Je poursuis cette Histoire qui se répète :
Citation:
Le retour à la réaction policière et bureaucratique provoqua dans l’intelligentsia une intense déception qui se traduisit par la diffusion de cet état d’esprit qu’on a appelé le nihilisme – sorte de romantisme désespéré, de tendance à ne rien accepter de tout ce qui existait, traditions, institutions, préjugés. Le nihilisme, en lui-même, ne semblait guère dangereux, mais, assez tôt, une agitation de nature terroriste en sortit : dès 1866, un exalté, Karakasov, osa tirer sur le tsar. (Jules Isaac et al., Cours Malet-Isaac. Histoire 1e, 331)
Le fait essentiel de la dernière partie du règne d’Alexandre II fut l’importance croissante que prit l’opposition. Tandis que les libéraux des zemstvos s’acharnaient à réclamer des libertés constitutionnelles, une opposition révolutionnaire cohérente s’organisa peu à peu. Renonçant au nihilisme négateur, la jeunesse universitaire, qui formait l’élément actif de l’intelligentsia, décida, vers 1873, d’« aller au peuple », de se mêler à lui pour l’instruire et le préparer à la future révolution ; ce fut ce qu’on nomma le populisme. Mais ce mouvement se solda par un échec. Les populistes furent très vite repérés par la police ; ils furent traqués, jetés en prison, brutalisés et déportés en Sibérie.
L’organisation systématique du terrorisme, qui se fit dès 1878, eut pour origine la violence même avec laquelle le mouvement populiste fut réprimé. La plupart des révolutionnaires renoncèrent en effet à la propagande pour se livrer à l’action directe : ils entreprirent de renverser l’autocratie par la terreur. Plusieurs hauts fonctionnaires furent « exécutés », puis le tsar lui-même n’échappa que par miracle à trois attentats successifs (1879-1880).
Désemparé par ces violences, Alexandre II parut, vers la fin de 1880, disposé à mettre un frein à la réaction. […] le 13 mars 1881 […] Alexandre tombait, victime d’un quatrième attentat, les jambes broyées par une bombe. (Jules Isaac et al., Cours Malet-Isaac. Histoire 1e, 331-332)
Le nouveau tsar, Alexandre III, […] décida […] de maintenir l’absolutisme.
[…] On ne laissa entrer en Russie les livres et les journaux étrangers qu’après avoir noirci – on disait : passer au caviar – les passages subversifs ; les Universités furent soumises à une sorte de régime militaire […] En même temps, la russification s’intensifia. Elle s’étendit de la Pologne aux pays baltes et même à la Finlande. (Jules Isaac et al., Cours Malet-Isaac. Histoire 1e, 332)