoup de détails qu'elles n'ont pas révélés, probablement par peur. Dès que nous lancions la caméra, elles se mettaient à pleurer. Nous avons été obligés d'interrompre le tournage plusieurs fois. Certaines d'entre elles ont été témoins de scènes d'élimination de femmes qui ont essayé de s'échapper.

Quel est le témoignage le plus poignant pour vous ?

Celui de Rosita m'a particulièrement touché. Elle avait seulement 8 ans lorsqu'elle a été arrachée des bras de sa mère en 2014 et violée par le numéro deux de Daech, Hadj Taysir. Fille unique, elle n'a toujours aucune information sur ses parents, qui sont également captifs de l'État islamique. Après avoir témoigné, elle n'a pas arrêté de pleurer.

Comment vont ces femmes aujourd'hui ? Sont-elles accompagnées par des psychothérapeutes ?

Ces femmes vivent une situation terrible. Le père d'Ashwak m'a confié qu'ils vivaient dans une tente depuis que leur maison avait été bombardée par Daech. Aujourd'hui, la situation dans la région de Sinjar reste instable en raison de conflits entre le Parti démocratique du Kurdistan et d'autres groupes armés. C'est pourquoi elles souhaitent émigrer, et je pense qu'elles devraient le faire.

Daech a-t-il toujours la capacité de garder des otages, même s'il a perdu le pouvoir en 2018 ?

Certaines femmes nous ont confirmé qu'il y avait des Yézidies dans le camp d'Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, qui abrite des personnes déplacées de l'État islamique, soit plus de 20 000 personnes. Elles vivent dans des tentes clandestinement et sont menacées par les femmes de Daech si elles révèlent leur véritable identité, risquant d'être tuées. Il est important de noter que certaines parties de la Syrie sont toujours sous le contrôle de l'organisation terroriste. Lorsque je leur demandais quel était leur pire cauchemar, leur peur la plus terrifiante, elles répondaient : le retour de Daech. Elles pensent que c'est toujours possible.

Et vous, est-ce que vous avez peur ?

Je reçois régulièrement des menaces de mort de la part de Daech, du type « on va te couper la tête ». J'ai déjà été enlevé par Al-Qaïda dans un restaurant de la ville de Ramadi, à l'ouest de Bagdad, et j'ai été torturé pendant cinq jours. Malgré cela, un an plus tard, j'ai commencé une série documentaire sur l'État islamique, intitulée La Fabrication de la mort. Leurs menaces ne me font pas peur. Je pense qu'il faut prendre des risques pour faire éclater la vérité, et rien d'autre que la vérité.

2024, Le Point 2696, 44-45

Citation:
Face au journaliste d’Al-Arabiya, la fille du calife Oumima al-Baghdadi, née en 2002, explique n’avoir croisé son père que vers l’âge de 10 ans. À l’âge de 12 ans, elle a été mariée avec Mansour, l’homme de main du calife, son garde du corps. […]

Interdiction de sortir, de se mêler aux autres, de monter sur les terrasses… « On ne vivait pas comme des êtres normaux », explique sa fille. De retour du « travail », en fin de soirée, le calife inscrivait les prénoms de ses épouses sur des bouts de papiers et sa fille, Oumima, tirait au sort l’une d’elles, celle qui aurait alors l’honneur de partager sa couche. Al-Baghdadi avant deux épouses étrangères : une Syrienne, considérée par toutes les autres comme étant une femme dure et à l’origine de nombreux conflits, et une Tchétchène. Elles formaient un clan face aux deux Irakiennes, dont Asma, la première épouse.

Oumima se souvient des esclaves : « Elles pleuraient, elles étaient en mauvais état, etc. » […] L’intervieweur lui montre alors une photo. « C’est Sipan, la Yézidie. » […] « Elle est restée quinze jours avec nous. On lui parlait comme un membre de la famille. »

Sipan, aujourd’hui réfugiée en Allemagne, est une Yézidie. Elle fut capturée, vendue, achetée, violée comme des milliers d’autres esclaves sexuels. Dans une vidéo diffusée par la chaîne saoudienne, des hommes barbus discutent, négocient, se relancent, rieurs et amusés. […] Un autre encore surenchérit avec une condition : « Cela dépend si ses yeux sont bleus. » […]

Sipan a été kidnappée à l’âge de 14 ans. « Sept années de captivité, de violences sexuelles et mentales, physiques », raconte-t-elle. Elle se souvient des ravisseurs : « Leurs rires après les massacres étaient le signe d’un triomphe incompréhensible pour moi. » […] L’âge préféré des clients ? De 10 à 14 ans. « On les maquillait, on les préparait. […] Il y avait un Jordanien qui achetait les fillettes et les revendait dans d’autres pays. » De Sinjar en passant par Mossoul et Raqqa, Sipan finira dans le harem d’Abou Bakr al-Baghdadi. « Ce n’est pas un homme, mais un monstre. » […] Un homme sans humanité. Un homme qui viole trois femmes par jour. »

2024, Le Point 2696, 43

Citation:
Loi 1 : « Aucune femme n'est licite pour l'homme si elle n'est pas son épouse ou sa propriété, sa servante. » Loi 2 : « La servante ou l'esclave le deviennent par la guerre. » Loi 3 : « Un homme, s'il a combattu durant le djihad, obtient la captive par don de son gouverneur ou en l'achetant. » Ces textes moyenâgeux, datant des conquêtes guerrières d'il y a dix siècles, peuvent être encore plus explicites sur le bon usage des esclaves sexuelles prises lors des victoires armées. Par exemple, on ne peut en « user » qu'après un cycle menstruel, ou bien seulement après accouchement, si l'esclave a été capturée enceinte. C'est par ces « avis religieux » de la littérature de l'empire d'autrefois, aujourd'hui monstrueux, que Daech a justifié le recours au kidnapping, au rapt et à la soumission des esclaves sexuelles, souvent yézidies, durant le règne de l'État islamique en Irak et en Syrie (2014-2019). Dans des entretiens inédits, la chaîne internationale saoudienne Al Arabiya (concurrente d'Al Jazeera, de tendance « Frères musulmans »), Asma, la première épouse d'Abou Bakr al-Baghdadi (1971-2019), le calife de Daech, avait évoqué les mœurs du harem du calife en adoucissant, par calcul ou par peur, le récit de la traite sexuelle. Le « on savait si peu » prévalait quelquefois sur la responsabilité directe, notamment celle de la première épouse d'Al-Baghdadi en 1999, mariée à cet homme bien avant la proclamation du califat dans la mosquée de Mossoul en juin 2014.

Pour reconstituer les faits, il manquait la voix des victimes, celles qui avaient été rachetées par leurs proches, celles qui avaient réussi à fuir et à survivre aux bombardements, à la traite humaine et à leurs propres souvenirs du cauchemar. Le scoop d'Al Arabiya, diffusé il y a quelques semaines, n'est pas resté sans suite. Quelques semaines après, deux émissions de 52 minutes chacune proposent des entretiens bouleversants de quelques Yézidies survivantes utilisées comme sabayas – traduire : esclaves sexuelles. Ce mot sabaya, inconnu en Occident, signifie en même temps butin, propriété, objet, esclave, servante. C'est un sort qui a frappé des milliers de jeunes filles yézidies lors de la prise de Sinjar, une ville située dans le nord-ouest de l'Irak, proche de la frontière syrienne, dans la province de Ninawa, foyer historique de la religion yézidie. Les deux émissions, parfois insoutenables, laissent entrevoir l'enfer vécu par ces femmes survivantes de la « traite ».

Commençons par le début : comment devient-on esclave de Daech ? Quel est le mode d'emploi des captives ? Le marché aux esclaves de Daech est une réalité. Une réalité vécue par les victimes, assassinées ou survivantes, mais également vue et certifiée par les médias et souvent mise en avant par les services de propagande de Daech lui-même, pour augmenter l'attractivité du djihad. Lors de ces deux émissions, l'une des rescapées, Sarab Naif Issa, raconte qu'un jour elle a réussi à fouiller le téléphone mobile de l'un de ses maîtres, le dernier en date dans la chaîne de ses « propriétaires ». Il l'avait oublié dans la maison. « J'ai découvert un groupe WhatsApp intitulé Souk Ennissa [marché des femmes] avec des photos de femmes accompagnées de leur prix. » Après la sélection et l'offre d'achat, précisera-t-elle, le « client » venait voir la marchandise dans une ferme en Syrie, où l'on regroupait souvent les captives. Ce marché avait connu même des « excès » d'usage, selon les archives retrouvées après l'effondrement de « l'État ». On y lit que les muftis avaient dû intervenir pour encadrer le marché et rappeler les lois après des « abus de maîtres ». Lesquels ? Ne pas respecter, par exemple, le délai cité plus haut de « purification » de l'esclave par un cycle menstruel entier, ou le fait qu'un même homme jouisse d'une femme et de sa fille. Le marché avait connu son apogée à la prise de Sinjar à la mi-août 2014. Toutes les captives racontent, presque à l'identique, les détails de la chute de cette « capitale » et la route vers leur sort.

[…] Elle fut aux mains du califat pendant près de trois mois. Avant sa fuite, elle a longuement recherché sa sœur et sa cousine, toutes deux kidnappées en même temps qu'elle durant la nuit fatidique des massacres de Sinjar en août 2014. En vain. […] Après la prise de la province et de la capitale du territoire kurde irakien, « nous étions beaucoup de filles et de fillettes captives. Ils nous ont séparées les unes des autres. Ma sœur et ma cousine avaient été placées ailleurs ». Ashwak ne les verra plus et n'entendra plus jamais mentionner leurs prénoms.

Jusqu'au jour de la diffusion du témoignage de l'épouse d'Al-Baghdadi sur la chaîne Al Arabiya il y a quelques semaines ! « Ce jour-là, raconte la rescapée, tout le monde nous a appelés pour nous répéter que l'épouse du calife avait confirmé la présence de deux fillettes dans le harem d'Al-Baghdadi. » En effet, à la question de la présence d'un harem sous son autorité, Asma, l'épouse favorite, nie mollement : « Certaines ne sont restées que quelques jours ; celle qui est restée le plus longtemps s'appelait Riham. Les autres Yézidies, j'ignore ce qu'Al-Baghdadi en faisait, et comment il en disposait. » […] « Riham avait 9 ans. Raha ? 12 ans », souffle Ashwak, avant de s'emporter : « Bien sûr, l'épouse d'Al-Baghdadi n'a pas raconté que nous étions traitées comme des servantes et qu'on nous battait […]. Elle parle avec assurance, comme si elle n'avait rien fait, comme si elle était innocente du sort des femmes yézidies. […] Al-Baghdadi violait chaque fille, chaque jeune fille avant qu'elle soit revendue à un autre plus offrant. Aucune n'a pu quitter sa maison avant que celui-ci ne la viole. […] Elle ne nous a jamais demandé : “Où sont vos familles ?” Elle n'a jamais dit à aucune d'entre nous : “Donne-moi le numéro de téléphone de vos proches” pour les avertir. Elle n'a pas rapporté qu'elle battait les filles yézidies tout le temps. Qu'elle a séparé des enfants de leurs parents. Ce que nous voulons du gouvernement irakien, c'est qu'on oblige les femmes comme elle à reconnaître leurs crimes. Qu'elles disent : “Nous l'avons fait.” »

L'enfer d'Ashwak a commencé le 3 août 2014. Elle se trouvait dans la maison familiale, dans la région de Snouni, à Sinjar. « La famille de Raha [sa très jeune cousine] était avec nous, avec les miens, précise-t-elle. Nous étions six ou sept familles abritées au même endroit. » Daech, première puissance armée dans cette région livrée au chaos entre la chute de Saddam et les « printemps arabes », avait conquis les alentours, exterminé des milliers de personnes, et les assiégés ne pouvaient plus fuir. Les maisons sont ensuite bombardées, fouillées, et les occupants rassemblés dans des écoles afin de faire un tri par sexe et par âge. Ashwak, malgré sa concentration, semble avoir enfoui au plus profond d'elle-même ce « moment ». Selon d'autres rescapées interrogées pendant les deux émissions, les filles et les fillettes sont placées au premier étage des écoles ou des édifices publics, tandis que les hommes sont logés ailleurs. Plus tard arrive l'heure des cris, des pleurs et des supplications des mères à qui l'on arrache leurs enfants. Les filles et les fillettes, d'à peine 10 ans, sont embarquées dans des bus et emmenées en Syrie, « pour une semaine », précise Ashwak qui fait partie du lot. […] Le convoi transitera ensuite par Mossoul, pour trois jours. C'est là que les fillettes sont séparées d'Ashwak.

« On ignorait où l'on nous emmenait. On pleurait et pleurait des heures et des heures. » […] À elle seule, la grande famille d'Ashwak compte une vingtaine de sœurs et de cousines, et les captives sont acheminées à Baaj, dans la région de Nainawa. C'est ici que les premiers « clients » viendront faire leur choix. Ici qu'elle connaîtra son premier « propriétaire », un certain Abou Houmam. Elle se remémore la scène : les esclaves sont assises sur un canapé qui fait face à celui des chefs ou des dignitaires de Daech (les premiers servis), dans une maison banale, près du village de Ramboussi. […] Une vie dure s'ensuivra : « Je suis resté trois mois avec cet homme. Dans ma tête, il s'agit de dix ans, c'est la moitié de ma vie. Nous étions des fillettes et nos jouets étaient encore dans nos mains », précise Ashwak, en pleurs. « On nous battait pour le nettoyage, la lessive, la cuisine. Quoi que nous puissions raconter encore aujourd'hui, il faut avoir été une captive libérée pour le comprendre. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir fuir et leur échapper. » Au bout d'un moment, elle comprend que si Abou Houmam meurt, elle sera revendue à un autre. Elle décide de fuir, à n'importe quel prix. « Même si je risquais la mort en fuyant, pour moi la mort était une délivrance. »

Sa fuite est rocambolesque. Elle feint d'être malade et est autorisée à consulter un médecin, dans un hôpital, avec six autres captives. Sur place, elle se fait prescrire et délivrer des médicaments qu'elle « cuisinera » au dîner pour les « maîtres ». L'effet des somnifères lui ouvre les portes à minuit passé. Dans la nuit noire, sans guide, sans information, sans direction, le petit groupe des évadées se dirige vers une petite lumière rouge qui brille parfois au sommet d'une montagne. […]

Son premier « propriétaire », elle le croisera un jour dans la rue, des années après la chute de Daech. Un moment vertigineux. « Que lui as-tu dit ? questionne le journaliste d'Al Arabiya. – Je ne m'imaginais pas pouvoir l'affronter un jour. Je lui ai dit : “Imagine-toi à ma place. Tu nous battais. Que ressens-tu ?” » La scène, elle n'en raconte pas la fin. Et, comme pour réparer quelque peu le passé humiliant, elle répète « Je ne me suis jamais soumise, je n'ai jamais montré ma faiblesse. Je n'ai jamais eu peur que de Dieu. »

Quant à Riham, sa petite sœur, elle croit l'avoir perdue à tout jamais. Jusqu'au moment où elle apprend, comme toute sa famille, qu'elle était l'esclave sexuelle d'Abou Bakr al-Baghdadi, à 12 ans. « On continuera à chercher, nous ne désespérons pas. » […]

Souad Darwich Hamid est la sœur de Raha. Visage déformé et traits ravagés, comme si elle avait survécu à une brûlure de la peau. Après le premier tri à Sinjar, elle a pu rester avec sa sœur et sa cousine deux semaines, avant d'être achetée. « C'est un certain Abou Mohammed qui les a prises, précise-t-elle. J'ai essayé de m'interposer, par tous les moyens. On nous battait. » Elle aura une seule fois des nouvelles (douteuses) de sa sœur, des années plus tard, par un appel téléphonique. « Elle m'a dit qu'elle était mariée et qu'elle avait des enfants. Elle m'a demandé de l'aider à fuir. Son époux la battait. J'ai tout tenté, mais je n'ai pas pu », s'effondre Souad. L'appel est venu après une longue série de prises de contact par des intermédiaires sur un réseau social, car aujourd'hui, les terroristes cherchent souvent à revendre leur « butin » aux familles.

Souad est restée prisonnière pendant… cinq ans. […] Elle a appartenu à Abou Houmam pour deux mois. « Il m'a vendue à Abou Aymam al-Iraki, pour deux ans. Celui-ci m'a ensuite vendue à un autre, un certain Abou Hajir. » […] C'est Souad qui révèle l'autre face de l'enfer : les femmes de Daech, les « maîtresses » qui traitaient encore plus impitoyablement les esclaves yézidies. « Ces femmes prétendent aujourd'hui être innocentes, mais elles mentent. Elles aussi revendaient. Elles surenchérissaient sur les prix. On travaillait pour elles, on était leurs servantes. Quand Al-Iraki est mort, ce sont ses femmes, une Syrienne et une Irakienne, qui m'ont revendue. »

Souad raconte un autre épisode d'horreur muette : quand son premier « propriétaire » est tué dans un bombardement, elle découvre chez le second, Abou Aymam, son petit frère âgé de 4 ans. « J'ai pleuré, j'ai répété “c'est mon frère”, mais on a refusé de le reconnaître. On a démenti, mon frère a hésité mais ne m'a pas reconnue. » Plus tard, une fois Daech disparu, l'enfant lui racontera que, après avoir été battu, il avait refusé de l'identifier. Par peur, mais également pour la protéger, lui confessera-t-il. Souad tentera trois fois de fuir, mais sera chaque fois rattrapée. À la fin, sa famille la rachètera 40 000 dollars. De ses années d'esclave sexuelle, elle garde des images : la violence, la torture, l'interdiction de parler en kurde, les leçons de conversion forcée à l'islam et, aujourd'hui, son frère en larmes. « Chaque soir, il vient se blottir contre moi et me demande si l'on reverra un jour nos parents. » […] « Le plus dur, c'est quand on m'a séparée de mes deux enfants : eux ont été conduits vers l'Irak et, moi, vers la Syrie et ses harems, ses marchés aux femmes. » Chirine fut capturée avec ses deux enfants dans un endroit nommé Domess, près de Sinjar. Enceinte, elle fut emmenée pour trois jours vers le lieu-dit Ramboussi, puis dans la région de Baaj. Puis encore ailleurs, selon les résidences des « clients » et toujours dans des conditions atroces. De cet enfer de quatre ans elle retient surtout la perte de ses enfants. « On m'a séparé de mes enfants âgés de 4 ans et 7 ans. » Elle n'a aucune idée de ce que sont devenus ses plus grands.

À son arrivée dans le territoire de Daech, elle est immédiatement mise aux enchères dans un marché après avoir accouché sur place. Elle appartiendra à six personnes durant son séjour en enfer. Son premier geôlier a pour nom Abou Ahmed, il la gardera trois ans à son service. Son levier pour la réduire en esclavage est sa fille nouveau-née, qu'on lui arrache souvent et qu'on lui interdit de nourrir, soumise à la menace de mort par famine. Un jour, elle ne la reverra plus, elle lui sera enlevée et vendue ailleurs. Cet Abou Ahmed renoue contact avec elle par téléphone, après la chute de Daech, et lui propose, en échange d'argent, de parler à ses filles. Par la suite elle lui verse 8 000 dollars de plus pour leur libération, avant de comprendre qu'il l'a simplement escroquée. Mais elle n'en continue pas moins de rechercher ses filles, finissant par apprendre qu'elles se trouvent, depuis 2021, dans le camp turc d'El Houl, où des éléments de Daech avaient été localisés et arrêtés. […] De son périple, l'ex-esclave garde des images et des silences qui perforent son récit : des bombardements intenses, la vie dans des grottes en Syrie, la faim, les sévices. […]

Pour obtenir la docilité des jeunes femmes, on les droguait avec des psychotropes. À la fin du califat, on leur imposa le port de ceintures explosives, car l'armée du calife manquait de munitions et optait pour les boucliers humains. L'épilogue de son histoire correspond à celui de centaines d'autres : Chirine sera rachetée par ses proches. « Tout était cauchemar ; tout est encore un cauchemar aujourd'hui », murmure-t-elle avant de revenir vers l'image qui la hante : le moment où on lui arracha ses filles. « La séparation est encore sous mes yeux. Ce n'est pas humain ! crie-t-elle dans un sanglot. Mes deux filles ! Leurs pleurs sont encore dans ma tête. »

Changement de scène : Adiba Mourad. Kidnappée, enceinte, le 15 août 2014. […] « Ce jour-là, je cuisinais quand mon mari est venu m'informer que l'organisation était là, dans le village, après avoir encerclé la région entière, fermé les deux accès, les deux routes. Ils sont entrés dans les maisons pour les fouiller, tuer et capturer ; ils nous regroupaient dans une école. Sur place, les femmes ont été conduites vers l'étage supérieur. Les hommes ont été enfermés au rez-de-chaussée. Plus tard, ils les ont dirigés dans des cortèges de voitures vers un endroit dont je n'ai aucun souvenir. Quant à nous, les hommes de Daech nous ont d'abord dépouillées de nos téléphones, bijoux, de tout. Ce jour-là, j'ai vu mon mari pour la dernière fois. » Les femmes, sélectionnées selon leur âge et l'usage sexuel qu'on pourrait faire d'elles, sont acheminées dans une dizaine de bus vers Raqqa, en Syrie. Plus précisément, dans la fameuse ferme de tri, située dans les environs de Raqqa, où beaucoup d'enfants et de femmes yézidis sont entassés.

« C'est là que j'ai accouché de ma fille, trois jours après ma capture. Je leur répétais que j'étais enceinte, cela n'a pas infléchi leur décision. J'ai accouché à Raqqa. Le soir, ils m'ont emmenée dans un hôpital. J'y suis restée sans nourriture ni eau pendant vingt-quatre heures ; ma fille est restée sans nourriture durant deux jours encore après sa naissance. » Ensuite ? Retour à la ferme. « Chaque jour, un émir venait choisir des femmes. » Achetée, Adiba Mourad est convoyée vers un autre endroit. Son nouveau « propriétaire » s'appelle Abou Salah el-Ilami el-Maghribi. Car il était maghrébin et achètera Adiba avec son bébé. « Je leur répétais : “Mais comment pouvez-vous me prendre comme esclave, je suis une mère ! j'ai une fille ! m'entendez-vous ?” Alors, il s'emparait de ma fille et m'expliquait : “À toi de choisir si tu veux venir.” Ainsi je l'ai suivi et je me suis sacrifiée pour que mon enfant reste avec moi. »

Adiba est acheminée vers la maison d'Abou Salah, où l'attend son épouse légitime, une Maghrébine. Elle était membre de Daech. « Quand nous sommes arrivées, j'y ai retrouvé deux autres esclaves. Elles appartenaient à deux des amis d'Abou Salah. » De cet homme, elle garde le souvenir d'un tortionnaire. « Il me traitait mal. Il me violait, il me battait. » Pendant les « séances », l'épouse légitime prenait l'enfant. « Elle me répétait que même ma fille était son esclave. » La privation punitive pouvait durer une semaine entière.

Ce qui surprend le plus dans ces interviews est le jugement porté par les ex-esclaves sur les épouses des terroristes. « Les femmes de Daech étaient plus dures que leurs maris, parfois, explique Adiba. Les hommes nous violaient, mais les femmes étaient plus terribles. » L'épouse d'Abou Salah dans sa perversion allait jusqu'à préparer l'esclave pour son mari ou, plus tard, pour les éventuels acquéreurs, souvent de la chefferie de Daech.

Après deux ans, Abou Salah offrira Adiba en cadeau à Abou Mohammed al-Maghribi, son ami, qui vivait en Syrie. Le nouveau « maître » viendra prendre possession de la jeune femme apprêtée par l'épouse d'Abou Salah, selon les goûts de la « maîtresse ». « On m'a montrée à Abou Mohammed, qui m'a prise avec lui, et je suis restée. Pour me soumettre, il m'enfermait souvent. Sans nourriture. »

[…] « J'ai tenté plusieurs fois de fuir, raconte Adiba, mais j'avais ma fille qu'il gardait en otage. Je me sacrifiais. » Le 5 mars 2019, sa famille la rachète pour 8 000 dollars. Un trafiquant est rémunéré pour assurer la transaction. Un unique souvenir tourne en boucle dans sa tête : « Quand je voyais les mères embrasser les pieds des hommes de Daech pour qu'ils ne prennent pas leurs enfants. Ou bien lorsque Abou Salah empoignait ma fille pour me punir. Je passais la nuit avec sa petite chemise dans ma main pour humer son odeur. Les femmes inféodées à Daech riaient alors de moi. Ces femmes étaient les plus dures. Elles fabriquent la prochaine génération de l'organisation. On ne veut pas le raconter, mais elles disposaient de katibas (sections) à leurs ordres, comme la katiba Khansa. De plus, elles m'entraînaient aux armes, aux ceintures explosives pour nous tuer. Aujourd'hui, personne ne veut les juger. Pire, parfois leur sort est meilleur que le nôtre », relate la rescapée. […]

La nuit de l'invasion à Sinjar en 2014, Rosita Haddji (image floutée) s'en souvient, mais confusément. Elle est née en 2006. « Menaces, armes, coups de feu au-dessus de nos têtes. J'étais une fillette, je ne savais ce que c'était. Depuis cette date, je n'ai plus revu mon père. » Elle sera capturée avec sa mère, et elles vivront ensemble un moment. « Après neuf mois, on nous a séparées. » Le circuit est le même que pour les autres : Raqqa, Mossoul, villages des environs. Rosita a 8 ans quand elle est achetée, vendue et offerte. Le jour de la séparation, on promet à sa mère qu'elle reviendra dans deux jours. « Les deux jours sont devenus neuf ans », résume la survivante. Elle perd aussi toute trace de son père depuis son enlèvement. Rosita sera accordée au « Wali de l'Irak et du Scham », un dénommé Hadj Teyssir, le second du califat, qui avait déjà deux femmes et une autre esclave. « Je devais aider à élever ses enfants. » Durant tout le règne de Daech, elle vivra battue, violentée, humiliée, affamée. « À 12 ans, j'ai été violée par un homme de 50 ans », résume-t-elle d'un trait.

« Les femmes de Daech sont pires que Daech » : ces mots reviennent comme un leitmotiv. « Car lui [le chef de Daech], quand il en ressentait le besoin, il venait, me violait puis il repartait. Les pressions, les affronts, la brutalité des épouses étaient tout le temps présents. Le pire de ma vie. » Rosita sera trimballée à Raqqa, Boukamal, Al-Mayadeen et dans d'autres régions selon les bombardements, les lignes de front ou les champs de bataille. Revendue, elle sera de nouveau violée par un autre chef : Abou Jalibib. Un homme obèse qui « jouira » d'elle ligotée, alors qu'elle a seulement 12 ans. « J'ai perdu connaissance et j'ai saigné longtemps. Je ne comprenais pas, je croyais que c'était un rêve. Je perdais le sens du réel. Quel a été mon crime ? ma faute ? » Rosita sera violée encore et encore pendant plusieurs jours. « Puis il a été tué au combat. » […] « Et j'ai été transférée dans une autre famille à Baghous. Il n'y avait plus de maisons ; partout, ce n'étaient que bombardements, snipers, etc. » À la fin, elle se rendra aux forces syriennes et sera internée dans un camp. « J'y ai vécu cachée. Je n'ai vu le ciel et le soleil que deux fois », rapporte Rosita, songeuse.

C'est son frère qui réussira à la retrouver et à la délivrer. « Mon âme est partie le jour où j'ai perdu ma virginité, mon innocence. Quand j'étais enfant, ma mère me tapotait l'épaule pour que je puisse dormir durant les grands orages. Aujourd'hui, elle n'est plus là. Je tapote sur ma propre épaule pour pouvoir somnoler. »

2024, Le Point 2696, 36-42

Chronique :
Citation:
L'usage des esclaves sexuelles n'est pas un secret. Depuis l'avènement de l'organisation terroriste Daech et la proclamation du califat, le monde dit « musulman » savait. Le fantasme des houris rejoignait, dans la monstruosité de l'actualité post-invasion américaine en Irak, celui des butins de femmes capturées durant les guerres. Dans sa confession terrible aux caméras de la chaîne Al-Arabiya, la femme d'Abou Bakr al-Baghdadi le résume : Daech était surtout une affaire sexuelle, et les captives servaient à l'assouvissement autant qu'au recrutement. La série documentaire de Majid Hamid (Rencontre avec l'épouse d'Al-Baghdadi et Rencontre avec la fille d'Al-Baghdadi, puis Sabaya Al-Baghdadi) a eu un retentissement immense dès sa diffusion ; elle a aussi provoqué un malaise au sein des médias « arabes » : peu de commentaires, gêne, évitement. […] Daech, en effet, demeure un embarras. La première raison est qu'on n'y croit pas. Comme pour s'innocenter de la part maudite des textes religieux de l'islam, on préfère externaliser. Daech serait donc un complot juif, occidental, un produit de la CIA… Ce qu'ont commis Al-Baghdadi et ses lieutenants, la monstrueuse caricature de l'islam qu'ils ont incarnée et confectionnée, n'est pas assumé. On priorise, par exemple, de manifester contre des caricatures danoises pour outrage fait à une confession, mais sans voir le même outrage quand Daech brûle vivant un pilote jordanien au nom de l'islam.

Dans un audacieux éditorial après la diffusion des émissions d'Al-Arabiya, un journaliste du journal koweïtien Al-Qabas le résumera avec brio : si Daech est tombé, « les textes qui ont fabriqué cet homme [Al-Baghdadi] lui survivent et peuvent en fabriquer un autre ». D'où la nécessité de « dédaéchiser » l'islam, réellement, en l'assumant plutôt qu'en le niant dans une entreprise vaine de polissage juste par réaction à sa stigmatisation par l'Occident.

L'éditorialiste constate étrangement que Nadjaf, la capitale du chiisme, et l'université Al-Azhar n'ont pas excommunié ou déclaré impie Al-Baghdadi. Pourtant, les docteurs de la loi se bousculent pour le faire pour un auteur de fiction ! Daech apparaît donc comme la part de déni, le refus d'admettre que les corpus des textes musulmans sont à revisiter, à humaniser. Le soft power islamiste – sa capacité de diffusion éditoriale – reste immense et, avec lui, les idées d'Al-Baghdadi se propageront encore, atténuées ou amplifiées. Il y aura encore d'autres califes fous de sexe et de viols anticipant sur les délices des houris au paradis. Cet usage des femmes captives n'est par conséquent qu'un secret de Polichinelle.

La seconde raison du malaise est que Daech est une affaire intime au monde musulman. La faillite intellectuelle le dédouane un peu par la théorie ambiante du complot. Ainsi, au lieu de voir ce qui va mal en soi, on préfère encore le croire venu d'ailleurs. Quand les veuves d'Al-Baghdadi et ses « esclaves » ont pris la parole, la théorie du complot et de l'amnésie sélective a été malmenée d'une certaine façon. « Si j'étais à la place des chefs d'Israël, je n'hésiterais pas un instant à le [Al-Baghdadi) créer, le fabriquer », écrivit le même éditorialiste. Néanmoins, la vérité est que Daech, c'est « aussi nous », c'est-à-dire notre faillite à nous, notre dégringolade dans l'inhumain, conclut-il. À force de se braquer contre la réelle et prétendue islamophobie de l'Occident, on a fini par dédouaner le crime chez soi ou, du moins, par le faire passer pour un effet secondaire de la néocolonisation permanente. Aujourd'hui encore, on préfère ne pas condamner Daech et garder le silence, parce qu'on le croit toujours venu d'ailleurs.

La dernière raison est peut-être à chercher du côté des affects collectifs : les esclaves sexuelles sont des esclaves sexuelles yézidies. Elles ne sont pas musulmanes, pas palestiniennes.

Les femmes. Ombres noires, burqa et califat. Dans les studios d'Al-Arabiya en Irak, les rescapées sont en jean, en pantalon, les cheveux soignés, le visage non voilé, même endurci par l'émotion ou défait. Alors on imagine mal le voile intégral, l'effacement talibanisé, la chosification, la soumission, la violence. « Il m'a kidnappée, il m'a vendue, il m'a offerte, il m'a violée », racontent-elles à l'unisson. « On a souvent arrêté de filmer à cause des pleurs, même ceux des équipes de tournage », relate Majid Hamid, car leurs histoires sont cruelles, floues, désordonnées. […] Les femmes, elles, dans le monde « arabe », attendent la libération, la décolonisation, la reconnaissance de leur humanité, la liberté et la justice. […] C'est la femme qui paie les effondrements de régimes, l'islamisme, les crises et le lien pathologique à la réalité. Les Yézidies qui racontent sont des femmes, mais, quelque part, toutes les femmes sont des Yézidies.

En France, les scoops d'Al-Arabiya ont trouvé peu d'écho. En raison du barrage linguistique et d'une redondante incompétence à s'intéresser à l'ailleurs. À cause aussi de ce nombrilisme qui a inventé le néoféminisme sectaire alors que les femmes iraniennes ou yézidies exposent le monde et le réel. Et, enfin, en raison de la culpabilité bien travaillée par les culpabilisateurs à chaque fois qu'il faut évoquer l'islam ou ceux qui prennent cette religion en otage.

2024, Le Point 2696, 34-36


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